Paroles de Sangha : Marie, Daishin Sensei, Marianne, Nathalie.

Le 2 mars 2013, par Daishin,

A la recherche du Maître…

En partant au Laos nous avions une mission… une mission magnifique : remettre un don d’une parisienne d’origine laotienne à son maître à Luang Prabang.

Pour le trouver nous partons avec son nom et celui de son temple, cela devrait suffire sinon « c’est de l’autre côté de la rivière, tu demandes, tout le monde le connaît ».

Arrivées à Luang Prabang, la ville est entourée de deux rivières : laquelle traverser ? Nous cherchons le temple qui semble en centre ville : bizarre… Nous nous y rendons et un jeune novice nous confirme le connaître et nous indique qu’il vit maintenant dans un autre temple, « par là » vers le nord de l’autre côté du Mékong. Dans quel village, dans quel temple, son peu d’anglais ne nous permet pas d’en savoir plus. Mais nous continuons. Dès que nous rencontrons quelqu’un nous essayons de prononcer son nom « Sathou Vanhsay Sayathamo ? » « Demandez aux bateliers, ils sauront peut être ».

Demain, nous franchirons le fleuve, déterminées à le trouver.

Nous parlons de notre projet au patron de la guesthouse où nous logeons, il ne connaît pas le moine mais va téléphoner à un ami qui le connaît peut être et peut nous faire traverser avec son bateau. Mais ce matin impossible de le joindre. Tant pis, nous avançons sur les berges et rapidement des bateliers nous proposent leur services. « Connaissez vous ce moine ? » Non, mais de l’autre côté ils sauront … peut être !

Nous nous mettons d’accord avec l’un d’eux sur le coût de la traversée. Il faut négocier ferme d’autant plus que le batelier nous propose des destinations beaucoup plus intéressantes que la simple traversée : en amont ; les grottes de Pak Ou aux milles statues de Bouddha, en aval les cascades où l’on peut se baigner.

Mais non, rien ne nous détournera de notre but : nous voulons traverser et chercher le moine. Arrivés de l’autre côté il nous propose de nous attendre pour le retour. Le retour ? nous n’y pensons même pas, nous pensons seulement à trouver le maître. Nous grimpons jusqu’à un premier village. Personne ne parle un mot d’anglais, alors nous prononçons seulement le nom du moine « Sathou Vanhsay Sayathamo ? », « Sathou Vanhsay ! » répètent ils en nous montrant la direction à prendre « vat Kok Pap », voilà le nom du temple !

Nous avançons dans des chemins de terre défoncés, entourés d’une jungle luxuriante. Dès que nous rencontrons quelqu’un, moine, novice ou laïc, nous prononçons le nom du maître et tous reprennent le nom en nous indiquant le nord, nous sommes sur la bonne voie ! allmyanmar Le chemin devient plus étroit, moins lisible. A cet embranchement, à droite ou à gauche ? Nous décidons de ne pas nous éloigner du Mékong, alors à droite. Ce chemin nous conduit vers une maison… sans doute aurait il fallu prendre à gauche… tant pis nous allons jusqu’à la maison et de nouveau prononçons le nom du maître « Sathou Vanhsay ». Une des deux jeunes filles que nous y rencontrons parle un peu anglais et nous propose de nous guider jusqu’au temple. C’est d’accord. Nous partons encadrées par les deux demoiselles à travers un chemin étroit, tantôt franchissant des clôtures de barbelés qui barrent la voie, tantôt traversant une végétation plus drue ou un champs de maïs.

Mais ici nos guides ne semblent plus très sûres de la route, nous rebroussons chemin et prenons une autre direction.

En route je me souviens de tous ceux qui à travers les temps se mettent un jour en marche pour trouver le Maître. Senseï bien sûr cheminant vers Zuigakuin. Jokei, et tous ceux qui montent de la vallée vers la Demeure Sans Limites. Et notre chance incroyable d’être venu la première fois à la rencontre de Senseï… en vélib !

« Vat Kok Pap » nous indique tout à coup notre guide en tendant le bras vers un temple en hauteur. Nous remercions, négocions – c’est la règle ici – puis gravissons les marches qui nous conduisent au monastère.

Nous entrons dans l’enceinte : c’est samou ! Des novices travaillent la terre, de petites fleurs viennent d’être plantées, les mêmes que celles qui coloraient la Demeure Sans Limites l’été dernier. Auprès d’eux un moine. Nous nous dirigeons vers lui, « Sathou Vanhsay ? ». … c’est lui ! Il ne parle pas anglais, alors nous disons seulement le nom de la personne qui nous a confié le don à lui remettre « Mimi ». Il reprend « Mimi ! » en acquiesçant.

Tout est dit. Nous tendons l’offrande comme nous avons appris, les mains en gasshô. Ah bien sûr il ne peut pas la prendre directement car dans sa tradition les moines ne peuvent pas saisir directement ce qui vient d’une femme. Nous complétons donc notre geste par celui qui convient en déposant l’offrande sur le sol. barque Puis un laïc vient jusqu’à nous. Il vient préparer les repas pour les moines en dehors de ses heures de travail, il connaît bien Mimi et parle français. « Comment êtes vous venues ? à pied ? » il n’en croit pas ses oreilles… ici tout le monde vient en bateau ! En quelques minutes il nous trouve une pirogue pour rejoindre Luang Prabang...

