Tomber dans les bras du Bouddha Amida.

Le 27 février 2005

Il y a un passage célèbre dans le Tannisho, une des écritures importantes de l’école Jodo Shinshu, dans laquelle le fondateur de cette école, Shinran, s’adresse à des pèlerins qui ont bravé la tempête et les typhons pour le rejoindre : « Chacun de vous est venu me voir, traversant plus de dix provinces au risque de sa vie, avec pour seule volonté de s’informer sur le chemin qui va de la naissance à la terre de la félicité ».

Chaque fois que je vais dans un aéroport, j’entends ce passage dans ma tête. Je m’arme de courage afin de traverser des milliers de km dans une atmosphère gelée, désarmé devant la puissance du climat, des machines et des terroristes et de continuer à entendre le Dharma. Chaque fois que le pilote allume « Attachez vos ceintures », je réalise que, bien que cela me semble impossible, j’ai trouvé une sorte de foi. Et pourtant, si c’était une vraie foi, je ne m’inquièterais pas de la chute possible de l’avion. Je fermerais les yeux et les rouvrirais pour me retrouver assis sur un lotus dans la Terre Pure. C’est ce que disent les anciennes écritures. Mais dans les airs, j’échangerais plutôt la nature de Bouddha éternelle contre un atterrissage sans problème...

Le bouddhisme de la terre Pure enseigne que la source de nos souffrances vient de notre attachement à notre égocentrisme, et de notre croyance que notre propre pouvoir est suffisant pour vaincre notre colère profonde, notre avidité et notre ignorance, qui sont la marque de notre vie humaine. Il nous conseille de nous en remettre complètement à l’Autre Pouvoir, l’activité naturelle de toutes choses qui révèlent notre état naturel d’éveil. Etre en avion nous montre directement cela : à moins que vous ne soyez le pilote, voler est un abandon complet- c’est peut-être pour cela que tant de gens préfèrent prendre leur voiture, bien que ce soit une façon de voyager beaucoup plus dangereuse. Abandonner totalement son pouvoir personnel est presque impossible, surtout si vous êtes du genre « c’est-moi-qui-m’occupe-de-tout » : pourtant vous devez y renoncer quand vous êtes en avion, sinon vous devenez fou !

Ce qui facilite ce lacher-prise, c’est la prise de conscience du fait que, le reste du temps aussi, nos idées de pouvoir et de contrôle ne sont qu’illusions. J’étais dans les tours du World Trade Center deux mois avant que les avions ne les percutent. J’étais là pour participer à une conférence de trois jours sur le Bouddhisme aux Etats-Unis ; il y avait là des bouddhistes de toutes les écoles qui arrivaient de partout. Nous sommes allés ensemble au sommet des tours pour contempler la ville, et nous avons ensemble marché dans les sous-sols encombrés pour aller prendre le métro, le dernier livre du Dalai-Lama sous le bras. Pendant mon vol jusqu’à New York, puis pendant mon vol de retour, j’ai eu peur tout le temps. Mais pendant la conférence elle-même je me suis senti parfaitement en sécurité, à examiner les stands tibétains avec leurs colliers en os humains, ne m’inquiétant jamais de ce que le plafond pourrait s’écrouler sur ma tête au milieu d’une séance de méditation. A ce moment-là, être n’importe où sur la terre me semblait une sécurité - mais maintenant, je n’en suis plus tout à fait sûr.

Jeff Wilson dans Buddhadharma, extrait de « killingthebouddha.com » Trad. Joshin Sensei

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