Que faire ?

Le 1er novembre 2015

1 - Deux mains, deux bras...

Assise devant une tasse de thé fumant, je regarde distraitement par la fenêtre. Dans la rue, un homme est allongé à même le sol, sur la grille d’aération du métro. Pendant de longues minutes, j’observe comment les passants le dépassent sans même lui jeter un regard. Pourtant, certains doivent faire un écart pour l’éviter. Un homme l’enjambe, même. Personne ne s’arrête. L’heure de mon train approche. Je règle et je me dirige vers la gare. Arrivée près de l’homme, je ralentis un peu le pas. Ne faudrait-il pas lui parler, lui demander s’il a besoin d’aide ? Je suis trop mal à l’aise et j’ai trop peur pour cela. Et s’il avait bu ? Pris de la drogue ?

Plus loin, trois militaires discutent. J’hésite à nouveau. Les accoster, leur parler de l’homme ? La dernière fois, j’ai vu comment la police arrêtait un SDF ivre, sur le même trottoir, au même angle de la même rue. L’homme s’était mollement débattu, faisant quelques mouvements désordonnés. Ils l’avaient plaqué au sol avant de le jeter brutalement dans le combi.

Je franchis la porte de la gare. Drôle de monde, où l’on nous invite à être "attentifs ensemble" aux objets abandonnés, mais où l’on ne nous apprend pas comment ne pas abandonner un homme...

Samedi après-midi, j’ai prévu d’aller passer quelques heures au parc Maximilien, dans le nord de Bruxelles. Il s’y est installé un campement assez important de réfugiés principalement syriens et irakiens, complètement autogéré. Ça fait deux semaines que ce camp fonctionne à merveille, grâce à la solidarité de tous (les autorités n’ont agi que très très mollement chez nous). La semaine dernière, pas loin de 1.000 personnes - hommes, femmes et enfants - y avaient trouvé refuge. J’avais été très frappée de voir que, quand les SDF et les sans-papiers du quartier étaient venus demander s’ils pouvaient eux aussi profiter des dons de nourriture et de vêtements, ils avaient immédia-tement été accueillis et intégrés ("il y a de quoi nourrir tout le monde, pourquoi on refuserait quelqu’un ?"). Maintenant, ils font partie des bénévoles.

Ils ont construit une petite cuisine fonctionnelle et servent des repas aux réfugiés. Ce "camp" ressemble à un petit îlot d’humanité dans une mer de détresse. J’ai vu hier sur Facebook (eh oui, encore) qu’ils manquaient de bénévoles en ce moment. Et au lieu de me dire que je ne pouvais rien faire, comme je l’aurais fait plus que vraisemblablement il y a quelques années, avant que La DSL ne m’enseigne autre chose, je me suis souvenue que j’avais une tête, deux mains, deux bras, que je parlais quatre langues dont nos trois langues nationales, et que je devais pouvoir couper des tomates, servir de la soupe, remplir des formulaires, donner un coup de main pour ramasser les déchets ou jouer avec des enfants. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre, mais je verrai bien sur place !

Samedi :

J’ai beaucoup pensé au Bouddha, aujourd’hui, au choc que cela a dû être pour lui quand il a quitté le palais pour la première fois et découvert la souffrance du monde. Je ne savais pas à quoi m’attendre en allant dans ce camp de réfugiés, mais je ne m’attendais certainement pas à cela. Je crois qu’avec toute ma naïveté et tout mon angélisme, je m’attendais à une sorte de camping propret, là où j’ai trouvé quelque chose qui doit plus s’apparenter à une favela version tentes Quechua plantées dans la boue... Passé ce choc (pour être honnête, arrivée à l’entrée du parc, j’ai failli rebrousser chemin), le choc du bruit, de l’agitation, des odeurs, de la promiscuité, j’ai entendu les "bonjours" un peu hésitants en français et vu les sourires. J’ai même été invitée à goûter les crêpes marocaines préparées par de jeunes femmes du quartier (il y a une très forte communauté maghrébine dans le nord de Bruxelles). Et j’avoue avoir aussi été impressionnée par le travail des personnes - réfugiés eux-mêmes, sans-papiers "bénévoles solidaires" revendiqués, bénévoles de toutes origines - qui portent tout cela à bout de bras... Jizo Sama à l’œuvre...

