Dana, donner

Le 29 juin 2015

DANA : le don, la 1ère des paramittas. Une semaine de réflexion, à partir de textes et de questionnaires ; une « Retraite dans la Ville », avec selon ses possibilités, zazens, lectures, marche en méditation, repas dans les bols, et plus de silence et d’attention.

Et un RV Skype tous les soirs pour échanger et faire le point sur la journée, et sur le thème du DON.

Quelques textes pour poursuivre cette réflexion :

Deuxième jour de la « retraite en ville », le DON …. Et pour moi, 1ère retraite…. EN VILLE ! Je me suis mise dans les conditions de la Demeure Sans Limites : mêmes horaires, mangé dans les bols, mêmes méditations.

Retraitée et vivant seule toutes les conditions sont là pour faire comme ….. Là-haut.

Eh bien non, le « comme là-haut » ne se fait vraiment que « là-haut ».

Ici (bas), chez moi je m’aperçois que je fais plein d’erreurs, même dans les gatas, d’un coup je me dis, mince c’est avant ou après : le trou noir, et je ris car quand même j’étais sûre que tout était bien imprimé dans ma tête. Erreur, et c’est bien, les erreurs, car elles me tirent par la manche pour me rappeler que toujours et pour longtemps, je serai une débutante, que toujours et pour longtemps le geste juste, l’attention juste, la pleine conscience, la parole aimante, le don, me demanderont une présence de chaque instant. Ne jamais lâcher l’effort en pensant que c’est acquis.

J’ai toujours su que le Temple était le lieu de l’énergie, de la compassion, de l’amour, de l’enseignement et tant d’autres choses, aujourd’hui pour avoir essayé de faire comme « là-haut » je le confirme.

Eva


Ce matin, j’ai préparé une soupe avec les feuilles flétries des salades vertes .
 
Cueillies un peu tard, oubliées dans le potager. La soupe a cuit, reposé et je ne l’ai pas goûtée de suite.
J’ai d’abord attendu .
J’ai accepté (pas facilement) cette attente, ce creux, ce manque. Prendre le temps, du temps pour offrir à tout l’univers ces feuilles vertes reçues, préparées et maintenant devant moi.
Recevoir et donner en cadeau un repas tout simple, fait des petits restes
L’immensité de la terre dans mon assiette
Dans ce travail je donne l’attention, l’eau, les gestes, le travail et le regard quotidien
Et je reçois en retour les légumes ,
j’apprends l’humus-humilité et la patience.
Aller retour, l’un et l’autre et un tout, tout ensemble.
Est ce cela donner ? Avoir confiance
C’est peut être aussi juste
Cette attente, ce petit temps entre chaque moment dans une vie bousculée
Cet instant pour écouter le mistral repousser les cyprès vers les abricotiers
pour entendre les paroles de Françoise, d’Eva, de Marie sur skype
et les laisser traverser l’espace qui nous sépare,
l’espace qui nous réunit dans la distance
Trouver et offrir la présence, la chaleur
J’ai passé cette retraite à écouter,
Écouter du fond de mes peurs
ce quelque chose qui se creuse
ce quelque chose à l’intérieur qui bouge
quand survient l’invisible
Au moment du chant du rossignol
ou du vol du rollier aux ailes bleues
A chaque instant recommence la vie
L’attendu s’éparpille en cascade,
revient à l’envers
à l’endroit
J’ai décidé de faire la liste des prévus
pour que s’y glissent les imprévus
Le cœur ouvert et l’esprit plus clair
J’ai essayé de m’arrêter pour m’organiser un peu mieux
Donner, recevoir, donner
A l’infini
A tous ceux qui font route
A mon fils qui est si loin
A ma mère qui perd force
A Magali, ma voisine contre l’évidence de deux cancers
A vous la Sangha, qui étiez avec moi entre les lignes, pendant cette retraite
A Sensei, qui l’a ouvert, qui l’a fermée, qui lui a donné cœur et sens

Marina


La façon de donner

DANA http://www.accesstoinsight.org/lib/authors/various/wheel367.html

Il y a une façon de donner complètement indifférente aux qualités de la personne qui reçoit, et même aux mérites acquis dans le monde par ces dons.

