A table avec le 5ème précepte.

Le 30 mai 2005

La semaine dernière je recevais du monde. Chaque semaine le lundi et le mardi j’héberge un collègue qui travaille à l’école comme moi.

Certaines semaines, j’héberge aussi des apprentis qui ont été exclus du foyer des jeunes travailleurs qui se trouve à côté de l’école. Ils ont été exclus à cause d’un usage trop voyant du cannabis.

Ce soir-là nous étions cinq à manger et à dormir. Le repas a été fait en commun, un peu sous ma direction quand même. Certains étaient à table, le premier joint déjà en train de se consumer, et une bouteille de vin de Touraine, du Saumur, sur la table.

Je les voyais, un peu à l’écart, assis devant mon mac à relever le courrier. Votre lettre est arrivée, j’en ai pris connaissance. En temps normal je laisse vos lettres dans le courrier reçu, là je l’ai imprimée et j’ai rejoint la table. J’ai montré le cinquième précepte à Jean-François, mon collègue de travail.

Il l’a lu très attentivement, il a même mis plus de temps que nécessaire, peut être l’a-t-il lu 2 ou 3 fois, je ne sais. Après il me l’a rendue, un peu abasourdi. Inutile de vous dire que Jean-François s’intéresse au Zen. Parfois on parle de choses, mais pas souvent ; je suis un peu avare d’explication, je trouve que cela ne sert à rien. Je me contente d’être ce que je suis, de faire ce que j’ai à faire. C’est peut-être pour cela qu’il a mis tant de temps à lire, il avait enfin un vrai document dans les mains.

Quand il m’a tendu la lettre, pour ne pas avoir une discussion qui aurait exclu les autres, j’ai décidé de lire votre mail aux jeunes gens qui étaient autour de la table. Après cela il a bien fallu que je m’explique à leur demande et aussi pour couper court aux mauvaises interprétations d’usage. Le problème c’est que je n’avais pas plus de réponses à leur donner qu’à vous.

J’ai désamorcé quelques idées fausses sur la liberté individuelle, le bienfait du vin et les risques minimes de l’usage du cannabis. Ils ont parlé de morale, j’ai dit “non”, pas au sens où vous l’entendez du moins. Je leur ai expliqué que c’était une direction. Je leur ai dit, si vous voulez aller à New York, vous prenez la direction de New York, et là vous avez une chance d’y arriver. Par contre si vous prenez la direction de Tombouctou, ou que vous allez au hasard des routes, vous avez très peu de chance d’arriver à New York.

La discussion n’a pas trop continué, je crois que j’ai un peu embrouillé leur esprit par la suite.

Par contre à la fin du repas nous nous sommes aperçus qu’il ne manquait que quelques verres à la bouteille de Saumur qui était au trois quarts pleine. Chacun a été d’avis pour dire qu’il ne s’était pas fait du tout violence pour ne pas boire de vin ; ils ont dit qu’il n’y avait tout simplement pas pensé. Ils ont tous trouvé le cinquième précepte très puissant.

Serge.

SPIP 1.9.1 [7502] | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 94 (585410)