Vu les conditions, tout cela donne l’impression d’être incroyablement bien géré et organisé. Aujourd’hui, je n’ai pas pu aider autrement qu’en donnant les quelques affaires que j’avais apportées pour l’école parce que les équipes étaient déjà formées quand je suis arrivée. Je ne suis donc pas restée très longtemps. Mais je me suis promise d’y retourner en préparant mieux les choses (peut-être en envoyant un mail avant, pour voir les besoins - quand, combien de temps, pour quoi faire).

En attendant, il va falloir digérer un peu tout ça. Et le contraste entre les rires des enfants dans la cour de l’école improvisée et certains des dessins que j’ai vus... Je ne sais toujours pas quoi faire, mais je suis encore plus convaincue que c’est notre devoir d’être humain de le faire... 


Françoise

2 - Sans relâche...

Gyōki (行基) (668–749) était un moine bouddhiste japonais de l’époque de Nara, né dans la province d’Otori, près d’Osaka dans une famille d’origine coréenne.Il fut ordonné au temple Asukaji, de Nara à l’âge de 15 ans, et il étudia avec M° Dosho le Yogacara, le cœur de la doctrine de l’École Hosso, à Yakushiji. En 704, il retourna dans sa ville natale puis entreprit de voyager dans tout le Japon pour prêcher aux gens ordinaires et aider les pauvre. Il forma des groupes de volontaires pour l’aider dans la région du Kansaï, construisit 49 monas-tères et nonneries qui fonctionnaient aussi comme hôpitaux pour les pauvres, et comme centres communautaires. Lui et ses disciples organisèrent aussi un certain nombre de travaux publics, notamment pour l’irrigation des champs et des rizières.

A cette époque, il était interdit aux moines d’avoir des activités hors du monastère ; il était donc un moine « non-enregistré », c’est à dire non reconnu par le Bureau des Affaires Religieuses.

Il fut d’abord poursuivi par le gouvernement, avant d’être pardonné en raison de sa popularité et des travaux accomplis. En 745, il fut le premier moine à recevoir le rang de Daisojo , le rang le plus élevé du clergé bouddhiste. Lui et ses disciples furent recrutés pendant la construction du Todaïji pour organiser le travail et l’importation des matériaux depuis la campagne. Il mourut le 2 février 749, à 80 ans et fut enterré à Nara au Chikurinji.

La Cour Impériale de Kyoto lui donna à titre posthume le titre de Bodhisattva. Si Gyoki était resté dans son temple selon les règles établies par la Cour à prier pour le bien-être de l’Empereur, il aurait négligé une des bases du bouddhisme, la compassion envers la souffrance des autres. A l’exception de ses jeunes années, il semble qu’il ait passé sa vie à construire des ponts, des barrages, des canaux d’irrigation, des orphelinats, des abris et des temples. Ce qui est le plus frappant, c’est qu’il accomplit cela en travaillant tout à la fois avec les paysans et les puissants clans locaux, le plus souvent sans le soutien, ni même l’approbation, de la Cour Impériale.

A l’entrée de la gare de Nara, on peut voir une statue de Gyoki ; la préfecture de la région a placé cette statue, accompagnée d’un bref texte recensant ses accomplissements dans cette partie la plus passante de la ville. On trouve dans tout le Kansaï des statues de formes et de tailles diverses. Chaque année le 6 octobre les fermiers locaux et les habitants de Kishiwada honorent ces statues.


Certains universitaires l’ont présenté comme une « anomalie historique », compte tenu de l’étendue de ses réalisations ; pourtant il ne fut ni le premier ni le seul moine bouddhiste à enseigner les mérites du travail charitable. Son Maître, Dosho, lui aussi avait entrepris de nombreuses tâches, et nous pouvons trouver un certain nombre de textes des 7ème et 8ème siècles encourageant tous les moines à prendre part à ce type d’activités. Plus tard, pendant les ères Heian et Kamakura, des moines comme Koya (903-972) ou Eison (1201-1290) réalisèrent aussi de grands travaux, mais aucun ne couvrit autant d’activités différentes, et en aussi grand nombre, que Gyoki.

Wikipédia, traduction : Jôshin Sensei

Pour plus de détails, en français : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gyoki

 

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