Une écologie pour soigner

Le 1er décembre 2015

Dans les Jataka qui décrivent les vies du Bouddha avant son éveil, le futur Bouddha naît souvent sous la forme d’un animal, et dans beaucoup d’autres il sacrife sa vie d’animal « peu important », par ex en ofrant son corps de lapin à une tigresse afn qu’elle puisse nourrir ses petits. Ces contes récusent la dualité généralement assumée entre « humain » et « nature » - comme si nous ne faisions pas partie de cette nature ! Ils suggèrent que le bien-être de chacun, aussi insignifiant qu’il puisse nous sembler, est spirituellement important et mérite notre attention et notre soin. Dans les Jataka tous les êtres sont capables de ressentir de la compassion pour les autres et d’agir généreusement pour les aider à apaiser leurs souffrances.

Contrastant avec la théorie darwinienne de « la survie du plus fort », qui justifie souvent notre exploitation des autres espèces, ces histoires nous offrent une vision de la vie dans laquelle tout est relié, tout est partie du même réseau de la vie, et par conséquent tout est « inter-responsable », c’est-à- dire chacun est responsable de chacun. Cette compassion ne se limite pas au royaume animal. Si l’on en croit le récit de sa vie, le Bouddha est né sous un arbre, a médité sous les arbres, s’est éveillé sous un arbre, a souvent enseigné sous les arbres, et est entré dans le Parinirvana abrité par deux arbres. Il n’est pas surprenant qu’il ofre sa gratitude aux arbres et aux plantes (il reçut une offrande d’herbes pour s’asseoir en méditation).

Plus tard, certaines écoles ont dénié que les plantes soient des êtres sentients, mais le canon pâli est plus ambigu. Dans un sutra l’esprit d’un arbre apparaît en rêve au bouddha, pour se plaindre d’avoir été abattu par par un moine. Le matin suivant, le Bouddha interdit aux personnes de la Sangha de couper des arbres. Les bikkhus et bikkhunis n’ont toujours pas le droit de couper des branches, de cueillir des fleurs, ni même de prélever les feuilles d’une plante.

Qu’aurait dit le Bouddha de la destruction injustifiée de tout un écosystème ?

(…) La technologie et la croissance par elles-mêmes ne peuvent répondre à la question humaine de base sur la signification de notre vie. Tôt ou tard nous allons nous heurter aux limites de ce projet compulsif mais condamné de croissance infinie. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de solution, mais cela signifie que nous devons mieux rechercher les racines de ce problème pour trouver des moyens de le soigner. Puisque notre dépendance toujours croissante à la technologie est une grande part du problème, la réponse ne peut être uniquement technologique. La dépendance envers des technologies de plus en plus sophistiquées, de plus en plus puissantes, ne fait qu’aggraver notre sens de la séparation d’avec le monde naturel, alors qu’une bonne solution implique que nous acceptions, que nous reconnaissions que nous faisons partie du monde naturel.

Ceci signifie, bien sûr, accepter complètement notre responsabilité envers la biosphère, parce que son bien- être ne peut en fin de compte se différencier de notre propre bien-être. Bien compris, cela signifie que prendre soin des forêts tropicales, c’est comme pour moi prendre soin de ma jambe. Alors la solution est-elle dans un « retour à la nature » ? Nous ne pouvons pas retourner à la nature parce que nous ne l’avons jamais quittée. L’environnement n’est pas vraiment un « environnement ». Ce mot signifie littéralement « les conditions dans lesquelles une personne ou une chose demeure ». Décrire ainsi le monde naturel est déjà une pensée dualiste, parce qu’elle différencie entre nous et le monde où nous nous trouvons.

L’environnement n’est pas un simple endroit dans lequel nous vivons et nous agissons parce que la biosphère est le terrain à partir duquel, et dans lequel, nous naissons. La terre n’est pas simplement notre maison, elle est notre mère. En fait, notre relation avec elle est encore plus intime, parce que nous ne pouvons jamais couper le cordon ombilical. L’air dans mes poumons, l’eau et la nourriture qui passent par ma bouche font partie d’un système qui ne s’arrête pas avec moi mais qui circule à travers moi. Ma vie est un processus qui à la fois dépend et se nourrit de cette circulation sans fin. Et puis, je deviens moi-même nourriture ... (…)

Toute solution durable doit inclure plus que la technologie, plus que des améliorations techniques : la racine du problème est spirituelle donc la solution doit avoir une racine spirituelle également.

Ce ne sera pas un retour aux convictions pré-modernes, mais une foi, une sagesse mises au service de la transformation personnelle et sociale. Nous libérer de notre compulsion à dominer, maîtriser le monde et réaliser notre unité : rien n’est séparé de nous. En entamant la longue tâche de réparer la rupture entre nous et la terre nourricière, notre sol naturel, nous allons autant soigner la biosphère que nous. En soignant notre avidité, nous comprendrons que nous nous blessons autant que nous blessons la terre ; en soignant notre ignorance nous réaliserons à quel point nous nous faisons du mal à nous mêmes.…

Healing Ecology David Loy.

Traduction : Jôshin Sensei.

Livre de David Loy en français : Notes pour une révolution bouddhiste- ed. Kunchab.

Beaucoup de textes à lire sur <www.zen-occidental.net >

Dans un autre ouvrage, à propos de l’effort juste, D. Loy parle de nos ( « nous » bouddhistes en particulier) conceptions erronées : l’équanimité n’est pas l’indifférence. Lâcher nos désirs ne signifie pas « excuses pour ne pas agir » ; karma n’est pas complaisance. Et si nous devons nous déprendre de quelque chose, c’est de notre avidité et de notre colère, et pas du monde. Le Bouddha nous invite à voir clairement nos actions et leurs conséquences dans notre quotidien et dans le monde, et à décider de changer ce qui blesse, détruit. Nous nous efforçons de prendre soin du monde dans un effort basé sur la joie et la générosité.

A travers l’attention juste, nous comprenons comment nous sommes reliés à tous et à tout à travers chaque geste, chaque mot, chaque pensée. D. Loy nous demande de réfléchir, dans le contexte actuel, à nos pratiques douteuses, ou négatives : l’utilisation des ressources naturelles à travers chauffage, déplacements, alimentation, usage de produits chimiques polluants... etc.

Changer nos réflexes, nos gestes, c’est une prise de conscience de notre présence dans ce monde, apprendre qui nous sommes et ce que nous devons faire.

Jôshin Sensei

Un site à regarder, très complet, très bien fait, proposé par Jérôme : http://internetactu.blog.lemonde.fr/2015/10/17/faut-il-prendre-leffondrement-au-serieux/

 

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