Aoyama Roshi

Le 6 juin 2015

Shundo Aoyama est née en 1933 dans la province d’Aichi, dont la préfecture est Nagoya, à quelques centaines de kilomètres au sud de Tokyo. Considérée par sa mère comme un cadeau du Bouddha, elle intègre dès l’âge de cinq ans le temple de Muryo-ji où elle reçoit une éducation religieuse. Ordonnée nonne à l’âge de quinze ans, elle fait son entraînement de novice au monastère de l’Aichi Semmon Nissodo, à Nagoya, puis ses études supérieures à l’Université bouddhique de Komazawa. Elle commence ensuite sa carrière d’enseignante, donnant des conférences et dirigeant des sesshin (périodes de pratique intensive). Elle participe également à des entretiens et des sesshin avec d’autres maîtres éminents du zen, en particulier de la lignée de succession de Maître Kodo Sawaki, avec lesquels elle confronte sa compréhension et son expérience. Très vite elle est reconnue comme un grand maître zen. En 1976, elle est nommée abbesse de l’Aichi Semmon Nissodo - "Monastère de noviciat pour les nonnes du Soto zen de la préfecture d’Aichi" -, monastère de formation pour les nonnes zen, fondé en 1903 et suivant les règles de vie quotidienne de Dogen Zenji et Keizan Zenji, les fondateurs du Soto zen au Japon. Depuis 1984, elle est aussi responsable des temples de Seiho-ji et Muryo-ji, et réside tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre, veillant personnellement à la formation des nonnes dont certaines sont devenues ses disciples et ont reçu sa transmission du Dharma.

Experte dans les trois Arts fondamentaux japonais (kado, la voie de l’ornement des fleurs, chado, la voie du thé, sodo, la voie de la calligraphie), elle les enseigne en particulier aux laïques, ce qui lui permet de prêter une oreille attentive à leurs problèmes personnels et familiaux.

Bien qu’ayant personnellement toujours vécu une vie traditionnelle de nonne zen, elle est très sensible aux difficultés des femmes et des hommes de son temps. Ainsi elle s’est fait également connaître du grand public et des médias (journaux et télévision). Elle est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages.

Bouddhisme au féminin.

Quatrième de couverture de son livre "Le zen et la vie" :

"Maître zen, imprégnée de la civilisation japonaise dans ce qu’elle a de meilleur, mais également femme de son temps et de grande culture, Shundo Ayoama porte (dans cet ouvrage exceptionnel) un regard lucide et compassionné sur la condition humaine, qui touchera toute personne en quête de vérité. Qu’elle cite l’enseignement des maîtres zen du passé, des anecdotes de la vie quotidienne, des souvenirs personnels, les réflexions de poètes et de philosophes japonais ou occidentaux, son langage simple et sensible témoigne d’une connaissance réelle de la vie et des enseignements bouddhiques, profondément intégrés par l’expérience.

Elle nous parle directement d’esprit-cœur à esprit-cœur (i shin den shin) - pour reprendre une expression classique du zen - de ce qui est essentiel : comment trouver le bonheur dans cette vie.

Shundo Aoyama nous rend ainsi naturellement accessible la sagesse du zen." Comme l’eau, comme l’air...

水 の よう に Mizu no yôni Comme l’eau
空気 の よう に Kuki no yôni Comme l’air
無我 に なる 修行 Muga ninaru shûgyô

Développer la pratique altruiste - Shundô Aoyama Roshi

1 - Respecter le Bouddha de glace de l’Autre

« S’écoulant le long des rochers S’écoulant le long des racines des arbres L’eau avance doucement, sans plainte »

Je voudrais être comme l’eau ou l’air ; et je le dis souvent à mes disciples. Pourtant, je sais que je suis encore loin d’avoir réalisé ce vœu.

Dans la pratique du Zen, une part importante de notre pratique est le détachement du moi. Maître Dôgen nous dit : “ Même si vous vous asseyez en zazen jusqu’à ce que le plancher s’affaisse, si votre zazen est basé sur votre égocentrisme, tous vos efforts seront vains. »

Je voudrais utiliser la métaphore de l’eau et de la glace. L’eau et la glace sont de même nature mais la glace est solide, et si l’eau vient à geler dans un verre, vous ne pourrez pas la transvaser. Si vous forcez, le verre et la glace se briseront. Mais l’eau peut toujours être transvasée ; elle peut couler dans n’importe quel contenant. L’eau ne l’abîmera pas. Si vous utilisez de l’eau pour laver le sol, elle noircira afin de le nettoyer. Si vous êtes comme la glace, vous pouvez rendre les autres de glace. Tout devient glace. Mais si vous êtes comme l’eau, les poissons peuvent vivre, les gens nager et les bateaux naviguer. S’il vous plaît, comprenez qu’être illuminé par le Dharma et réchauffé par la compassion du Bouddha afin que la « glace » de notre égoïsme fonde est le point le plus important de notre pratique.

Dans un monastère de formation (Sôdô) nous devons vivre 24h sur 24 les unes avec les autres, que nous les aimions ou pas, ou même que nous en détestions certaines. Parfois, nous trouvons que notre fonction ou les dispositions qui nous sont imposées ne sont pas appropriées. Durant cette formation, si nous nous mettons au milieu, nous allons souvent nous heurter aux autres, les choses ne se passeront pas bien, la vie deviendra éprouvante.

