Pourquoi le Bouddha touche la terre

Le 7 mai 2014, par Daishin,

Le cosmos est une coopérative. Le soleil, la lune et les étoiles... Tous coopèrent. Il en va de même pour les humains, les animaux, les arbres et la Terre. Lorsque l’on prend conscience que le monde est une entreprise coopérative, mutuelle, interdépendante, alors on peut construire un environnement noble. Si nos vies ne s’appuient pas sur cette vérité, il ne nous reste plus qu’à périr.

Buddhadasa Bhikkhu

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Le terme « bouddhisme engagé » a été créé pour rendre son sens véritable au bouddhisme. Le bouddhisme engagé n’est n’est rien d’autre que l’application du bouddhisme à nos vies quotidiennes. Un bouddhisme qui ne serait pas engagé ne saurait être appelé « bouddhisme ». La pratique bouddhiste n’est pas l’apanage des monastères, temples, salles de méditation et instituts bouddhiques. Elle se déploie dans toute situation où nous nous trouvons. Pratiquer le bouddhisme engagé signifie mener les activités de la vie quotidienne en cultivant la pleine conscience.

Thich Nhat Hanh

C’est l’une des images les plus célèbres du bouddhisme. Le Bouddha Gautama est assis en méditation, la main gauche posée dans son giron tandis que sa main droite touche le sol. Des forces démoniaques viennent de tenter de le renverser parce que leur roi, Mara, revendique sa place sous l’arbre de la bodhi. Alors que ces forces proclament la puissance de leur maître, Mara exige du Bouddha qu’il produise un témoin de son éveil spirituel. Le Bouddha se contente de toucher le sol de la main droite, et la Terre répond immédiatement « Je suis témoin ». Défaits, Mara et ses sbires disparaissent. L’étoile du matin apparaît dans le ciel. Cet instant d’illumination suprême est l’expérience fondatrice de toute la tradition bouddhiste.

Ramana Maharshi, grand sage védantin du 20e siècle, affirmait que la Terre était en état constant de dhyana (recueillement méditatif). Le mudra (position des mains) de prise de la Terre à témoin du Bouddha est un magnifique exemple de « connaissance incarnée ». Sa posture et son geste incarnent une réalisation que rien ne peut ébranler. Le Bouddha n’invoque pas les êtres célestes. Au lieu de cela, sans dire un mot, il en appelle à la Terre afin qu’elle se porte témoin.

La Terre a vu bien plus que l’Eveil du Bouddha. Au cours des trois derniers milliards d’années, elle a été le témoin de l’apparition et de l’évolution d’innombrables formes de vie, des créatures unicellulaires à la faune et à la flore complexes, d’une incroyable diversité, qui y prospèrent aujourd’hui. Nous ne sommes pas seulement les observateurs de cette multiplicité, mais nous en faisons partie – alors même que notre espèce continue à la détruire. De nombreux biologistes prédisent que la moitié des espèces végétales et animales de la Terre pourraient avoir disparu d’ici la fin de ce siècle, si l’humanité poursuit sur sa trajectoire en matière de démographie, de croissance économique et de pollution. Cette triste réalité nous rappelle que le réchauffement climatique est loin d’être la seule crise écologique majeure à laquelle nous soyons confrontés aujourd’hui.

Mara revêtirait-il aujourd’hui une autre forme, celle de notre propre espèce ? A l’instar de Mara, qui revendiquait la place du Bouddha, l’Homo sapiens affirme aujourd’hui être la seule espèce réellement importante. Toutes les autres espèces n’auraient de valeur que dans la mesure où elles serviraient nos intérêts. A bien y regarder, les puissances de notre système économique (l’industrie pétrolière et ceux qui la soutiennent en tête) semblent en être revenues à un degré d’« empathie zéro » caractéristique des personnalités psychopathiques et narcissiques.

La Communauté terrienne possède une nature auto-émergente, interdépendante, coopérative. Nous autres humains n’avons aucune substance ou réalité en dehors de cette communauté. Thich Nhat Hanh appelle cela notre « inter-être » : les autres espèces et nous « inter-sommes ». Si nos vies et chacune de nos actions s’appuient sur cette vérité, nous transcendons la notion selon laquelle la pratique bouddhiste s’inscrit dans un cadre religieux qui ne promeut que notre éveil individuel. Nous voyons l’importance qu’il y a à intégrer la pratique de la pleine conscience dans les activités de notre vie quotidienne. Et si nous considérons réellement la Terre-Mère comme une communauté à part entière et comme le témoin de l’illumination, n’avons-nous pas la responsabilité de la protéger au travers d’un « activisme sacré » placé sous le sceau de la pleine conscience ?

Cette année, le Président américain décidera d’approuver ou non la construction d’un oléoduc destiné à relier la « grande bombe carbone américaine » des sables bitumeux d’Alberta aux raffineries pétrolières texanes. Les implications de cette décision sont colossales. Les ravages qu’engendreraient la transformation et la combustion ne serait-ce que de la moitié du pétrole contenu dans ces sables bitumeux sont littéralement incalculables : l’augmentation du taux de carbone atmosphérique qui en résulterait dépasserait les « points de basculement », provoquant ainsi un emballement du réchauffement climatique. Notre climatologue le plus clairvoyant, James Hansen, de la NASA, affirme que si ce seul projet devait voir le jour, la partie serait irrémédiablement perdue pour le climat de la planète. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Il est vital que les bouddhistes s’allient aux autres personnes qui se sentent concernées afin d’opposer un front créatif et déterminé à cette folie dévastatrice.

Comme nous le rappelle l’illumination du Bouddha, notre éveil aussi est lié à la Terre. La Terre s’est portée témoin du Bouddha. Aujourd’hui, c’est elle qui a besoin que nous témoignions pour elle – de son état de dhyana, de sa ténacité, du socle nourricier qu’elle offre à tous les êtres vivants sans exception. Un nouveau type de bodhisattvas – les « écosattvas » - doit émerger, alliant pratique d’auto-transformation et dévotion à la transformation sociale et écologique. Oui, il nous faut écrire des courriers et des e-mails au Président dans l’espoir d’influencer sa décision. Mais il nous faudra peut-être également envisager d’autres stratégies, comme la désobéissance civile non violente, si ces appels restent lettre morte. Parce que la décision qui sera prise ne concerne pas seulement la dette financière d’un Etat. Elle concerne aussi le plafond des émissions carbone que peut supporter la planète. Elle concerne le seuil de survie de l’humanité. Comme la Terre nous en est témoin. John Stanley et David Loy

John Stanley et David Loy dirigent le projet « Ecobuddhism », dont ils sont aussi les conseillers. Source : http://www.ecobuddhism.org/wisdom/editorials/wtbtte/ 

Trad. Françoise

 

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