Un grand rakusu

Le 3 juin 2014

Je voudrais parler d’un enseignement que j’ai reçu de Sensei, il y a quelque temps . Nous étions partis faire des travaux à plusieurs au zendo ; nous faisions des choses variées et le soir on pratiquait zazen bien sûr. Et à un moment donné, le soir, Sensei nous a dit : « Cette Demeure je la vois comme un grand rakusu. ».

rakusu bleu Sensei : Comme un grand rakusu. Un rakusu c’est plein de petits morceaux de tissus et c’est ce que l’on coud quand on prend refuge. Cela veut dire quand on entre vraiment dans le bouddhisme. Et l’on coud soi-même, même si on n’a jamais fait de couture, on passe une semaine silencieuse en retraite et on ne fait que la couture. Et c’est vrai que là, c’était l’époque des travaux et tout le monde était en train de faire des petits morceaux de la maison.

(Reprise de Laurent) – Ce rakusu c’est quelque chose qui m’a interpellé, parce que effectivement, il y a longtemps, à une époque toute la Sangha a fait des rakusus, pour Sensei ou d’autres Maîtres et aussi pour Moriyama Roshi. Et donc, chacun cousait un petit morceau de ces pièces. C’est à dire qu’on se les faisait passer par la poste, même dans les différents zendos, ça venait de Marseille, ça remontait à Paris, etc. Et chacun de faire quelques points.

Évidement c’était toujours assez folklorique parce que en général c’était I. qui commençait, c’était toujours très beau et puis chacun faisait des points, des petits points, des gros points, très moches, en zigzag, etc. Pris individuellement, on avait toujours cette vision épouvantable de ce que l’on avait fait, et en fait, à la fin, on avait un rakusu et c’était quelque chose d’harmonieux. Pas harmonieux dans le sens de la perfection, c’était harmonieux parce que chacun y avait participé, et on avait quelque chose au final qui était un vrai rakusu, même si on ne le percevait pas quand on travaillait dessus.

En fait, l’enseignement que j’ai reçu c’est que c’est vrai que chacun était accaparé par sa tâche, qui du ciment, qui de la volige, etc. sans percevoir, en fait, ce lien qui composait la Sangha, et pourtant, oui, on arrivait à quelque chose d’harmonieux. Encore une fois, pas dans le sens de l’esthétique parce qu’on était tous à faire ce que l’on pouvait, mais en fait, ce qui m’est apparu c’est ce fil conducteur qui nous liait tous.

Ce que j’aime bien dans le rakusu, c’est que chacun fait un point et chaque point est différent. Mais en fait c’est le même fil toujours. On est tous reliés par le même fil, et quand on voit tous ces points différents, beaux, pas beaux, peu importe. En fait, à l’envers du tissu, on ne voit pas le fil, mais il est toujours relié à un autre point. Et ainsi de suite. Et, vous voyez, tous ces points que l’on perçoit sur l’endroit comme ça, séparément, comme étant différents, en fait ils sont tous liés les uns aux autres. Il n’y a pas de différenciation.

Et là, il y avait ces choses que l’on faisait, et on avait l’impression que chacun dans son coin faisait des choses complètement différentes, mais cette phrase de Sensei, c’est vrai, en fait, ça permettait de sentir ce lien. Le lien de la Sangha. C’est cette interdépendance, cette relation avec l’autre, c’est vrai dont je m’aperçois très souvent, que je ne la reconnais pas. Parce que je suis dans ma bulle, et que je ne vois pas le lien qui existe avec l’autre. C’était frappant pendant les travaux. Il y avait des périodes où l’on travaillait et où l’on arrêtait de travailler parce que Sensei préparait à manger, etc. Et en fait, bien sûr, c’est une continuité : si Sensei n’avait pas fait à manger, on n’aurait pas pu continuer à travailler. Et si tout un chacun n’avait pas participé à des choses qui semblaient très éloignées de nos préoccupations, à ce moment-là, il n’y aurait pas pu y avoir ce fil conducteur, et cette réalisation qui au total fait comme un grand rakusu.

Ce sont ces choses qui me sont apparues et c’est vrai, j’aime beaucoup pour ça ce récit de maître Thich Naht Han sur la feuille de papier , le monde entier est contenu dans une feuille de papier. Cet enseignement que j’ai reçu là, c’est qu’il y a ce fil, et que ce fil on ne le perçoit pas. On ne perçoit que les points, on ne voit que l’apparence, et ça c’est un grand enseignement. Un grand rakusu, sans forme, et pourtant recouvrant toute chose.

Laurent

 

Commentaires de l'article

 
Sandrine
Le 2 juillet 2014
Ce texte me touche beaucoup car il me fait penser à mon rakusu qui vient d’être terminé... et qui a été réalisé avec l’aide de plusieurs personnes de la Sangha... Il représente le lien formidable avec la Sangha, comme tous ces morceaux de rakusu reliés ensemble...
 

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