« Un lotus dans un océan de feu »

Le 2 avril 2016

Voici le courriel reçu de Françoise, de Mons, après les attentats en Belgique. Parce que « Vivre en paix », ce n’est pas attendre que le monde autour de nous soit en paix, mais savoir rester le cœur en paix, c’est à dire, garder la gratitude, l’espoir, la confiance dans tous les êtres. Continuer à regarder autour de soi, les yeux grands ouverts, accepter d’être touché et pourtant se garder de toute haine. Vivre en paix, c’est le cœur aussi vaste que le grand océan... Jôshin Sensei

photo : Yvon Mons quasi-déserte vers 17h, malgré un soleil radieux et un air tout printanier. Partout un voile gris semble être tombé sur la ville. Puis, au détour d’une galerie, un groupe de jeunes - peut-être le même que d’habitude, peut-être un autre - de toutes les origines, de toutes les couleurs, qui répètent ses chorégra-phies de hip-hop avec un vieux poste de radio et les vitrines vides en guise de miroir. Comme en hommage à l’espoir et à la beauté du monde, malgré ou peut-être à cause de tout cela. Gratitude.

Je pense à Malak, une amie marocaine ; il y a quelques jours, en revenant de Pôle Emploi, elle m’a demandé "Tu crois que c’est un problème pour l’école et le travail, mon foulard ?".

Je voudrais tellement croire que tout le monde s’en fichera, de son foulard, de sa peau mate et de son accent marocain. J’ai peur pour les personnes comme elle, comme les petits commerçants arabes du quartier. Pour les jeunes de Molenbeek et d’autres quartiers de Bruxelles, déjà si souvent laissés sur le bord de la route. Et en même temps, je vois cet immense élan de solidarité et de générosité, les taxis qui se mobilisent pour ramener un maximum de personnes chez elles, des hôteliers qui mettent leurs chambres gratuitement à la disposition des personnes qui sont restées coincées à Bruxelles faute de transports publics.

Les sites qui se créent avec des personnes qui proposent un divan où dormir ou une place dans une voiture pour une gare où les trains circulent encore.

L’Exécutif des musulmans de Belgique (leur organe de représentation vis-à-vis des autorités belges) qui invite les fidèles à aller donner leur sang à la Croix Rouge (Croix-Rouge qui a d’ailleurs été débordée et demande que l’on attende quelques jours pour aller donner son sang - elle craint que ses stocks soient vides aux environs de Pâques). Espoir.

Je pense à la devise de la Belgique, "L’union fait la force". Je me dis que ça n’a peut-être jamais été aussi vrai que depuis que toute cette folie meurtrière a commencé (mais quand ? Pas aujourd’hui, pas le 13 novembre ni le 7 janvier). Mais que trop souvent, l’union s’est faite, se fait et se fera encore "contre". Je pense au filet d’Indra. Forts ensemble, tous ensemble.

Je regarde fleurir les avis de recherche de personnes disparues sur Internet. Je me dis que chacune d’entre elles aurait pu être un ami, un collègue. Que chacune d’entre elles est l’ami, le collègue, le parent, le conjoint de quelqu’un. Dans dix jours, jour pour jour, à 8 heures, heure de l’attentat, Michel sera exactement là où une des bombes a explosé à l’aéroport. Il aurait aussi bien pu partir ce matin. D’autres eux n’ont pas eu la même chance. Et leurs familles non plus. Penser à toutes ces personnes, partout dans le monde chaque jour, qui sont victimes d’atrocités - sur lesquel-les les journaux du soir passent d’autant plus vite qu’elles sont loin. On me dit : "c’est humain". Oui, sans doute. Mais ce qui le serait encore plus, ce serait peut-être l’inverse, s’arrêter quelques instants pour rendre sa juste valeur à chaque vie humaine ?

Je pense aux auteurs, à leurs familles, à leurs proches aussi. Tant de vies brisées, tant de familles meurtries ce soir. Tant de tristesse, l’impression d’un immense gâchis.

La joie, quand même, toujours. Comme disait un ami "tibétain", "ce drôle de petit coin d’arc-en-ciel que l’on a dans le cœur, même dans les moments sombres".

J’ai reçu aujourd’hui beaucoup de petits mots de personnes de la sangha, des quatre coins de France. Cela m’a immensément touchée. Séparés et pourtant ensemble. Si loin, si proches. Trésors précieux. Gratitude, encore.

Voilà, en vrac, tout ce dont mon cœur est rempli ce soir.

De peur et de tristesse.

Mais aussi d’espoir, de gratitude et de joie. De ce sentiment d’être reliée.

Mais pas de haine, pas de colère. Si l’expression n’était pas si malheureuse, je dirais "Je n’y arrive pas". Pas d’angélisme non plus, et pas de résignation.

Un profond gasshô à tous,

Françoise

 

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