Longue sesshin d’été avec Fujita Issho Roshi

Le 3 février 2013, par Daishin,

Du 16 au 19 juin MEZ [1] a tenu sa sesshin annuelle d’une semaine avec les sanghas du Vermont, de Caroline du Nord et de Washington DC. Fujita Issho Roshi a donné de magnifiques conférences du Dharma sur la façon la plus vivante de pratiquer zazen. Il y a utilisé l’usage d’un squelette-modèle pour démontrer comment travaillent et s’alignent les os.

Nous devons nous asseoir, disait-il, comme si nous n’avions pas de muscles. Zazen n’est pas une autre sorte d’entrainement musculaire. Les muscles ne devraient être utilisés que pour développer la sensibilité au corps, et devraient à part cela rester totalement relâchés. Issho Roshi a aussi souligné le respect dû aux limites du corps. Zazen n’est pas simplement vous forcer à être conformes à une position assise « sans la permission de votre corps » dit-il.

De plus, en changer une partie du corps ou en essayer de corriger une partie de notre posture, nous ne pouvons le faire qu’en affectant la totalité de notre corps. Pour démontrer comment tout ceci fonctionne il a employé une Sphère de Hoberman représentant le fonctionnement complet de l’univers.

Aucun point de la sphère ne peut être mû de façon isolée par rapport à tout autre point.

Quand nous mobilisons un point, tous les autres points bougent simultanément. Ceci est vrai aussi pour nos corps. Ce que nous faisons à une partie de notre corps nous affecte dans toutes les autres.

Partant de la technique Alexander, Fujita Roshi suggère que nous ne bougions pas intentionnellement, ou directement, le corps. Nous avons plutôt besoin de développer une sensibilité aux tendances de nos muscles à bouger d’une certaine façon pendant l’assise. Le mouvement direct des muscles, par exemple dans le dos, ne fait qu’accroître l’inconfort. Mais ne pas bouger du tout provoque de la rigidité dans le corps et finit par augmenter la douleur.

Nous avons plutôt besoin de développer une compréhension de la « grammaire du corps ».

La respiration, le corps et l’esprit doivent être traités comme un tout plutôt que comme trois entités séparées. La pratique de zazen n’est pas de se focaliser sur la respiration, puis le corps, puis l’esprit comme dans d’autres traditions de méditation.

En zazen tous trois sont totalement intégrés depuis le commencement. Le souffle circule à travers le corps entier. Aucune partie du corps ne manque d’être touchée par le souffle qui entre et qui sort. De plus nous devons nous asseoir de façon que les différentes articulations ne bloquent pas le flux du souffle.

Le corps et l’esprit non plus ne sont pas des choses séparées. Dans les écrits de Dogen, en fait, le mot « corps » vient avant le mot « esprit » comme dans la phrase célèbre « Abandonnez le corps et l’esprit », ce qui indique l’importance du corps dans la relation à l’esprit.

En fait il n’y a pas de « et » en japonais entre corps et esprit. C’est juste « corpsesprit ».. Ce n’est que récemment dans l’histoire humaine que l’esprit et le cerveau sont devenus équivalents. Dans le Bouddhisme et le Zen, l’esprit pénètre le corps tout entier.

Alors quand on parle du corps, on y inclut l’esprit. Quand on parle de l’esprit, on y inclut le corps.

En zazen donc, nous nous permettons simplement d’être mûs par le souffle. Si nous pensons que la pratique du Zen consiste à avoir ou à obtenir quelque sorte d’expérience spéciale, c’est hors du sujet. Fujita Roshi nous a enseigné que l’on insiste plus dans le Zen sur « l’action » que sur « une expérience intérieure ». Dans de nombreuses écoles de méditation, on s’attache à l’expérience intérieure individuelle. Mais dans Shikantaza du Zen Soto on met l’accent sur l’activité de chacun liée aux gens et à l’environnement. La priorité est donnée à notre adaptabilité et à notre harmonisation avec n’importe quelle activité que nous entreprenions, que ce soit la cuisine, avec nos enfants ou sur notre lieu de travail. Ces activités ne sont pas séparées de zazen.

Zazen ne nous apporte pas d’expérience particulière à laquelle on aimerait revenir. Le point essentiel de zazen est de savoir que nous ne faisons pas zazen. L’univers entier et tout ce qui s’y passe font zazen. Zafu Donc notre attention va de notre expérience personnelle aux actes. Encore un fois, ce n’est pas que rien ne soit éprouvé en zazen, mais que quoique nous éprouvions dans notre corps, ce n’est pas le centre de notre attention. En fait, Fujita Roshi nous a encouragés à ne pas nous centrer sur quelque chose en particulier mais d’avoir notre attention étendue à toute chose. Pour mieux comprendre la sorte d’attention nécessaire en zazen il fit une démonstration en utilisant une corde mal tendue.

Pour rester en équilibre sur la corde, il vaut mieux que l’esprit ne se concentre pas sur la corde. Il doit se fixer au-delà de la corde. Le corps aussi doit être détendu. Il doit y avoir un certain état d’absence d’effort pour rester debout et marcher sur la corde.

Fujita Roshi nous a aussi aidés à mieux comprendre ce qu’il essayait de dire par le biais du dessin. Avions-nous quelques doutes sur ses paroles, il dessinait des schémas très descriptifs pour expliquer des choses comme la posture, la structure osseuse, l’usage des yeux et du souffle.

Douleur et plaisir, expliqua-t-il, font naturellement partie de la vie.

Notre résistance (refus) à la douleur cause une plus grande souffrance.

Notre attachement au bonheur diminue notre bonheur.

A travers la pratique nous apprenons à réduire notre résistance à la douleur et notre attachement au plaisir.

Bulletin Zephyr du Mount Equity Zendo Juillet 2011

Trad : M.C.Calothy – A.Delagarde

Notes :

[1] Mount Equity Zendo

 

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