Une nonne parisienne pratique le zen « Un jour, un zen-dôjô dans mon pays natal »

Le 25 août 2015

« Koon, Koon », ce son sec, venant d’une planche en bois frappé, disparaît comme si cette forêt de cyprès du Japon l’absorbait dans ses ténèbres profonds.

Il est 7 heures du soir, un dimanche en octobre. C’est un signal pour commencer le zazen. temple de Zuigakuin Dans la salle de zazen, il y a une bougie et une lampe à huile allumées. Cette lumière tamisée fait surgir un statut de Monju – Bosatsu assis posée au milieu de la salle. Cinq Unsui (moines ou nonnes novices) et trois laïcs commencent zazen.

« Bashi ! »Le bruit du Kyôsaku déchire le silence. Le responsable de temple, Moriyama Daigyô Roshi ( 55ans), venait de frapper l’épaule droite d’une nonne qui s’appelle Jôshin Ni (37 ans). La salle retourne de suite dans le monde du silence. Le zazen se termine au bout de deux heures.

Nous sommes à Daibosatsuzan Zuigakuin Sôdô, placé dans la chaîne de montagnes appelée ‘Sud de Daibosatsu’ à côté de Otsuki dans le département de Yamanashi.

En sortant de la gare d’Hatsukari, continuer vers le Nord en gravissant le chemin de montagne pendant environ une heure : à une altitude de 700 mètres, entouré de hauts cyprès élancés, on y trouve ce temple, centre de pratique du Zen Sôtô.

Jôshin Ni est une française. C’est la première nonne de Zuigakuin. Son Tokudo- shiki (cérémonie d’ordination) a eu lieu en septembre de l’année passée. Ses cheveux blonds coupés sont enterrés au pied d’un cyprès près de Sôdô (la salle des moines). « Devenir Shukke est le bonheur de ma vie. Je n’ai eu aucune hésitation. » dit-elle en souriant.

Son nom de naissance est Luce Bachoux. Née à Paris, diplômée à Sorbonne Nouvelle, elle a enseigné dans un lycée privé et travaillé en free-lance comme journaliste. Il y a quatre ans, elle commença à fréquenter le dojo zen de Paris en se disant « Je voudrais mieux me connaître en profondeur » et elle a participé à la création d’un temple près de Milan en Italie après avoir quitté son travail. Elle est arrivée au Japon il y a deux ans pour véritablement pratiquer.

Elle a travaillé comme présentatrice française pour la radio japonaise NHK, section internationale, et aussi enseigné le français, tout en venant à Zuigakuin connu grâce à une amie. Puis elle s’y est installée. Elle pensait : « J’ai pu enfin rencontrer le véritable Zen ».

Elle était chrétienne par éducation. Mais elle ne croyait pas vraiment, dit-elle. « Ma mère était catholique pratiquante. Mais depuis son divorce, elle ne pouvait plus aller à l’église. L’église lui a barré le chemin de la foi. Sur la question de divorce et du préservatif, l’église s’est détachée de la réalité de vie.La doctrine même de la religion chrétienne n’est pas cohérente avec la vie réelle. Quant au bouddhisme au Japon, je crois que c’est à cause du rôle des moines dans la société actuelle et de leur manière d’être qui s’éloignent de leur vrai rôle d’origine qu-ils sont critiqués. » remarque-t-elle.

Zuigakuin, qui a attrapé le cœur de Jôshin Ni, est la réalisation du vœu le plus cher de Moriyama Roshi. Il dit « Comme le fondateur Dôgen-zenshi, qui a ouvert Eihei-ji dans un lieu caché et retiré du monde, je voudrais y former d’ excellents moines capables de répandre le véritable Zen. »

Moriyama Roshi est né à Sakhaline. Il a été ordonné moine en même temps qu’il a reçu son diplôme à l’université Komazawa, section philosophie. Il pratiqua au temple de Eiheiji. Puis, pendant trois ans à partir de 45 de l’ère Shôwa, il assuma la responsabilité du temple Sôkôji à San Francisco. Mais l’idée que le zen japonais se transformait en cérémonies pour Danka ( les cimetières placés près des temples bouddhistes) et avait perdu sa pratique originelle ne le quittait pas .

De retour au Japon, il commença à chercher partout pour trouver un lieu retiré du monde où l’on pourrait se consacrer entièrement au Shikantaza (méditation). Ce fut en avril en 53 (Shôwa), l’ouverture de Zuigakuin. Le bâtiment principal est une ferme traditionnelle de Hida Takayama de département Gifu, qui y a été achetée puis transférée à Hatsukari.

Le lendemain à 7 heures, après le zazen.

On entend des chants d’oiseaux.

Moriyama Roshi et trois Unsui y compris Jôshin Ni sont en train de se préparer sous la véranda de la salle principale pour partir recueillir des aumônes (Takahatsu).

Jôshin Ni lace habilement ses Waraji et se met devant le vitre de la salle pour vérifier ses habits.

Le Kayu ten bachi (petit déjeuner) a été pris à 6h30. Avec les cinq bols, du plus grand au plus petit, qui s’appellent Oryôki, ils ont mangé la soupe de riz complet (Genmai ogayu). Ceci est leur emploi du temps de tous les jours selon l’enseignement de M° Dôgen : la pratique de zazen est enseignée dans ‘Bendôhô’ et l’attitude pour faire la cuisine dans ‘Tenzo kyôkun’. Tout comme le petit déjeuner de ce jour, le reste de la journée suit la pratique prescrite par M°Dogen.

Il n’y a au temple ni électricité ni téléphone. Le soir, on allume la lampe à huile et la lampe de poche. L’eau est tirée de la source. On n’écoute pas de radio non plus.

Dès qu’ils sont prêts à partir pour les aumônes, Jôshin Ni en tête, ils descendent le chemin de montagne. Près du village, lorsqu’ils dépassent les roseaux qui s’inclinent sous le vent d’automne, la silhouette admirable de Mont Fuji apparaît devant eux.

En décembre Jôshin Ni partira au Etats-Unis en visite auprès des différents centres Zen jusqu’au printemps suivant. « Plus tard, je voudrais ouvrir un lieu de pratique en France.... » Elle continuera à vers son rêve. Journal ‘Mainichi’Shinbun 05/11/1987 Traduction du japonais : Mari San

Takahatsu à Zuigakuin (dessin fait il y a 35 ans par Yoko San, une disciple de Moriyama Roshi)

Petite bruine d’automne
dans cette chambre, mon hier,
et aujourd’hui aussi,
ont disparu
Chiyo Ni, Japon
 

Commentaires de l'article

 
Pascal
Le 27 septembre 2015

Bonjour, c’est en lisant le programme télé du Pèlerin à propos de l’émission de Mercredi prochain sur RCF que j’ai d’couvert ce site. Au Japon chaque année depuis 2008 après y’avoir vécu 3 ans mais sans jamais avoir trouvé un lieu habité de spiritualité et d’accueil tel que celui décris ici.Las ! Je passe tout de meme toujours beaucoup de temps dans et autours des temples(surtout Shingon qui sont très nombreux). Les temples au Japon sont rarement des lieux d’accueil et de spiritualité désintéressé,comme on peut l’imaginer et j’avais presque renoncer à une pratique/recherche .Je suis dans la Drome , pas très loin donc et peut être pourrez vous me donner des piste avent mon prochain séjour ?

Bien à vous.

Pascal

 

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