La première pensée

Le 30 novembre 2013

Quand nous sommes en confiance, avec un cœur ouvert, tout ce qui arrive, « au moment même où cela arrive » peut être perçu comme neuf et non pollué par les nuages de l’espoir et de la peur.

Chogyam Trungpa Rimpoché employait la phrase « la première idée, c’est la meilleure » à propos de ce premier moment d’une perception nouvelle, avant que les nuages colorés et colorants du jugement et de l’interprétation personnelle ne s’imposent.« La première pensée, c’est la meilleure », parce qu’elle n’a pas encore été recouverte par toutes nos opinions, nos interprétations, nos espoirs et nos peurs, nos goûts ou nos dégoûts . C’est une perception directe du monde tel qu’il est.

Parfois nous découvrons que « la première pensée, c’est la meilleure » en nous relaxant dans le moment présent d’une façon très simple. Peut-être êtes-vous assis dans un aéroport en train de regarder du haut d’une terrasse les remous de la foule. Soudain votre bavardage intérieur s’arrête. Vous êtes exactement là dans l’instant, en train de voir et d’écouter. Vous voyez les mouvements, vous entendez le vacarme des voix et des machines , vous vous sentez hors du temps et dans un sentiment de complétude.

Vous pouvez ainsi rencontrer cet état ouvert de l’esprit quand quelque chose vous heurte soudain. Peut-être avez-vous l’expérience d’avoir glissé sur de la glace : sans y penser tout votre corps et votre esprit s’unissent pour éviter la chute. A ce moment-là vous vous sentez complètement vivant, complètement présent. Après coup, vous ressentirez peut-être une brusque montée d’adrénaline et vous direz « Oh là là ! Je suis passé près ! », cependant que le sentiment d’énergie et d’alerte persiste un certain temps.

Bien que nous la nommions « première pensée » ce n’est pas nécessairement une pensée qui se met en mots. Ce n’est que la toute première inspiration, mais elle s’exprime en nous. Cela peut n’être que « Aah ! », un sursaut profond quand, au détour du sommet d’une montagne, nous voyons la vallée s’étendre au-dessous de nous. Bien sûr, nous allons alors commencer aussitôt à penser au second et au troisième niveau ainsi « Oh mon Dieu ! N’est-ce pas magnifique ? » ou « Quel idiot j’ai été de ne pas emporter mon appareil photos ! ».

Le premier moment d’éveil le matin peut être l’occasion de noter « première pensée » parce que notre esprit n’est pas encore pris dans le tourbillon quotidien. Nous saisissons rarement le moment où nous sortons du sommeil, mais parfois c’est possible. Il y a une sorte de blanc dans lequel nous ne souvenons même pas du lieu où nous sommes ou de qui nous sommes. Ce moment peut être effrayant ou joyeux, mais dans les deux cas nous percevons vivement la chambre autour de nous.

Photo Marylise

J’ai noté des moments particuliers de perception fraîche au cours d’un après-midi où je prenais des photos. Un photographe peut capter le sentiment du moment où il éprouve quelque chose, juste comme cela est mais vous devez d’abord ouvrir votre esprit et voir « le soleil d’après-midi ricochant sur un rocher couvert de mousse jaune brillant et vert au milieu d’une clairière dans une forêt de pins, un long nuage horizontal - en forme de bulbe - noir de pluie et pourtant éclairé par-dessous par le soleil du soir, la brume blanche sur la baie, à travers laquelle le faible contour d’une île, un bateau, une mouette solitaire qui suggère quelque chose qui vient de rien , un tas de bouse de vache fumante entourée de jaunes pissenlits ».

Pour capter ces moments, vous ne regardez pas que les objets, mais aussi la lumière qui brille en eux et autour d’eux. Alors, on abaisse l’appareil photo, on regarde le monde ordinaire et il semble soudain lui aussi brillant et vibrant. Quand vous prenez des photos, juste avant d’appuyer sur l’obturateur, votre esprit est vide et ouvert ; il voit sans mots, c’est tout.

Quand vous êtes face à une feuille blanche, prêt à peindre ou à calligraphier, vous n’avez pas idée de ce que vous allez faire. Peut-être avez-vous quelque projet pour un tableau ou savez-vous quel symbole vous allez calligraphier, mais vous ne savez vraiment pas ce qui va apparaître quand vous poserez votre pinceau sur le papier.

Ce que vous faites à partir de la confiance dans votre esprit ouvert sera neuf et spontané. S’ouvrir à la première pensée c’est la façon juste de commencer toute action.

La respiration balaie l'esprit Kwong Roshi  [1]

Le même processus se produit très rapidement à tout moment de notre vie.

Que nous soyons artiste ou pas, n’importe quel moment peut être vécu comme une première pensée. Il nous faut éprouver la première pensée, encore et encore.

Il n’y a pas de promesse d’un point ultime où vous n’aurez plus à être attentif. Au moment où vous allez faire un geste, avant de le faire réellement vous pouvez faire confiance et vous en remettre à « la première idée c’est la meilleure ».

Au moment de boire un verre d’eau, allons-nous juste le saisir et l’avaler ou peut-il y avoir un moment de première pensée, de claire perception tandis que nous saisissons le verre et quand nous le touchons et quand nous le levons et en l’approchant de nos lèvres et encore quand nous goûtons l’eau sur notre langue ?

Quand quelqu’un nous parle agressivement, répliquons-nous immédiatement sur le même ton, ou pouvons-nous prendre un temps de première pensée avant de répondre ?

Il en est de même dans vos occupations quotidiennes : faire le café, aller au travail, utiliser la photocopieuse, assister à une réunion, marcher dans la rue, dîner, vous disputer avec votre compagnon ou faire l’amour etc… Si vous êtes attentif à la première pensée, chacun de ces événements de votre vie peut être neuf et très clair.

Si souvent nous ignorons la première pensée ! Nous pensons que c’est trop bête ou choquant.

Nous devons être intrépides pour saisir la première pensée et la suivre.

La première pensée peut guider nos vies si nous lui faisons confiance.

Jakusho Kwong Roshi - Tricycle Trad : M. C. Calothy - A. Delagarde

Notes :

[1] La respiration balaie l’esprit Kwong Roshi

 

Commentaires de l'article

 
n savoir la tête qu’on aura à l’arrivée
Le 6 janvier 2014

Ah oui, trop ceci ou pas assez cela...et patati et patata..."Intrépide !!!", ça au moins, c’est tonique, vivifiant...mais ça fait peur...des fois. c’est comme sortir de sa cachette et hop, sauter dans l’inconnu sans savoir la tête qu’on aura à l’arrivée, sans parler de celle des autres. Pauvre de "moi" qui tremble en s’imaginant ce qui pourrait lui arriver de terrrrible. Pas facile de lui faire comprendre à cet imbécile (pardon mais je le pense vraiment) qu’on n’est pas toujours OBLIGE de toujours "avoir l’air de soi*" toujours, toujours... Merci pour cette belle invitation à oser !

*expression de Joshin Sensei

 

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