Une telle générosité a pour motif la renonciation, la pensée d’éliminer son attachement à ses possessions, et vise ainsi à donner les cadeaux qui nous sont les plus chers, les plus difficiles à donner. Les bodhisattvas donnent de cette façon, quand l’occasion s’en présente, afin d’accomplir danaparamita, la perfecton du don, qui est la première des dix perfections qu’ils doivent cultiver de la façon la plus élevée, afin d’atteindre l’Eveil complet, et devenir Bouddha.

Le but du chemin bouddhiste est l’émancipation de la souffrance qui naît des existences répétées dans le samsara. Le Bouddha enseigna que déraciner l’ignorance et les poisons mentaux qui en résultent nous amène au Nirvana, la cessation totale de la souffrance. Les tendances mentales malsaines nous font nous cramponner à ce que nous prenons à tort pour un "moi", elles nous font continuer à nous bagarrer pour satisfaire nos désirs des sens insatiables avec des objets qui sont en eux-mêmes transitoires, et par là même insatisfaisants.

Le Bouddha a dit que la pratique du don nous aidera dans nos efforts pour purifier l’esprit. Les cadeaux généreux accompagnés d’une intention pure aident à éradiquer la souffrance de trois façons :

  • d’abord, quand nous décidons de donner une chose qui nous appartient à quelqu’un d’autre, nous réduisons notre attachement à l’objet, et simultanément nous créons une habitude de donner, affaiblissant ainsi petit à petit l’élément mental d’envie irrésistible, et pathologique, de posséder, qui est une des causes principales de la souffrance.
  • Deuxièmement, donner avec une intention pure conduit à des renaissances dans des circonstances favorables pour rencontrer et pratiquer la Voie du Bouddha.
  • Enfin, et plus important, quand donner est accompli avec l’intention que l’esprit devienne suffisamment souple pour atteindre le Nirvana, cet acte de générosité nous aidera à développer vertu, ou discipline, concentration et sagesse ( sila, samadhi, prajna) dans ce présent même.

Ce sont les trois piliers de l’Octuple Sentier, et le suivre mène à l’extinction de la souffrance.

Les sutras mettent beaucoup l’accent sur la façon de donner.

L’attitude de celui qui donne au moment de l’acte de donner fait un monde de différence pour le bon geste entre celui qui donne et celui qui reçoit, que le cadeau soit petit ou grand.

« Sakkaccam danam deti : Les aumônes doivent toujours être données de telle façon que celui qui reçoit ne se sente pas humilié, rabaissé ou blessé. Celui qui est dans le besoin demande avec un sentiment d’embarras, et c’est le devoir du donneur de le pas l’embarrasser encore plus ou de rendre son fardeau déjà lourd encore plus pesant.

«  Cittikatva danam deti  : Les aumônes doivent être données avec considération et respect. Il faut que le receveur se sente bienvenu. Ce n’est que lorsqu’un don est donné avec cette chaleur qu’une amitié mutuellement enrichissante apparaît entre le donneur et le receveur.

« Sahattha deti : On doit donner de sa propre main. Il y a de grands bénéfices dans l’investissement personnel dans l’acte de donner. Cela met en valeur le lien social de cet acte.

Quand la générosité est exercée dans un rapport personnel, cela soude la société, renforçant le soin et le souci des uns et des autres.

« Na apaviddham deti : On ne doit pas donner des aumônes qui ne sont bonnes qu’à être jetées. Il faut faire attention à ne donner que ce qui est utile et approprié.

«  Na anagamanaditthiko deti : On ne doit pas donner de façon si grossière que la personne qui reçoit ne voudra plus jamais revenir.

