2ème partie - Qu’est-ce que l’illumination ?

Le 28 octobre 2014

Une seule pensée illuminée

Les Chinois ont une image pour décrire comment la révélation de l’illumination est indissociable des choses de cette terre : un cœur-esprit avec deux portes. La première porte s’ouvre sur l’espace, tandis que le second s’ouvre vers un engagement compassionné à l’égard du monde. Nous franchissons la deuxième porte quand nous consacrons nos vies aux autres.

L’arc de l’éveil qui conduit vers ce genre de vie est constitué d’un chemin, de l’illumination, et de la façon de l’incarner. Les choses ont généralement tendance à suivre cette progression, mais toutes ne sont que des aspects d’une même chose, s’entrelaçant. J’ai mentionné que l’on peut imaginer l’illumination comme un seuil absolu, et cela est vrai dans le sens où nous ne pouvons plus croire en nos illusions comme nous le faisions avant, elles ne sont plus capables de nous enchaîner à leur vision limitée de la réalité. Mais elles surgissent encore, parce qu’il est dans la nature du cœur-esprit humain de les générer. La différence, c’est que nous les voyons pour ce qu’elles sont et nous pouvons même nourrir de la compassion à leur égard.

feuilles Les enseignements parlent d’une seule pensée illuminée comme étant la totalité de l’illumination, et d’une seule illusion comme étant l’ensemble des illusions. Ceci signifie que nous sommes capables des deux, mais combien est séduisant le désir de trier nos pensées en piles distinctes d’illumination et d’illusion, puis ensuite de choisir une pile plutôt que l’autre, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit d’aller en-deçà du niveau où opère l’ego qui trie et qui choisit et de revenir au lieu où naît toute pensée - parfois déformée, parfois claire. C’est un endroit plus vrai, et plus humble, où séjourner.

Nous avons encore des corps qui se détraquent de mille façons étonnantes. Nous sommes toujours confrontés à l’injustice et aux conflits. L’Éveil ne permet pas d’échapper aux conditions inhérentes à la vie humaine. Mais il transforme radicalement la façon dont nous les vivons. Nous ne sommes plus des exilés aux abois, mais nous sommes maintenant enracinés dans notre foyer intérieur, même dans les moments les plus difficiles, pour chercher des moyens de répondre qui permettent le jaillissement de l’illumination présente partout et toujours.

Une vie plus vaste et plus généreuse

Il y a une histoire à propos de Tolstoï qui parle de ce changement fondamental d’une position égocentrique à une vision élargie, quand on voit le soi comme infiniment grand, incluant tous les autres. Tolstoï et Tchekhov se promenaient dans les bois au printemps quand ils rencontrèrent un cheval. Tolstoï commença à décrire comment le cheval expérimentait les nuages, les arbres, l’odeur de la terre mouillée, les fleurs, le soleil. Tchekhov s’exclama que Tolstoï avait dû être un cheval dans une vie antérieure pour savoir de manière aussi détaillée ce que le cheval ressentait. Tolstoï se mit à rire et dit : « Non, mais le jour où j’ai trouvé mon propre intérieur, j’ai trouvé l’intérieur de tout le monde ».

Beaucoup a été dit sur le chemin de l’éveil, sur les pratiques qui mettent en lumière nos habitudes d’exil et nous montrent comment nous détourner de ces habitudes pour mener une vie plus vaste et plus généreuse. Je vais donc me contenter de mentionner une chose qui se rapporte à la pratique au jour le jour de l’illumination. Au début surtout, la plupart d’entre nous sommes encore très centrés sur nous-mêmes. J’entends par là que nous croyons encore à la réalité absolue du moi et laissons les préoccupations et les réactions de celui-ci prendre le dessus. L’un des résultats déconcertants est que nous vivons dans l’attente d’un événement qui, de par sa nature même, est sans précédent, et nous sommes certains de savoir comment le faire se produire. Nous essayons d’exercer un contrôle sur le processus, et nous pensons pouvoir trouver notre chemin vers l’éveil au travers d’actes de volonté.

Une discipline et une persévérance hallucinantes sont nécessaires sur cette voie, mais elles sont au service de quelque chose de plus fécond que la certitude, le contrôle et la volonté. Elles sont au service de la disponibilité. Quoi qu’il arrive, vous devez juste continuer à pratiquer : s’asseoir et méditer, participer à une retraite, absorber les enseignements, affronter la peur, ressentir la douleur, supporter l’ennui, rester ouvert à cette beauté dérangeante, devant laquelle on ne peut que s’incliner. paysage

Fondatrice du centre « Awakened Life » à Santa Fé, au Nouveau-Mexique, Joan Sutherland Roshi est enseignante dans la tradition du koan zen. Elle est aussi une traductrice de textes chinois et japonais et collabore actuellement à une nouvelle traduction du recueil de koans « La porte sans porte ». Buddhadharma printemps 2013 (extraits) Traduction : Françoise Myosen, d’après Bouddhisme au féminin

 

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