La rencontre du Dharma et de l’action (2ème partie)

Le 31 octobre 2012, par Joshin Sensei,

On m’a demandé de parler du projet Brahmavighara/Cambodge Sida, dans le contexte du Dharma et de l’Action Sociale. J’espère que les gens n’ont pas une idée trop vaste de notre travail. Nous sommes un très petit projet, dans sa 9ème année aujourd’hui, et nous travaillons avec des malades du sida sans ressources, à Phnom Penh, au Cambodge. Le cœur de notre travail est la présence, aider les gens à savoir que la compassion du Bouddha est là pour eux malgré et, surtout, dans leur dénuement et leur souffrance. Lok Yya Coy Sren, Vénérable Grand-Mère, une des fondatrices Quand nous avons entrepris ce travail en 2000, tous nos patients étaient face à la mort. J’espérais les aider à l’affronter, sans terreur inutile. « Le Bouddha n’avait pas à enseigner » avais-je l’habitude de dire, « il a enseigné à cause de notre souffrance ». Ainsi, au lieu d’être en dehors de la compassion du Bouddha, les gens étaient précisément en son centre. Je voulais que ces personnes comprennent que, quelles que soient les dettes karmiques invoquées dans leur maladie et leur misère, ces dettes étaient en train de se régler et ne les suivraient pas nécessairement dans leurs vies futures.

Et que, alors que le Bouddha ne nous avait jamais promis de nous exempter de la maladie, de la vieillesse, de la mort et d’événements terribles, il nous avait promis qu’il était possible de développer dans ces circonstances un cœur paisible et plein de compassion. La méditation, aussi bien que l’étude, a été fondamentale pour résoudre ces difficultés. Ma propre tradition prend racine dans le Bouddhisme Zen japonais et cela a été la base de ma pratique de la méditation classique. En 1995, en Thaïlande, j’ai commencé aussi d’être consciente des techniques de mouvement de Luong Pho Teean Jittasubho et je reste pleine de gratitude pour cette pratique et cette tradition. En 1999, en entreprenant ce projet, j’ai commencé à travailler dans la tradition tibétaine Lojong, qui est un niveau de pratique destiné à l’extension systématique de la compassion. Cette étude a été essentielle pour envisager et entreprendre notre travail dans ce projet. Cependant, dans les premières années de notre travail, je ressentais un profond déséquilibre dans mes pratiques de méditation, parfois dénuées de fondement. Je découvris que la méditation Vipassama de Sayadaw Mahasi m’aidait à résoudre ce problème. Mon temps de rétablissement à la suite d’événements traumatiques personnels devint plus court. Lentement je commençai à me sentir plus à l’aise dans ce travail et même ma colère, sur laquelle j’avais longtemps travaillé consciemment, commença à diminuer.

Alors commença à s’installer un profond sentiment de paix. En particulier dans la pratique du Reiki, je commençai à ressentir que le patient et moi étions tenus dans un champ d’énergie compassionnelle qui n’avait pas de frontières. Mon expérience des rituels et du chant se remplit d’énergie. Ceci m’amena alors à me centrer plus profondément sur les fondamentaux. En étudiant, en pratiquant les préceptes et en trouvant en eux un authentique refuge ; en devenant partie prenante des paramitas et en trouvant le chemin tracé pour moi vers les Quatre Nobles Vérités. Je commençai à comprendre le rôle de la sécurité dans les enseignements du Bouddha ; comment notre véritable sécurité est fondée non sur la prévention du mal que l’on pourrait nous faire, ou en rejetant le monde, mais en apprenant comment ne pas faire de mal nous-mêmes de façon que même des événements terribles ne puissent saper notre sérénité et notre bonheur.

Je commençai à voir que le chemin de la souffrance à la libération passe nécessairement par le bonheur et que l’on peut réellement trouver le bonheur en toute chose, y compris celles qui semblent terribles.

Lok Yay Coy Sren, Vénérable Grand-Mère, une des fondatrices

Dans ma pratique avec les patients je commençai à ressentir profondément paix et consolation, à épouser pour moi-même la réalité de la compassion du Bouddha. La gratitude commença à être mon compagnon de tout instant.

Personnellement, rencontrer profondément ma faiblesse et mes manques a été crucial pour commencer à voir la différence entre écouter les enseignements sur la compassion et apprendre à les vivre. Je sens que le travail dans ce projet et le mérite qui s’ensuit m’aident à résoudre les obstacles qui m’empêchent de comprendre et de vivre les enseignements. Je suis encore débutante en la matière et je me doute bien que c’est le travail d’une vie entière. Mais je me sens vraiment au début de ce chemin.

Ce que je dois au projet qui me donne cette chance est sans limite. Je reste profondément reconnaissante pour notre projet et pour toute chose qui me donne cette précieuse occasion d’étudier.

Beth GOLDRING Trad. M.C.Calothy A. Delagarde . <http://www.brahmavihara.cambodiaaidsproject.org>

 

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