Moriyama Roshi et Zuigakuin

Le 10 novembre 2013

Lorsque j’étais à Zuigakuin, j’ai rencontré un disciple laïc de Moriyama Roshi [1] , suédois, qui a passé une année là-bas, et ensuite est resté en contact avec M° Moriyama, l’invitant plusieurs fois dans le groupe de Zen qu’il a formé en Suède.

Nous avons échangé des mails en 2011, et il m’a parlé de son désir de faire mieux connaître Moriyama Roshi en Europe, et pour cela il a le projet de rassembler des écrits et des photos dans un petit livret.

Voici le mail qu’il m’a envoyé, et ma réponse.

« Chère Joshin Sensei, j’espère que vous allez bien. J’ai travaillé sur le livret qui va parler du Roshi et de Zuigakuin. J’aimerais vous poser à ce sujet quelques questions : pourriez-vous me répondre ? Peut-être en une page m’expliquer comment vous avez rencontré M° Moriyama, et pourquoi vous avez décidé de rester à Zuigakuin et de devenir sa disciple ?

D’après ce que j’ai compris, vous avez quitté une vie plutôt confortable. Je me souviens que vous pratiquiez l’aïkido à Tokyo ; est-ce par des amis que vous êtes arrivée au temple ? Vous avez sans doute été l’une des premières non-japonaises à rester si longtemps avec lui ? Est-ce que cela ne posait pas de problèmes d’avoir des disciples femmes, avec vous et Zuyten San ? Je n’ai pas entendu parler de beaucoup de maîtres hommes qui ont eu des successeurs du Dharma femmes. Cela me semble très intéressant, et montre que le Roshi ne faisait pas de compromis, n’est-ce pas ?

Merci, dans le Dharma Hakan

Réponse : Merci de votre mail, j’apprécie beaucoup votre projet, et j’espère voir bientôt ce livret.

Maître Moriyama, de Zuigakuin ( Japon) était une personnes extrêmement inhabituelle, un grand Maître, et une personne libre.

Je pense que la rencontre avec lui a été la plus grande chance de ma vie. J’ai pu rester quatre ans dans son temple, après quoi j’ai reçu le Sceau de la Transmission, devenant ainsi son premier successeur. Son deuxième successeur a également été une femme, une nonne allemande, dont le nom de Dharma était Zuyten.

Ce qui était tout à fait frappant chez le Roshi était sa capacité à être à la fois très traditionnel et tout à fait moderne. En fondant le temple de Zuigakuin, il revenait aux racines de l’École Zen Soto : vie monastique dans un temple éloigné dans la montagne, n’existant que grâce à takahatsu ( recherche d’aumônes) et aux dons ; horaire monastique traditionnel donnant la place principale à zazen.

Mais d’autre part, le temple était ouvert à tous : il acceptait tout le monde, Japonais, non-Japonaise, laïcs ou monastiques, hommes et femmes – pourvu que la personne ait une forte motivation pour pratiquer la vie sévère demandée par M° Dogen. ( Et vous savez comme il est difficile au Japon pour un non-japonais, et plus encore une non-japonaise, d’être accepté, vraiment accepté dans un temple.)

De plus, le Roshi pensait que le renouveau du bouddhisme et du Zen viendrait de l’étranger, pas du Japon. A la fin des années soixante, alors qu’il avait à peine trente ans, le Roshi avait été l’officiant résident au temple Soto Zen de San Franscisco. Un bon moment pour arriver là ! Il reconnut tout de suite l’énergie et la curiosité que les jeunes américains mettaient dans leur approche du dharma, et il pensait qu’il y avait là un enthousiasme qui permettrait le renouveau du Zen. Il continua donc, après son retour au Japon, à être en contact, et à faire venir, des étrangers.

Avoir des femmes comme disciples n’est pas courant non plus, mais ne lui posait aucun problème. Le Maître du Roshi, un Maître très connu au Japon, craint pour sa sévérité, avait été le Supérieur d’un temple important ; il avait de nombreux disciples, tant monastiques que laïcs. Mais ses deux disciples proches, deux successeurs du Dharma, étaient des nonnes. Même aujourd’hui, ce serait inhabituel, mais il y a cinquante ans, c’était incroyable !

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Moriyama Roshi

Au Japon, à l’époque comme aujourd’hui, la place de chacun dans la hiérarchie est très stricte, et très importante. En tant que jeune moine arrivant au temple de son maître, Moriyama Roshi trouva comme aînées deux nonnes – et deux nonnes très sévères aussi d’après ce que j’ai entendu dire ! C’est elles qui ont fait son éducation monastique, et lui ont appris la discipline des temples.

A cause de cela, quand des années plus tard j’arrivai, puis ensuite, quelques années après, Zuyten San, à Zuigakuin, comme femmes et comme nonnes nous étions bienvenues, et acceptées pour rester, étudier et pratiquer. Ainsi Moriyama Roshi eut à son tour des disciples, puis des Successeurs du Dharma femmes.

Puis le Roshi m’a demandé de rentrer dans mon pays pour y partager ce qui m’avait été généreusement et librement donné.

Ma vie avait été bouleversée et transformée, et mon cœur est toujours plein de gratitude pour Moriyama Roshi.

Joshin Sensei

Notes :

[1] « Roshi » est un terme de politesse de l’Ecole Zen, qui signifie « Vieux Maître » ( rien à voir avec l’âge, mais avec la sagesse !)

 

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