Du fait de notre imperfection, nous entrons souvent en conflit les uns avec les autres. En de telles circonstances, en général, nous en blâmons les autres. Mais réfléchissez, si un des côtés est de l’eau, il ne peut pas y avoir de conflit. Si cela arrive, il est claire que c’est dû au fait que les deux parties sont comme de la glace.

En partant de là, si le fait de voir la glace de l’autre vous aide à prendre conscience de votre propre glace, vous pouvez vous incliner face à la glace de l’autre personne en la voyant comme Bouddha.

Si vous ne réalisez pas que votre glace égoïste est plus dure et volumineuse que celle de l’autre, alors je pense que vous ne pouvez pas apprendre ou suivre la sagesse du Bouddha, et votre glace ne pourra pas fondre. Aussi, lorsque vous croisez quelqu’un et ressentez de l’antipathie, voyez-le comme une opportunité pour regarder votre propre égocentrisme. A ce moment-là, vous êtes bien placé pour fondre votre glace et devenir comme l’eau.

2 – Marcher tout droit sur un chemin sinueux Il y a environ cinquante ans, alors que j’étais à l’université, je rendais de fréquentes visites à Watanabe Genshu Zenji, l’autorité spirituelle de Sôji-ji, âgé d’environ 90 ans.

Une fois, il appela sa nouvelle disciple, une jeune nonne et lui dit : « Comment peut-on marcher tout droit sur un sentier de montagne escarpé comprenant 99 virages ? »

La jeune novice ne pouvant pas répondre, le Zenji dit : « Marcher en suivant les zigzags tout en allant tout droit ».

En général, quand on nous demande d’aller tout droit, nous pensons que nous devons forcer ou ouvrir un passage à travers la montagne ou la falaise. Les paroles de Watanabe Zenji me paraissent plus souples.

C’est comme de conduire une voiture, parfois le feu passe au rouge et l’on doit s’arrêter ou bien parfois nous devons faire demi-tour, ou nous pensons que nous nous sommes trompés de route car nous sommes engagés trop en avant. Parfois, il y a un sens interdit, la route est en travaux ou bien un accident sur la route nous oblige à faire un détour. Dans tous ces imprévus, nous oublions souvent de retourner sur la route principale.

Quand un cours d’eau est barré, l’eau gagne en puissance et si sa route est déviée, la terre autour des berges devient plus fertile.

Ainsi, nous ne devons pas oublier de faire face quand une situation se présente, organiser les choses et répondre avec fluidité.

Nous devons regarder qu’être gêné ou forcé de faire un détour est une opportunité pour mûrir, grandir, pour vivre plus profondément, pour raffiner notre vie.

3 – Le sens de « être transparent »

Le Seigneur Kuroda, samurai du 16e siècle portait un nom spécial : Jôsui (comme l’eau). Il fit le siège du château de Takamachi en leur coupant l’eau, mais il était un ardent défenseur de la chrétienté. Par conséquent, il écrivit ses 5 Lois naturelles de l’eau :

L’eau ; agit spontanément et laisse les autres suivre ;

L’eau ; cherche toujours le chemin pour avancer ;

L’eau ; cent fois rencontre une difficulté et la 101ème intensifie son endurance ;

L’eau ; elle peut être à la fois propre et sale, en lavant spontanément la saleté et les souillures.

L’eau ; elle est océan, nuage, pluie, neige ou brouillard gelée elle peut être miroir. Mais à quelque stade qu’elle soit soit, l’eau est toujours de l’eau, son essence ne change pas.

Je me souviens d’une femme qui venait à notre journée de zazen. Maintenant, elle a ouvert un restaurant près du Mont Fuji. Un jour, je lui ai rendu visite. C’était un lieu très agréable ; le restaurant était très joli avec toute sa vaisselle, ses décorations et les fenêtres étaient en verre transparent. Elle me dit : « C’est parce que je voudrais être aussi claire et transparente que le verre. »

Cela me toucha profondément et je lui répondis : « Être transparent veut dire ne pas avoir de couleur, de forme, ou d’odeur spécifique. » C’est-à-dire que tout en vous disparaît, rendant claires et transparentes les couleurs, formes et odeurs.

Sen no Rikyu (moine Rinzai et grand Maître de cérémonie du Thé) disait : « Les fleurs sans la rosée ne valent pas la peine d’être regardées. »

Les jardins et les pierres aspergés d’eau sont beaux quand on y est sensibles ; on ne remarque pas l’eau. Le thé ou le café sont délicieux lorsqu’ils sont fait à partir d’une eau excellente car bien sûr si l’eau a une couleur ou une odeur, le goût de la boisson en est affecté et pourra même être imbuvable. Parce qu’elle n’a ni goût, ni couleur, ni odeur, ni texture et ni forme, l’eau peut aller dans tout et permet à tout d’exister tel que c’est. Aussi, à notre tour, nous réalisons bien mieux la valeur de la matière. C’est pourquoi le sens du mot « transparent » est si profond. (2ème partie de ce texte dans le prochain numéro).

 

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