Remonter à la source : un Ango (retraite de trois mois) au Japon (2e partie )

Le 1er mars 2015, par Daishin,

Sojo Nous observons notre propre esprit, à mesure que nous rencontrons échecs et succès. Avons-nous tendance, lorsque nous sommes stressés, à rejeter la faute sur les autres ? Nous sentons-nous supérieurs ou condescendants vis-à-vis de quelqu’un qui est moins fort dans l’un ou l’autre domaine ? Avons-nous de la patience vis-à-vis de nous-mêmes ? Adoptons-nous une attitude arrogante, pensant déjà tout savoir et ne pas avoir besoin de pratiquer ? Nous inquiétons-nous au point de passer à côté du potentiel de l’instant présent ? Sommes-nous tellement obnubilés par notre notre dernière erreur que nous ne frappons pas le Moppan au bon moment ? Dans ce cas, le Densho ne peut pas démarrer, et c’est toute la sangha qui s’en trouve perturbée.

Avons-nous sonné la cloche sans y mettre tout notre cœur ? Quelqu’un le remarquera, forcément. En ce qui me concerne, la position d’Ino, qui suppose de chanter à haute voix en japonais (langue que je ne parle pas) devant de nombreuses oreilles affûtées, m’a – de façon tout à fait inattendue – totalement bouleversée. J’avais eu l’occasion de pratiquer la prononciation des textes en tête à tête avec des enseignants compassionnés, et les choses se présentaient plutôt bien. Mais à cet instant, là, devant tout le monde, mon cœur s’est mis à battre la chamade et ma voix s’est faite hésitante. De quoi avais-je peur ? Qui était ce « Je » si nerveux ? Ces questions me sont venues à l’esprit, alors même que ma voix continuait à trembler de manière audible.

Beaucoup d’entre nous l’ont dit : c’est comme si la vie de l’ango était un immense miroir que l’on nous tendait. Le miroir reflète aussi les pratiques que les Occidentaux tendent à apprécier intuitivement, takuhatsu ou cette tournée en faveur des droits de l’homme qui, cette année, nous a amenés dans les régions dévastées par le tsunami et les tremblements de terre près de Sendai. Naturellement, nous ressen-tons cette interconnexion entre donateur, bénéficiaire et don, et entre la vie du Sodo et l’activité de la rue. Nous résidons dans la souffrance et la guérison de ce monde.

A Chosenji, au milieu de tout cela, nous avons l’occasion unique de voir chaque jour l’Esprit de la Grand-mère en action, lorsque les enfants de l’école maternelle du temple jouent juste de l’autre côté de la clôture, à côté du Bonsho. Nous avons l’occasion d’expérimenter la joie, lorsqu’ils apprennent à dire « bonjour » et nous montrent la chenille attrapée pendant la récréation.

Nous avons l’occasion de rire, lorsqu’ils s’enfuient en se bouchant les oreilles quand le Bonsho sonne, au cri de « Moines étrangers !!! ». Nous avons l’occasion de nous observer lorsque l’amour naturel de l’univers s’exprime avec tant de facilité dans les interactions du Réverend Okuno avec les enfants et la grande sangha de Chosenji, ou dans les prosternations précautionneuses du Révérend Suzuki et dans sa joie manifeste dans cette vie. A travers leurs exemples, vous pouvez voir ce que vous ressentez au plus profond de votre être quand vous entendez jouer certains maîtres de tambour haïtiens. « Et le tambour joue de vous » ne permet pas d’en saisir parfaitement l’essence.

Comme l’écrit Dogen Zenji, nous nous étudions nous-mêmes pour nous oublier nous-mêmes. Le tambour et vous n’êtes pas séparés. Nous pratiquons ensemble, naturellement, et, naturellement, le son s’élève. Il n’y a rien d’autre à ce moment. Il n’y a pas de mots pour qualifier la gratitude qui découle de cette expérience.

Tout au long de l’ango, nous sommes émerveillés par les efforts des enseignants, ainsi que par toute l’assistance administrative qui rend cette expérience possible. Ces enseignants nous disent que nous pouvons exprimer notre gratitude en approfondissant notre pratique. Comment, dès lors, ramener cet esprit, et cette gratitude, dans nos propres temples et sanghas ? Cloches et tambours sonnent mieux que lorsque nous sommes arrivés – et cela, nous l’emportons avec nous. Là où nous retournons, nous n’aurons peut-être pas de Bonsho ou de tambours sur lesquels pratiquer. Mais comme l’a dit le Révérend Issho Fujita dans son enseignement : « Il n’existe pas un moment où le Bodhisattva Avolokiteshvara ne pratique pas ».

Nous continuons à pratiquer, de tout notre cœur. Que pourrions-nous faire d’autre ?

Révérend Jisho Siebert Traduction : Françoise

 

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