Le bouddhisme, un sens universel des responsabilités (2ème partie)

Le 8 mai 2013

A l’automne dernier l’association chrétienne ACAT, « Association contre les actes de torture » (www.acatfrance.fr) m’a demandé de collaborer à un numéro de leur magazine, sur le thème : les religions et les droits humains. Cela a été pour moi l’occasion de faire des recherches sur ce sujet, et de réunir des infos très intéressantes, que j’ai dû condenser pour entrer dans les limites de l’article demandé, mais que j’espère présenter plus longuement sur le site.

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Rizière

Un sens universel des responsabilités

Ne pas faire le mal, dit le premier principe bouddhiste. Faire le bien dit le deuxième. La compassion bouddhiste est une « sympathie » au sens premier du terme : nous partageons notre vie avec les autres, avec tous les êtres vivants. Pour le Dalaï Lama : « Le monde devient de plus en plus petit, de plus en plus interdépendant. Notre vie aujourd’hui doit être caractérisée par un sens universel des responsabilités, d’être humain à être humain, mais aussi à toutes autres formes de vie. »

Un autre Sutra, le Lankavatara Sutra, le dit autrement : « Dans la longue ronde des renaissances, il n’y a pas une forme parmi les êtres vivants qui n’ait un jour été notre mère ou notre père. Parce que nous dépendons du processus de la naissance, nous sommes parents de tous les oiseaux, de tous les animaux domestiques et sauvages... ». Les plantes et les arbres ne sont pas exclus : « Bouddhas en devenir, ainsi j’appelle ces grands arbres ». Et depuis quelques années, en Thaïlande notamment, il n’est pas rare de voir un Maître donner l’ordination à des arbres, les couvrir de la robe safran pour empêcher la déforestation intensive qui menace les villages et les cultures.

Mais l ’éthique bouddhiste met d’abord l’accent sur l’homme, qui porte les actes et leur responsabilité. Un exemple : le mouvement du Sri Lanka, Sarvodaya, littéralement :« Que tout le monde se réveille », né en 1958, actif dans plus de 15.000 villages. « S’aider soi-même en aidant les autres » : construction de routes, accès à l’eau, éducation des jeunes et des adultes, etc. Confronté dès 1983 à la guerre civile entre les tamouls et le gouvernement cinghalais appuyé sur une grande part du clergé bouddhiste, Sarvodaya s’oppose aux mensonges d’État et à la propagande, s’occupe de camps de réfugiés et organise des « Maha-Shanti » : grandes méditations pour la paix réunissant toutes les religions et toutes les ethnies du Sri Lanka, pour dit-il « changer la psycho-sphère ». La première, symboliquement, fut organisée sous un arbre né d’une bouture de l’Arbre de l’Éveil, rapportée au Sri Lanka au 2ème siècle avant notre ère, afin de bien affirmer que le bouddhisme ne peut être qu’un mouvement de paix. La seconde rassembla 650.000 personnes dans un grand silence. « Ceci, dit le Dr Ariyaratne, fondateur, est le son de non-explosion des bombes, des mines qui n’éclatent pas, des fusils qui ne tirent pas. »

Depuis la fin de la guerre, Sarvodaya « lie » les villages ; un millier de villages tamouls furent « liés » à un millier de villages cinghalais, chacun fournissant à l’autre ce dont il a besoin pour se reconstruire te reprendre une vie normale.

Une nonne américaine, Beth Goldring, travaillant au Cambodge avec les malades mourant du sida résume : « Chercher son chemin dans ces contextes d’injustice, à travers la rage et le désespoir des gens, chercher comment l’action devient le véhicule de la pratique de la Voie n’est pas simple, c’est l’affaire de toute une vie ».

Trouver le contentement

Le bouddhiste vit donc dans le monde et le travail est une responsabilité envers le monde ; plus même, c’est un « acte d’offrande » nous dit le maître Zen Dogen au 13ème siècle : « Permettre un passage ou construire un pont sont deux actes d’offrande, comme gagner sa vie ou produire des biens. » Dans cette optique, travailler est participer à une tâche commune pour le bien commun. Nous devons employer les « moyens d’existence justes », nous recommande le Bouddha, excluant par là tout commerce d’armes ou de tout produit abîmant le corps ou l’esprit. Travailler ainsi, c’est déjà prendre soin des autres et du monde.

Dans l’idéal, le premier but du bouddhiste est la libération de la souffrance, et non l’accumulation de richesses. Mais le bouddhisme de la Voie du Milieu n’est en rien opposé au bien-être et à une vie confortable – pourvu que nous sachions ces qui est nécessaire à ce bien-être. Il ne s’agit pas revenir à la bougie ou au lavoir, mais de savoir évaluer ce qui est important, faire la distinction entre le « assez » et le « trop », le contentement et le gaspillage.

Ainsi que l’écrivait E.F.Schumacher dans « Small is Beautiful » : « Le présupposé de l’économie moderne : on vit mieux lorsque l’on consomme plus paraît à un bouddhiste le comble de l’irrationnel. Le plus raisonnable et le plus agréable étant d’obtenir un maximum de bien-être avec un minimum de consommation. » Être moins avide, c’est ne plus rechercher la satisfaction à n’importe quel prix. Refuser, par exemple, de prendre en compte la fin : « Nous paierons notre énergie moins chère », sans considérer les moyens, les dégâts causés par l’extraction hydraulique des gaz de schiste. Notre reconnaissance de l’interdépendance nous aidera à ne plus confondre « ma » satisfaction avec « le plus important », ni le court terme avec les exigences du long terme. Lorsque je réalise l’inter-être, le non-duel, alors la pollution de l’air, de l’océan, des rivières est la pollution de mon propre corps, celui-ci étant dans un échange continu avec l’extérieur, avec l’air, avec l’eau...Idée curieuse pour nous occidentaux, mais qui nous aide à prendre conscience à la fois de notre importance et de notre fragilité.

"Y-a-t-il un regard croyant sur les droits humains ?"

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Cambodge. Photo Marie R.

Il y a certainement un regard bouddhiste sur l’être humain et le monde. Nous vivons actuellement « dans une société riche et créative, mais aussi porteuse de violence et de destruction »i ; l’attention portée à tous, êtres humains et animaux et à la nature, la paix intérieure liée à la fin de l’agitation et de l’avidité, la joie qui naît d’une vie simple et pourtant comblée, tout cela est inclus dans la Voie du Bouddha.

« Notre voyage vers la paix commence aujourd’hui- et chaque jour. Petit à petit, chaque pas est une prière, chaque pas est une méditation, chaque pas construit un pont ». Maha Ghosananda, Paix et Réconciliation au Cambodge.

Joshin Sensei

 

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