Marie


Pratiquer avec l’addiction

L’année dernière, je suis allé proposer zazen à des patients d’un centre de réhabilitation pour les problèmes d’addiction à la drogue et à l’alcool. C’est merveilleux de pratiquer le Dharma avec des personnes qui en sont affamés. Jizo On m’a dit et répété à quel point ces personnes prenaient plaisir à la méditation, devenaient capables de se détendre et d’être moins anxieuses. Ce que j’ai surtout appris sur elles c’est combien elles avaient simplement besoin d’un espace où elles ne seraient pas jugées. Zazen, et la méditation guidée, créaient cet espace.

J’ai lu récemment un livre : « Dans le royaume des démons affamés », de Gabor Mate, médecin qui a fait le récit de sa vie avec les drogués pendant près de vingt ans. Il a proposé plusieurs origines au problème de la drogue, et des solutions pour le résoudre, tant individuellement que collectivement. Je vous en recommande la lecture.

Je voudrais ici résumer brièvement quelques-unes des causes de la conduite addictive, et montré comment la pratique nous aide à travailler avec les personnes ”accros”, selon ce que propose Mate. Il suggère que l’idée que les drogues sont la cause de l’addiction est un mythe. De nombreuses études scientifiques montrent que la tendance addictive est dans la personne, bien avant que la personne commence à abuser des drogues . Les statistiques montrent que plus de 90% des femmes qui se droguent ont été abusées de façon répétée, sur le plan sexuel ou physique, dès leur jeune âge. La souffrance causée par ces violences ne s’efface pas parce que les violences cessent. Elle laisse une douleur profonde dans leur vie. Même si une personne accro ne peut pas faire pas la connection entre l’origine de sa détresse et son besoin de drogue, c’est cette douleur antérieure qu ’elle essaye de combler. L’enfant qui n’a pas reçu l’amour et l’affection dont il avait besoin risque d’en trouver dans la drogue un triste substitut.

Comprendre ce lien entre abus et addiction m’a aidé à être plus indulgent et à ouvrir mon cœur. Les gens prennent des drogues à cause de cette douleur profonde qu’ils portent à l’intérieur d’eux-mêmes. Il leur semble que la drogue est capable de l’apaiser pendant un moment. Ce processus devient un cycle de souffrance sans fin jusqu’à ce que la personne devienne assez curieuse pour chercher d’autres façons pour mettre fin à son tourment. Ba-pied-fleurs A sa racine, la peine de la personne accro est la même souffrance que celle que nous partageons tous. Elle apparaît à travers des comportements différents, comme dans les formes excessives du jeu, du sexe, des achats, de la nourriture ou du travail, pour en nommer quelques-uns. Parce qu’elle est spécialement stigmatisée dans notre société, l’addiction à la drogue est considérée comme la plus dangereuse.

Se souvenir que la détresse à laquelle le drogué essaye d’échapper est la même détresse que celle à laquelle nous essayons tous d ’échapper à travers ce que nous faisons, même lorsque nous faisons quelque chose, même une « bonne » chose, de façon excessive ne peut que nous ouvrir à la compassion.

La première Noble Vérité dit que personne ne peut échapper à la souffrance dans cette vie humaine. C’est ce qui nous pousse vers le voyage spirituel.

Plutôt que de condamner les autres comme n’étant pas capables de prendre en charge leurs souffrances de façon habile, nous pouvons voir comment nous-mêmes, nous ne sommes pas habiles avec notre propre souffrance.

Comme l’a enseigné le Bouddha : « Ne pensez pas aux fautes des autres, à ce qu’ils ont fait, ou pas fait. Pensez plutôt à vos propres erreurs, à ce que vous avez fait ou pas fait. » Dhammapada

Sensei, Mount Equity Zendo. Trad. Joshin Sensei


... Vous dire combien le temps de retraite est un temps unique, précieux, votre présence et enseignement me bouleverse, les mots sont bien peu en écho avec la nature de ce qui est approché. fleur_japon Je reconnais au dedans tel un fil doré, qui nous relie, qui me relie, ou les espaces s’ouvrent et se transforment. C’est sur le moment des pertes de repères, un renversement. Dans le silence et la présence apparaissent un monde nouveau, semblable et autre. La mesure disparaît. Juste là, je me souviens, le dernier matin, encore dans la nuit, en marche vers le zendo, de recevoir le vent sur mon visage, comme une caresse, une présence, tel un cadeau. Dans mon quotidien, je reviens vers ce lieu, il me soutient, m’accompagne.

Marianne Joen


Un pas
Un homme une femme
Et puis deux et puis trois Combien
Je ne sais pas Un pas
Sur le chemin de terre Et puis deux et puis trois
Combien
Je ne sais pas Ensemble nous marchons Attentifs ouverts Traversons la forêt Aussi silencieux Qu’une biche aux aguets
Un pas
Et puis deux L’univers
Dans son ordre mystérieux Frémirait-il
D’être aussi peu troublé La Demeure Sans limites. Marche en méditation
Trois petits bols Noirs
Légers
Comme des nids d’oiseaux
Comme nos vies quand nous déposons
nos fardeaux Trois petits bols Noirs
Tous lisses Tous simples Invitation à l’humilité Lumineuse

Nathalie

 

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