Trois textes sur les émotions

Le 1er septembre 2014

Nos chemins d’amour sont jalonnés d’épines.

Quand j’en ai pris conscience (et j’ai mis du temps) c’est ouvert sous mes yeux les S.O.S. que me lançait cette personne qui m’est si proche et si chère depuis toujours … Elle ne pouvait pas échapper à la violence qui est la sienne … Dans la cuisine, après d’un revers de la main la mort programmée d’un insecte au milieu des fruits récoltés du verger et une tentative de tuer une mouche dans la volée, j’ai compris l’ampleur de sa souffrance … Celle qui me traverse ou me traversait ?

J’ai redressé délicatement l’insecte aux ailes dorées du bout du doigt. Il rampa blessé, traînant dans son sillon ses boyaux évidés sur la table. Nous étions assises toutes deux sur les chaises en formica, attablées devant la récolte de cassis ; moi bien en vue du calvaire de cette si petite bête. Elle, toujours confrontée à ses baffes …

Sensible à ce qui m’entoure, je ne sais plus quelle tournure pris notre échange à cet instant, si ce n’est l’air penaud de mon chien quand la main valsa avec l’intention d’achever l’existence déjà courte de la mouche … Envolée.

Qu’est ce que je devais faire de cet animal, agonisant intestins à l’air ? Alors je lui dis : « La petite bestiole n’est pas morte. »

Celle là dit, étonnée et en comprenant un peu : « Ah, bon ? », elle se saisit d’un morceau d’essuie-tout, je tournais le regard et l’affaire fut achevée au sopalin et termina à la poubelle.

Alors j’en compris un peu. Je lui parlai de son père décédé dont le deuil lui fut si difficile à vivre. Elle, qui avait 35 ans à la mort de celui-ci … je fis le calcul, j’en avais largement plus, et toujours père et mère…

C’était hier et la première fois en tant d’années que je lui disais sa douleur à elle, en l’écoutant elle et ne l’accablant pas d’un jugement.

A la fois ouverte aux épines de cette autre … et les miennes en paix.

A.

Une phrase de Kosho Uchiyama prend du sens quand je pratique zazen : « Les personnes qui pratiquent zazen doivent tout d’abord comprendre rationnellement ce qu’est cette pratique, puis, une fois assis en zazen, viser à la posture correcte non plus par la tête mais en leur âme et conscience. »

La dernière fois que j’ai fait zazen et samou à la DsL, j’ai pris conscience de la difficulté à vivre, je dirais même à supporter le silence intérieur, et je me suis posée la question de savoir si dans ma façon de pratiquer le zen, il existe réellement un instant où j’accepte d’ « ouvrir la main de la pensée » non plus en passant par la tête mais en mon âme et conscience.

Pour continuer dans la légèreté d’après le zazen de ce soir (du zendo de la ville que j’habite), cela fait deux semaines environ que lors de la première méditation, après les méandres du défilement des pensées, je me rends compte d’une pensée qui est comme si j’étais au bord d’une falaise et que à partir du moment où j’accepte de lâcher cette pensée, c’est me concernant, comme faire un saut dans l’inconnu.

Je voudrais remercier ces deux lieux et personnes leur donnant vie (par le Bouddha, la Sangha et le Dharma) de par leurs approches complémentaires de la pratique du zen : je n’aurais pu comprendre la rigueur à mettre pour tenir la posture la plus juste si je n’avais eu la liberté lors de ma première rencontre dans zazen de le vivre intensément : en « free-style ».

Ces deux nids, ces deux zendos se font écho.

L’attachement à la Demeure sans Limites reste fort car c’est de là que part l’éclaircissement de ce qui faisait obstacle à une pratique de zazen dans la quotidienneté des jours et du lieu.

Accepter cette posture et la respiration qui sont les plus justes pour ce voyage dans nulle part - L’ouverture et ne pas être dans une bataille - Accepter enfin son caractère de cochon sans l’écran de la honte - S’attacher à respirer pour revenir à zazen et voir défiler la douleur sans s’y fixer. Jusqu’où la douleur ? C’est là l’expérience de faire confiance à celui ou celle qui s’occupe de gérer le temps.

A.

Réflexions après la couture du rakusu

Avec un peu de recul maintenant, je remarque que ces quelques jours passés à coudre le rakusu m’ont beaucoup marqué et cela constitue un véritable enseignement. Je n’en doutais d’ailleurs pas lors de ces jours de couture mais depuis, je me réfère beaucoup à cela durant mes journées. Instant après instant, point par point, quelle que soit la situation, agréable ou pas, stressante ou paisible, je me réfère consciemment ou pas au fil invisible qui relie et soutient tous ces points.

Peu importe la situation, mais surtout quand les événements se compliquent au travail ou quand il faut gérer tous les tracas du quotidien, le lien se fait avec ce fil invisible qui se relie à l’autre l’instant tel qu’il est, le point tel qu’il est. Alors les ennuis sont les ennuis, le plaisir est le plaisir, la tristesse est la tristesse etc etc. et bien au-delà même ni ennuis, ni plaisir, ni tristesse etc. mais juste un espace tranquille où il n’est plus nécessaire de rien nommer, juste vivre pleinement l’instant. Voilà, ce ne sont que mes mots maladroits.

Toutefois, c’est très important, car il y a 20 ans mon approche de la spiritualité et du zen en particulier a été de chercher un absolu, quelque chose qui me ravisse, m’éloigne de la réalité. Toujours très passionné et assez extrême dans tout ce que j’ai fait cela m’a apporté beaucoup de joies mais aussi beaucoup d’angoisses et beaucoup de tristesse.

En plus, étant plutôt perfectionniste, je me suis souvent senti déchiré dans bon nombre de situations. Il m’a fallu une lente maturation et un cumul d’expériences de tous ordres pour arriver à comprendre ce que je décris plus haut. L’absolu n’est plus ailleurs, il est juste là tout près, au dedans et au dehors, c’est partout. Par ces quelques lignes, je ne suggère surtout pas avoir compris quoi que ce soit, j’ai plutôt l’impression qu’il n’y a rien à comprendre (et encore moins à fuir) mais juste à vivre. Oh, la peur, le doute, la colère, les tensions etc. continuent de venir frapper régulièrement à ma porte mais s’ils réussissent à me saisir, mon regard à leur égard a changé imperceptiblement.

S. A.

 

Poster un commentaire

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.



Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

N’hésitez pas à réagir ou répondre aux textes proposés en ajoutant vos commentaires.

Si vous souhaitez proposer un texte, merci de l’envoyer par email à La Demeure Sans Limites.

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
2 septembre 2014
Statistiques de l'article :
845 visiteurs cumulés

Votre recherche

SPIP 1.9.1 [7502] | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 228 (517973)