Le rakusu…

Le 2 juin 2016

Sa couture d’abord. Si minutieuse, si « carrée », pleine de règles à respecter au millimètre – très littéralement. Si confortable pour une personne angoissée et perfectionniste comme je le suis. Un bonheur tout balisé. Du moins, c’est ce que je croyais. Puis, un jour, j’ai eu la très grande chance de pouvoir accompagner des personnes de notre centre dans la couture du leur. Et là, j’ai vu que quelque chose m’avait échappé.

Chacun est venu coudre avec son histoire, ses préoccupations du moment, ses doutes, ses paradoxes, son engagement… Avec tout ce qu’il était à ce moment-là. Cela m’a complètement déconcertée. Puis j’ai compris, peu à peu, que toutes ces règles si précises n’étaient à vrai dire qu’un cadre. Un cadre nécessaire, parce qu’on ne fait pas les choses à son gré, parce que nous nous inscrivons dans une tradition, une tradition ancienne. Ancienne, oui, mais incroyablement vivante, qui s’incarne d’instant en instant, de personne en personne, à travers la pratique de chacun d’entre nous, à travers ces gestes plus ou moins fluides, plus ou moins habiles, à travers ces points plus ou moins petits, plus ou moins réguliers…

Le contenu du cadre. J’ai réalisé qu’à défaut d’être « techniquement parfait », un rakusu cousu de tout son cœur est tout simplement parfait, et que les points les plus beaux ne sont pas toujours les plus jolis. Qu’à trop s’attacher aux règles, aux formes, loin de perpétuer la tradition, on la tue. Je crois que c’est vrai de beaucoup de choses dans le zen.

Je me souviens que lorsque j’ai feuilleté pour la toute première fois le « cahier des rakusus » à la Demeure sans limites, une chose m’avait frappée. A toutes les pages ou presque, deux mots revenaient : patience et générosité. Se présenter aux autres – et plus particulièrement aux nouvelles personnes – avec patience et générosité. Sur le moment, cela m’avait paru évident. Bien sûr, comment, sinon ? Et puis… « à l’épreuve de la réalité », on se rend compte que c’est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.

Comprendre et accepter que l’autre n’ait pas le même rythme, pas la même façon de faire les choses ou de voir le monde, qu’il ne sache pas qu’ici, les choses se font comme ci plutôt que comme ça... Et à nouveau, cette forme qui nous sert de cadre et qui vient tout écraser si l’on s’y accroche trop, si on ne la voit pas pour ce qu’elle est… Faire preuve de la nécessaire souplesse sans pour autant sortir du cadre, un bel exercice d’équilibriste ! Cultiver un esprit vaste…

Dans l’enseignement qu’elle a donné à l’occasion de l’A.G. de l’Arbre de l’Eveil, Yusho-san disait – entre autres – qu’être nonne, c’est « faire ce qu’il y a à faire ». Il me semble que le rakusu, c’est un peu expérimenter cela, certes pas à l’échelle d’une vie entière, comme celles et ceux qui font ce choix de s’y dédier complètement, mais expérimenter l’espace de liberté qui se dégage quand, ne fût-ce que l’espace d’un instant ou d’une journée, « on évite de choisir ». Et voir la joie que cela peut engendrer en nous. Et pourquoi pas, la patience et la générosité.

Françoise

 

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