De l’importance de connaître l’histoire du bouddhisme

Le 1er juin 2013, par Daishin,

Souvent, les bouddhistes occidentaux ne connaissent de l’histoire du bouddhisme que quelques récits propres à l’école dans laquelle ils pratiquent. Ils ignorent comment leur lignée d’adoption s’intègre dans le paysage plus général de cette religion ancienne, aux origines lointaines, qui a connu de multiples mutations régionales et historiques. Chacun des nombreux sous-groupes bouddhistes a sa propre version de la manière, du moment et de l’endroit où le Bouddha a donné les enseignements sur lesquels il fonde sa doctrine et ses pratiques, et ces versions sont parfois assez contradictoires. Difficile dès lors d’y voir clair à moins de bien comprendre l’importance du mythe.

Aucune école bouddhique ne rend intégralement compte, dans sa littérature traditionnelle, de l’évolution historique du bouddhisme, ni de ses multiples avatars culturels ou sectaires. Sans l’éclairage des connaissances historiques actuelles, aucune d’entre elles ne peut donc proposer à ses pratiquants un tableau complet de l’histoire du bouddhisme. Toutes auraient pourtant à gagner d’une étude approfondie de cette histoire. Les enseignements bouddhiques insistent sur l’importance de se familiariser avec l’impermanence en tant que grande constante de notre expérience. Or, qu’est-ce que l’histoire, sinon l’étude de la manière dont les choses changent et évoluent, c’est-à-dire de l’impermanence ? Et cela comprend l’impermanence du bouddhisme lui-même, de ses institutions, de ses pratiques...

D’aucuns avanceront que l’histoire leur importe peu, que seule compte pour eux la méditation. Mais méconnaître l’histoire du bouddhisme dans toute sa richesse et sa diversité, c’est s’exposer à un risque d’intégrisme et de sectarisme. Convaincus de la véracité des légendes et récits sacrés de leur tradition, certains pratiquants et communautés les prennent au pied de la lettre. Or, ces récits ont souvent un côté sectaire, car ils glorifient – sur la base d’épisodes miraculeux – les textes et les enseignants associés à une tradition particulière.

Ainsi, certaines écoles affirment que le Bouddha historique lui-même enseignait le bouddhisme Mahayana, et même le Vajrayana, à une poignée de disciples très avancés. Ces enseignements auraient ensuite été tenus secrets pendant de longues années, avant de refaire surface au sein de courants qui y voyaient les enseignements les plus élevés du bouddhisme, allant, pour certains, jusqu’à rejeter les lignées qui n’acceptaient pas ces récits, les affublant du nom méprisant de « hinayana », ou « voie inférieure » - un terme qui a malheureusement encore cours chez de nombreux bouddhistes.

Au premier abord, les récits sacrés semblent incompatibles avec l’Histoire, qui tend à remettre en cause leur exactitude. Si l’on ne comprend la différence entre légende et Histoire et si l’on n’apprécie pas l’importance de chacune, c’est le fondement même de notre spiritualité qui est mis à mal. Il peut en résulter une véritable crise de la foi. Pourtant, l’étude moderne des religions a depuis longtemps dépassé ce clivage entre Histoire et récits sacrés, auxquels elle attribue des fonctions différentes : tandis que l’Histoire s’intéresse aux faits (spirituellement significatifs ou non), les légendes et récits sacrés (avérés ou non) servent d’orientation à ceux qui suivent une voie particulière. Peu importe, pour le message que délivre un récit sacré, que celui-ci soit ou non véridique.

Le fait que le Bouddha historique n’ait pas enseigné le bouddhisme Mahayana ou Vajrayana ne remet pas en cause leur validité. Admettre cela, c’est couper court à tout sectarisme bouddhique. Pourquoi toutes les formes de bouddhisme devraient-elles avoir suivi la même évolution ou le même cheminement historique ? Il est logique que les différentes écoles bouddhistes aient des récits sacrés différents : ceux du Mahayana mettront en lumière la continuité entre les courants anciens et « modernes » de l’enseignement, là où ceux du Théravada montreront que le bouddhisme ancien constitue une voie à part entière, et non la voie « inférieure » à laquelle le cantonne la mythologie Mahayaniste.

En ce sens, l’étude de l’Histoire et des légendes peut contribuer à prévenir le sectarisme et les chamailleries doctrinales. Dès lors que l’on ne confond pas légende et Histoire, chacune d’entre elles peut prendre la place qui lui revient, dans une compréhension juste tant du bouddhisme dans son ensemble que de notre lignée et pratique d’adoption. Loin d’alimenter le doute, un tel fondement est de nature à renforcer une confiance éclairée dans le Dharma.

Rita Gross étudie et enseigne le bouddhisme Shambhala au sein de la communauté de Jetsun Khandro Rinpoche. Elle enseigne aussi l’histoire du bouddhisme au Lotus Garden, le centre de Khandro Rinpoche en Amérique du Nord.

Buddhadharma, printemps 2009.

Traduction : Françoise Myosen

 

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