Changement de regard

Le 27 février 2005

Je suis allée ces dernières vacances passer quelques jours auprès d’un neveu que j’aime profondément et qui lutte depuis quelques mois avec un cancer qui se généralise, ne lui laissant, aux dires des médecins, que peu d’espoir. Quelques jours pour accepter son corps mutilé, son angoisse, oser des gestes de tendresse, accepter des silences, être présente de tout mon être, de toute mon âme, tout en essayant de ne pas trop laisser voir ma peine. Au milieu de mon séjour, je m’accordai une pause dans un café avoisinant. Très vite, les digues se sont rompues et les larmes m’ont envahie. Toute ma tristesse contenue me secouait par vagues et je ne savais plus comment l’apaiser.

J’ouvris alors le livre amené avec moi : « Le cœur des enseignements du Bouddha » de Thich Nhat Hanh, et je me mis à lire, un peu comme quelqu’un qui se noie essaie de se raccrocher à une branche...« Lorsqu’une personne est proche de la mort, vous pouvez vous asseoir à côté d’elle avec stabilité et solidité et cela l’aidera à quitter sa vie sans souffrir. Votre présence est comme un mantra, une parole sacrée dotée d’un pouvoir de transformation. Si votre corps, vos paroles et votre esprit sont en parfaite harmonie, ce mantra aura un effet avant même que vous n’ayez prononcé un mot. »

« Ce serait triste pour la vague de ne pas savoir qu’elle est aussi l’eau. Elle penserait alors : « Un jour je vais mourir. Cette période de temps est ma durée de vie et lorsque j’atteindrai la rive, je retournerai au non-être. » Ces notions peuvent causer de la peur et de l’angoisse à la vague. Nous devons l’aider à se défaire des notions de soi, de personne, d’être vivant et de durée de vie si nous voulons l’aider à être libre et heureuse(...) Lorsque la vague voit sa vie de vague profondément, elle touche la dimension de l’eau qui est en elle, ce qui fait disparaître ses peurs et ses notions et la rend vraiment heureuse... » « Nous n’avons pas besoin de courir après quoi que ce soit. Nous avons déjà tout ce que nous recherchons, tout ce que nous voulons devenir »(...) Nous avons tout ce dont nous avons besoin pour faire de l’instant présent le plus heureux de notre vie. »

Plus je lisais, plus mon angoisse disparaissait, plus ma peine s’allégeait et je sentais au-dedans de moi une joie profonde. Cette lecture m’avait dessillé les yeux, libéré le cœur. Je pouvais à présent rentrer confiante, et laisser cette paix se déposer sur mon neveu angoissé, à travers chaque geste, chaque regard, chaque mot, chaque silence...

Anne Claire

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