Comme l’eau, comme l’air - 2ème partie

Le 29 juin 2015

Comme l’eau, comme l’air - Développer la pratique altruiste.

Shundô Aoyama Roshi

4 – Ne pas se faire remarquer

De la même façon que j’admire l’eau, j’aimerais aussi être comme l’air. Nous ne pouvons rien faire sans air. Tout le monde le sait mais nous avons tendance à l’oublier. C’est si important que nous ne pouvons pas vivre une minute sans air, mais personne ne le respecte ni ne s’en rend compte.

Pourtant, si nous reconnaissions et étions attentifs au fait que c’est grâce à l’air que nous inspirons et expirons, que nous sommes vivants - si nous disions à chaque instant merci à l’air – nous serions si fatigués que nous en deviendrions fous.

Quelle merveille que la chose la plus importante qui soit passe inaperçue et qu’elle soit totalement présente sans qu’on la remarque. Je voudrais dire que nous autres, êtres humains, devrions aussi nous comporter ainsi.

Dans le Zen nous disons « Ne pas savoir est le plus intime ». Par exemple, quand on apprend à conduire ou la cérémonie du thé. Quand vous pouvez conduire ou préparer le thé sans attention excessive alors on peut dire que vous êtes habile en la matière.

Prenons l’exemple de la santé, si vous sentez votre estomac ici ou votre cœur là, il est clair que vous avez un problème à l’estomac ou au cœur. Le plus important dans nos vies n’est pas de dire « Je suis ici ». Nous devons apprendre à partir de cela.

5 – Accueillir comme la mer qui ne refuse aucune rivière car elles se réunissent en elle quelles que soient leurs origines.

L’océan accepte l’eau sans limites créant ainsi de plus grands océans.

« Votre peine est ma peine
votre joie est ma joie
s’identifier avec tous les êtres
est la Voie du Bodhisattva »

Les quatre actions bénéfiques du bodhisattva, Maître Dogen.

Voici l’histoire du peintre Ryozan. Alors qu’il était encore jeune, il vit sur la plage un petit enfant avec son père. L’enfant marchait tout doucement en tenant un petit crabe en laisse, et le père à ses côtés avançait pas à pas. Ils bougeaient à peine. Ryozan fut si impressionné par cette image chaleureuse qu’il décida de devenir peintre afin de montrer cet amour.

L’eau de l’océan et des rivières nous apprend l’enseignement de dôji 同事 (l’identification avec tous les êtres). La mer ne fait pas de distinction. Elle ne dit pas : « Je laisserai cette rivière se déverser et pas celle-là ». De la même façon, la rivière ne dit pas : « Je veux aller dans l’océan Pacifique et pas dans la mer intérieure du Japon. » Même si cet endroit est plus propre et moins pollué.

Bien que nous soyons depuis notre naissance très centrés sur nous-mêmes, nous devrions regarder toute chose à la lumière et la chaleur du Dharma. Peu à peu, nous faisons le vœu de devenir aussi désintéressés que l’eau. Le passage ci-dessous est le début d’un livre autobiographique de Aoyama Roshi intitulé : Michi haruku nari tomo : la Voie du Bouddha est sans fin.

Il reprend une lettre de Monsieur A. qui, retournant dans son village natal rendit visite au temple de Muryoji, aujourd’hui le temple d’Aoyama Roshi.

Un jour d’hiver très froid autour du 15 Janvier, j’ai eu l’occasion de retourner au temple de Muryoji après 40 ans d’éloignement. Je me souvenais bien du grand cerisier pleureur, et de ce vieux temple entouré d’une large véranda. Je crois que les responsables en étaient deux nonnes. Une fois par an, elles organisaient un « Festival du Nirvana », et nous pouvions goûter le gâteau du riz gluant que nous appelions « oreille du Bouddha » et boire « AMA-CHA », le thé sucré à base d’une infusion d’hortensia sous ce cerisier pleureur au milieu du jardin. Une fête pour les petits campagnards que nous étions !

A la mi-août, tout le village se retrouvait pour les danses traditionnelles de la Fête des Morts. Quand j’ai eu 12 ou 13 ans, une petite fille adoptée, âgée de 5 ou 6 ans, est apparue au temple. Elle portait un kimono rouge et m’appelait « Grand frère, grand frère !! ». Nous nous amusions souvent ensemble. Je me souviens lui avoir demandé pourquoi elle était venue ici, et elle m’avait répondu : « C’est pour devenir nonne » avec un petit air sérieux. Et moi, je ne l’ai pas oublié, je me disais « Pourquoi cette mignonne petite fille devrait-elle être nonne ? J’aimerais bien mieux qu’elle devienne ma femme plus tard .

Il y a quelques années, j’ai demandé en passant à ma mère ce qu’elle était devenue. Elle m’a répondu « Elle est célèbre maintenant c’est la meilleure nonne du Japon et on la voit de temps en temps à la télévision ». Cela m’a stupéfié.

Dans mon enfance, ma mère se passionnait pour la musique de temple et je l’accompagnais à MURYOJI pour les répétitions. Quarante ans après, de retour dans le sanctuaire de ce temple, j’entends toujours ce chant et mes larmes ne cessent de couler.

En fermant les yeux, je revois le vieux sanctuaire entouré de sa véranda abîmée par le vent et la pluie où je courais. Ce n’est pas le sanctuaire actuel, mais le MURYOJI d’autrefois qui défile dans ma tête comme une lanterne magique.

 

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