Lettre de Jokei Ni à la Sangha

Le 31 octobre 2012, par Joshin Sensei,

Début mai 1995, pour la 1ère fois, je “monte” a la DsL. Dès la sortie de Valence, on doit “monter”. 64 km, 1h et demi de route, c’est pour dire. La montagne était toute jaune, couverte de genêts. Pour une entrée en matière, j’ai trouvé que c’était de bon augure. C’était joyeux, ça sentait bon, c’était beau.

1995, si je compte bien cela doit faire 17 ans, déjà ! Toutes ces années à étudier auprès de Joshin Sensei. Souvent, je me demande où est passé ce temps, mais ce n’est pas vraiment le sujet aujourd’hui.

En Chine aussi, les moines et les nonnes à la recherché de la vérité se présentaient auprès de maîtres qui vivaient dans un temple perdu dans la montagne. Je trouve cette continuité importante. On cherche la vérité, on doit monter, on fait un effort. Et encore, j’étais en voiture. Beaucoup d’entre nous font le voyage en train, puis prennent le car pour la “montée’ et marchent les derniers km.du village au temple. On peut appeler ça la foi. En tout cas, il y a un effort, on commence par donner quelque chose de soi. On cherche la vérité et on s’en donne la peine.

Quand j’écris que l’on cherche la vérité, certains pourront trouver ce mot un peu fort mais je n’en vois pas d’autre pour exprimer cet élan. Sincèrement, je pense que l’on cherche la vérité. En japonais, c’est shin ou makoto, à la fois vérité et sincérité, bonne foi. Cela a un parfum d’authenticité. Voici donc 17 ans que je cherche la vérité avec des périodes plus ou moins propices. Aujourd’hui, il ne semble que c’est la recherché en elle-même qui est intéressante, créatrice, vivante, active.

Le Bouddha a dit : “Je suis arrêté”. Quand je regarde les Maîtres, je me dis que l’on peut être arrêté-actif ou arrêté -créatif. C’est ce vers quoi je tends. A la DsL, cet été, les personnes présentes ont fait des Bouddhas en terre. Il y en a eu de toutes sortes, sortis de leurs mains, de leur esprit. Cela m’a beaucoup impressionné tous ces authentiques petits Bouddhas, comme sortis de terre. Leur vue a appelé le silence en moi, une forme de dévotion. Cela aussi, je le vois comme de l’”arrêté-actif”.

“Comment fais-tu pour aller tout droit sur une route comprenant 99 virages ?” Le jour où Sensei m’a posé cette question, dans l’instant cela m’avait laissé un peu stupide quand même !!! Eh bien, 17 ans, c’est une route et des virages en épingle à cheveux, (comme l’on dit parfois) il y en a. Mais ce shin/makoto cette recherche de la vérité parfois dissimulée par les nuages m’a toujours accompagnée.

En fait, je crois que c’est ce que j’ai perçu inconsciemment lors de mon 1er séjour à Hokaiji- la Demeure sans Limites. Cela respirait (et respire toujours bien entendu) makoto par tous les pores. Cela m’a a la fois appelée et impressionnée. Cela a réveillé le shin intérieur, cela s’est reconnecté. Tout de suite il y a eu la certitude que c’était ça, et dans ce lieu et auprès de Joshin Sensei. Cette certitude même, ce non-choix était très éprouvant car j’ai su instinctivement que ma vie allait changer radicalement. Deux énergies très fortes et contradictoires a la fois. L’aspiration et un réflexe autodéfense, de repliement sur soi. Un autre virage important aura été celui du Japon quoique là aussi, il faut temporiser. Les conditions de vie actuelles et celles de Joshin Sensei ne sont pas comparables. J’ai depuis rencontré d’autres nonnes occidentales parties au Japon dans les années 70 et 80, je pense à Soeur Jina ou Daien Bennage Roshi. Ces femmes ont pris un virage en épingle a cheveux avec une voiture sans frein alors que je suis dans une voiture sécurisée. Ce qui est bien adapté a notre époque !!!

Cette voiture sécurisée, c’est Joshin Sensei entourée de la Sangha de la DsL. Oui, toutes ces phrases pour arriver enfin à ce merci que je voudrais exprimer.

Merci en premier lieu à Sensei, grand Maître du Dharma, sans elle rien de tout cela n’aurait pu prendre vie et qui a toujours eu patience, bienveillance et clairvoyance et m’a toujours accompagnée sur mon chemin d’errance à travers ses paroles, ses silences, ses actes et ses non-actes.

Et puis merci aussi à Shundo Aoyama Roshi qui – je pense – croit dans le bouddhisme en Occident et nous fait assez confiance pour qu’une branche de son lignage débute à l’Ouest. Et puis, à vous tous, toujours présents, malgré la distance. Vos lettres, dons, pensées m’encouragent, me soutiennent et m’incitent à poursuivre sur ce chemin merveilleux qu’est la Voie du Bouddha. Reliés à travers le temps et l’espace, votre présence sous ses formes diverses m’apporte force, joie et aussi la douceur nécessaire afin de relativiser certaines difficultés qui peuvent se présenter dans le quotidien. Enfin, merci a toutes les nonnes qui m’accompagnent depuis deux ans maintenant. En elles, je me vois, je me reconnais. Toutes des enfants du Bouddha en quête de la vérité. Jokei-Ni

 

Commentaires de l'article

 
Liliane
Le 9 novembre 2012
Merci Jokei-Sensei pour cette belle lettre modeste et joyeuse. Grand, grand gasshô.
 

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