Les sutras encouragent énormément le don fait avec foi :saddhaya deti. Surtout lorsqu’on offre des aumônes au clergé, cela doit être fait avec déférence et respect, en se réjouissant de cette occasion de pouvoir s’occuper d’eux. Il faut aussi donner au bon moment : kalena deti. Ces dons faits au moment où le besoin s’en fait sentir soulagent ainsi l’anxiété et le stress du suppliant. La seule intention du don doit être d ’aider la personne en difficulté à qui il s’adresse : anuggahacitto danam deti. Le Bouddha loue celui qui donne avec compréhension et discrétion. Le don noble, sappurisadana, est celui qui est fait au détriment du bien -être du donneur.

Le Magha Sutta affirme que la haine est éliminée quand une personne est fermement établie dans la générosité. Celui qui a un cœur généreux gagne la reconnaissance et l’amour des autres, qui n’hésiteront pas à s’associer à lui. L’amitié aussi est renforcée par les dons.

— Dhammapada 53


Merci, Merci !

Début d’automne à la montagne. Tous les matins nous surveillons le potager car les premières gelées ne sont pas loin. Les haricots sont encore beaux : nous allons les cueillir et faire des conserves. Nous, cela veut dire les deux nonnes bouddhistes qui habitent ici, et les invités de passage, ceux qui ont choisi de venir partager notre quotidien –méditation, travail, silence –pendant quelques jours ou quelques semaines. Chacun s’affaire, le travail se fait sans bruit ; pour certains, c’est une découverte : cueillette, mise en bocaux – on est loin du supermarché ! Ces conserves seront utilisées dans quelques mois : ceux qui les préparent aujourd’hui ne seront peut-être pas ceux qui les mangeront.

Au printemps, je plante pour ceux qui seront là cet été, en hiver nous penserons avec reconnaissance à tous ceux qui ont préparé le bois pour les poêles ! Le don véritable : donner sans rien attendre, donner sans même savoir à qui nous donnons. Un seul geste - planter, arroser, ranger - et nous prenons notre place juste dans l’ordre du monde : être là grâce à tout ce qui nous a été donné.

Nous vivons grâce au don – il est facile de l’oublier. En ville nous pouvons avoir l’illusion que c’est grâce à l’argent que nous recevons – mais l’argent seul serait inutile s’il n’y avait pas le boulanger qui se lève au milieu de la nuit pour faire le pain, s’il n’y avait pas les conducteurs qui ont transporté dans leurs camions les fruits et légumes... Sans les autres, nous ne pourrions ni manger, ni nous loger, ni vivre. Généralement nous voyons bien ce que nous donnons – nous le comptabilisons parfois et nous attendons un retour : « Après tout ce que j’ai fait... » Mais nous ne voyons pas toujours clairement ce que nous recevons, sauf quand cela correspond à notre attente, à nos désirs. Recevoir sans savoir de qui nous recevons – cette nourriture, cette maison, cette aide. Voir ce que je reçois implique d’abord de reconnaître que rien ne nous est dû : tout nous est donné. A ce moment-là, nous commençons à dire merci et petit à petit « Merci » n’est plus dirigé seulement vers celui-ci ou celui là ; mais ce mot devient plus grand : le cœur s’ouvre, notre cœur parfois un peu replié se déploie dans le temps et l’espace.

« Merci » peut englober toutes les créatures vivantes – et tout ce qui a permis d’exister et de vivre, l’air, la pluie, le soleil et la terre.

Merci pour être là, merci pour notre vie.

Mi-septembre : s’approche la saison de la soupe aux légumes....Merci !

Joshin L.Bachoux, Les essentiels.


Dans le dernier numéro de Bouddhisme au Féminin, un long texte de Joshin Sensei dans le cadre du thème “Devenir nonne" : sa rencontre avec le Zen, sa vie au Japon auprès de son Maître et les autres nonnes de sa tradition. Et aussi les interviews de cinq autres nonnes contemporaines. http:// bouddhismeaufeminin.free.fr


 

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Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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