La liberté de ne pas choisir

Le 31 mars 2005

(J’ai rencontré Graciela la première fois où je suis allée à Florianopolis, à 700 km de Porto Alègre, faire une retraite solitaire...quand très vite plusieurs personnes se sont jointes à moi pour le zazen du matin. Certains d’entre vous ont vu les photos de la cuisine pleine de gens assis sur toutes sortes de coussins, pulls, couvertures etc...L’année suivante, j’y suis retournée et Graciela et une autre personne, Rute, ont reçu un rakusu au Centre de Porto Alègre. C’était la 1ère fois qu’elles voyaient pour cette cérémonie un vrai Zendo, et des zafus ! La pratique a continué, et se continue, plusieurs fois par semaine. Jokei y est allée et aussi Moriyama Roshi et sa disciple , Zuyten Ni.

L’an dernier, Graciela, qui n’avait jamais fait même une seule retraite, a décidé de venir un mois à La Demeure ; j’ai été impressionnée par sa volonté et son courage : ce n’est pas facile de quitter sa famille, prendre l’avion et d’arriver si loin de chez soi, sans savoir exactement ce qui vous attend, sans parler la langue...mais elle est repartie pleine de ses découvertes, et d’un nouveau savoir. Sensei)

Au bout d’une semaine à La Demeure sans Limites, je me suis sentie plutôt confuse : j’étais triste parce que tout ce qui forme ma vie quotidienne avait disparu, ma famille, les habitudes, les objets usuels, le rythme, etc. J’étais malheureuse, pensant que je faisais souffrir mes enfants, mon mari, et pourquoi ? Je me sentais étrangère, et aussi étrangère à moi-même, même mes vêtements étaient différents, ne m’appartenaient pas. ( Nous avions prêté des vêtements à Graciela, car elle n ‘avait rien d’assez chaud pour l’ « été » de La Demeure)

Il me semblait que j’étais sans cesse en train de me mettre au courant de tout, dans la cuisine, dans toutes les activités ; c’ était si difficile de s’ouvrir pour recevoir ce qui venait avec joie ; pourtant il semblait qu’au moment où j’y réussissais, - peut-être est-cela laisser notre moi de côté, tout devenait plus facile, plus harmonieux.

Quand on pense qu’on est le centre le plus important, nous provoquons en nous une souffrance, et aux autres aussi. Mais quand nous devenons perméables, aux évènements, notre propre lumière se déploie, et nous pouvons aussi refléter celles des autres aussi, les nuages noirs se dissipent et le soleil apparaît.

C’est notre propre égoïsme qui nous enferme, l’égoïsme de ne pas pouvoir nous débarrasser de nos désirs, alors qu’en fait nous devrions essayer de ne rien retenir, ni matériel, ni psychologique, ni émotionnel. C’est très difficile de se rendre compte de cela : je crois qu’il faut en passer par cette expérience de La Demeure : maintenant je comprends le rôle des Maîtres, qui travaillent inlassablement pour enseigner le Dharma aux êtres sensibles.

Nous ne sommes pas habitués à la vie de La Demeure : ce n’est pas comme la vie à l’extérieur, où nous pensons que si nous travaillons, nous recevons de l’argent, et qu’ainsi nous sommes libres puisque nous pouvons acheter ce que nous voulons. Bien sûr, en réalité ce n’est pas vrai, nous devons souvent faire des choses que nous n’aimons pas, et puis nous ne pouvons pas acheter tout ce que nous voulons, ni même manger toujours ce que nous aimerions. A la Demeure, ce qui est différent est que ce qui doit être fait est fait, ce qu’il y a à manger, on le mange, ce qu’on doit porter, on le porte.

Et une fois qu’on a lâché notre « moi », notre ego, une fois qu’on a accepté de ne pas choisir, nous serons libres à chaque instant, libres de ramasser les oignons, même si on n’a jamais fait cela avant, de nettoyer le sol du zendo d’une façon étrange et inconnue, libres et disponibles, attentifs aux autres ; complètement présents en ce lieu et en cet instant avec toute l’intensité qui naît d’être libre de préoccupations, de choix, de distractions. Cette expérience vécue au monastère, difficile à expliquer, que personne ne peut vous montrer mais qu’il faut vivre soi-même, je crois que c’est une porte ouverte vers nous-mêmes, vers l’intérieur de nous-mêmes qui apparaît lorsque nous ne sommes plus le centre de notre propre vie, et nous laiser flotter avec tous les ruisseaux, en ayant confiance dans la grande sagesse et dans la lulmière de tous les grands Maîtres et dans la Voie du Bouddha.

Ca a été un cadeau très précieux, de partager avec vous ce temps à la demeure sans Limites avec la patience, la dévotion et la bonne volonté infinies de Jokei, et la force d’amour profonde et inépuisable de Joshin Sensei. Gassho de cœur à cœur, Graciela Shuten.

 

Commentaires de l'article

 
Lionel
Le 24 avril 2005
Je fréquente le Zendo de la Montagne Bleue depuis septembre 2004.C’est là que j’ai rencontré, la première fois que je m’y rendais je crois, Graciela.Je pense qu’il sagit de la même personne à l’origine de cet article : elle venait d’effectuer une retaite à la Demeure, elle était du Brésil... Simplement, pour la remercier du beau témoignage dont elle nous fait cadeau ! Lionel

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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Dernière mise à jour le :
30 mars 2005
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