Comme des oiseaux migrateurs...

Le 3 février 2013, par Daishin,

En 2002 disparaissait Kobun Chino Roshi, maître japonais venu enseigner aux Etats-Unis en 1967. Il y avait été appelé par Suzuki Roshi ; il y resta et y fonda plusieurs temples, ou lieux de pratique. Il a aussi enseigné la calligraphie et le tir à l’arc.

Kobun Chino Roshi

M°Moriyama, qui se trouvait aux USA au même moment, m’a souvent parlé de lui, mais je n’ai jamais eu l’occasion de le rencontrer. Un des derniers N° de Buddhadharma a publié un long article sur lui, avec plusieurs de ses enseignements, et une introduction par un de ses proches disciples ; je souhaitais vous les proposer.

Le nom Kobun signfie « étendre, agrandir la voie » : étendre la culture, la langue, le mot, étendre le dharma- cela convenait bien à quelqu’un qui apportait le zen aux Etats-Unis. Son nom de Dharma était   » Ho Un » Kobun. « Ho » signifie le phénix, l’oiseau de feu et « un » est le mystérieux, ou mystique, nuage. Nous pouvons nous représenter cette image : un oiseau volant dans les nuages, juste un bout d’aile, la pointe de la queue vaguement visible un moment, et puis plus... Pour ses étudiants, cela lui convenait si bien. Il a beaucoup voyagé, a enseigné dans de nombreux endroits, toujours allant et venant.

Il accomplissait les formes, élégamment et sans forme. Il était le plus souvent plus qu’ impénétrable, certainement impossible à capturer ou à mettre dans la forme « ce que doit être un enseignant du zen ». Et pourtant en sa présence vous sentiez que vous aviez rencontré une personne totale.

Shoho M.Newhall Trad. Joshin Sensei

La respiration de l’univers

L’idéal de l’assise est d’oublier la respiration. Mon sentiment est que chaque respiration est une chose indépendante. Votre respiration et la respiration de l’univers sont semblables. Vous partagez la même respiration. S’asseoir et respirer immobile, en silence, est semblable à une personne qui vient de tirer une flèche. Un instant plus tard, le résultat sera là, mais tout ce que vous savez c’est que la flèche est bien en mouvement. Elle a quitté votre royaume, et pourtant vous sentez qu’elle est dans la course juste.

Shikantaza signifie « s ’asseoir ». Ta est « frappé ». Je frappe le sol - cette action est ta. Za est être assis, alors en fait vous êtes en train de pilonner le sol, même si l’oeil de chair peut seulement voir quelqu’un assis immobile sur un coussin.

Shikan signifie « pour cela même », ou « seulement pour cela ». Vous ne pouvez pas dire à quelqu’un « Svp asseyez-vous pour moi », mais s’asseoir « pour cela » seulement fait que tous les autres s’assoient avec vous. Quoiqu’ils puissent être en train de faire ailleurs, en train de bouger, ou sur un autre chemin, pourtant, ils sont avec vous, vous aidant dans votre assise. Si vous mettez des lunettes, les lunettes vont commencer à s’asseoir. Il en est de même quand vous soulevez quelque chose d’ici à là, parce que tout- chaque chose, toutes les choses- est soulevé avec cette chose.

Dans sa forme la plus pure, shikantaza est semblable à anuttarak samyak sambodhi, l’éveil parfait et complet. C’est pourquoi il doit être fait pour lui-même. La seule technique spéciale est l’acceptation complète de soi - de notre « soi » total, l’acceptation complète d’où vous êtes, de votre naissance, du monde, de tout cela. Sinon, vous ne pouvez pas vous asseoir, pas même une minute. Alors, laissez votre respiration s’asseoir avec vous. Laissez vos lunettes s’asseoir avec vous. Laissez la maison s’asseoir avec vous. Laissez vos vêtements, quoique vous portiez, s’asseoir convenablement. Les personnes qui bougent à l’extérieur sont toutes assises avec vous, mais c’est vous qui prenez la position assise. Vous les rassemblez. A la fin, quelque chose est en train de s’asseoir. Quelque chose est assis.

La douleur n’est pas la vôtre

Entrer et commencer à s’étirer dans cette condition particulière appelée pratique est extrêmement épuisant. S’asseoir immobile nous donne l’impression de disparaître du monde. Vous entrez dans le roc, vous entrez dans un mur épais et vous avez l’impression que vous disparaissez en tant qu’être humain. Et quand vous vous retournez et que vous vous levez, vous découvrez que vous êtes toujours vivant ! Le problème n’est pas la douleur dans le corps , mais cette douleur de l’esprit qui ne se dissout pas. Et pourtant c’est ce qui est. Mieux vaut y regarder de plus près, voir ce que c’est plutôt que d’en avoir peur.

Vous pouvez ressentir la douleur, mais vous ne pouvez pas l’avoir. Elle n’est pas à vous. Pour certains, c’est l’univers entier qui fait mal ; c’est juste une question de degrés. Cela arrive, alors laissez cela partir. Soufflez cette douleur avec votre respiration. Nous sommes là dans notre forme condensée, aussi dans cette situation, juste asseyez-vous bien droit et mettez-vous dans l’axe de la gravité.

 Il y a une autre douleur qui apparaît dès que vous pratiquez, et qui n’a rien à voir avec vos jambes. Cette douleur est le sentiment qu’il vous manque quelque chose, comme quand on sent qu’on oublie une chose importante alors qu’on est chargé de bagages ; ou comme chercher un enfant perdu, ou la nécessité urgente d’être avec quelqu’un. C’est la séparation d’avec quelque chose que vous devriez être, qui est tout proche. Éloigné de cela, vous sentez que cela vous appelle. Alors, il y a pratique, étudiant, enseignant, père, fille, et ainsi de suite. Comment conserver et nourrir cette relation avec de l’espace, être relié mais sans être trop attaché, être capable de bouger – voilà le problème. Arbre Une personne de la Sangha est comme un oiseau migrateur. Même dans la tempête, l’oiseau migrateur peut voler. Où ce vol nous emporte-t-il ? Pourquoi pratiquons-nous ? Pour s’asseoir ensemble sans parler, comme autant de petits avions décollant et atterrissant ensemble, au même moment, au même endroit- nous sommes comme ces oiseaux migrateurs.

Kobun Chino Buddhadharma Fall 2012

Trad. Joshin Sensei

 

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