APPROPRIATION ?

Le 8 septembre 2005

Hier, une nouvelle personne est venue pratiquer Zazen pour la première fois et je lui ai montré la position de Zazen. Etant donné que dans notre lignage on ne touche pas les personnes et qu’il est de rigueur de laisser le champ libre à la découverte de Zazen, je me suis assis pour lui montrer la position de Zazen et, notant une certaine rigidité dans son mimétisme, je lui ai dit :

"De toute façon, je vous montre la Forme de Zazen et ensuite c’est à vous de chercher, c’est à vous de vous approprier cette Forme".

Prononçant cette parole, je me suis demandé si elle était juste. En l’occurrence, elle me semblait juste pour la circonstance de ce début de pratique. Même si par la suite, nous allons observer les mécanismes de notre incessante logique d’appropriation il me semble que le début de la pratique passe par une appropriation des formes de cette pratique. Il me semble qu’il est question d’initier un mouvement, un processus où l’on transmet une forme propice à la libération, au déconditionnement, au décloisonnement.

Si l’on pointe l’ouverture est-il pertinent d’employer un terme qui est trop souvent porteur de fermeture ? Est-il juste de parler d’une appropriation de la forme de Zazen ? Le terme "d’appropriation" est-il à proscrire lorsque l’on présente Zazen ? Si l’on s’approprie la forme est-ce pour autant Zazen qu’on approprie ?

Sur l’octuple sentier, la recherche de la Parole Juste suscite parfois des mises à distance questionnantes...

Lionel

J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent d’autres personnes...La lettre de Lionel soulève plusieurs points : faire sien, est-ce toujours s’approprier ? Y a-t-il une « forme » de zazen que l’on pourrait s’approprier tout en laissant un « fond » libre ? Comment explorer une nouvelle forme de corps ? Est-ce la « forme » de zazen qui est « propice à la libération » ?

Et bien sûr, toujours la question : « Est-ce moi qui fais zazen, ou zazen qui se fait à travers moi ? » -et pourtant, sans moi, sans corps, pas de zazen...

Sensei

 

Commentaires de l'article

 
Anonyme
Le 12 septembre 2005

Depuis des mois je dois pratiquer, très souvent, avec des débutants. Je dois apprendre à le faire, sur la marche, Sensei est loin, le Roshi au Japon !!! il faut répondre ici et maintenant ! D’abord j’ai appris – je pense – à les livrer a une posture d’abord confortable, je leur montre toutes les possibilités, et puis qu’ils s’assoient d’une façon stable, pour soutenir la quiétude et le silence....enfin...Vraiment, je n’ai jamais pensé à ce mot, ”s’appropier”, même pas pour moi, c’est un mot assez fort ! Peut être cela peut créer, dès le début une idée qu’on voudrait bien renverser ! En tout cas, le mot peut être, “explorer”, chercher, trouver un langage du corps qui changera demain où après kin hin même. En tout cas, c’est pas “s’appropier” des formes au début de la pratique, Sensei nous dit : apprendre à apprendre, on regarde, on copie, comme des enfants, et cela se digère, c’est comme la lecture, si l’on essaie de comprendre un soutra, s’est fini ! Avant je parlais trop, trop ! Maintent j’essaie de dire presque rien, parceque c’est plein de broussailles dans la tête ! Il m’a fallu des années pour “comprendre” ce que dit Sensei : c’est nous qu’on fait zazen ou c’est zazen qui se fait à travers nous ?... Donc, résumant, mon expérience m’indique, aujourd’hui, très peu de paroles, et la liberté totale avec la colonne vertebrale le plus droite possible, silence et quiétude, puis...la recherche – en tout cas : l’écoute, je crois que c’est ça l’écoute...c’est très difficile à comuniquer !!! Tout de même, il y a certains limites, aussi Sensei le remarque, cette “forme” de zazen c’est pas de caprice formel, cette forme étrange à notre “je veux-je veux pas” guide zazen, c’est comme les oriokis...n’est-ce pas ? Il devrait s’agir d’une liberté sans les jeux de l’égo

Diana ZuyKen

 
Dominique
Le 21 septembre 2005

La logique d’appropriation est très subtile ! Lionel a été frappé par sa parole. Pour ma part, j’ai réagi à la lecture de l’article sur la phase « Etant donné que dans notre lignage on ne touche pas les personnes… ». C’est aussi une logique d’appropriation qui est à l’œuvre.

La question est profonde car elle nous renvoie directement à nous-même et à notre « être au monde ». Comment « être au monde » sans laisser se développer notre égo au-delà d’un minimum requis à une existence propre ?

Et comment s’approprier le monde sans le saisir plus ou moins avidement ?

Ne devrait-on pas être comme l’eau chaude de la tasse de thé quand elle reçoit le sachet ? Recevoir simplement, laisser diffuser sans entrave ce qui nous est donné ? Sans volonté de saisir.

Dominique

 
ethrap
Le 22 septembre 2005
Je répondrai exactement comme pour le "mal au dos" de la couturière qu’il est important de chosir une position ergonometrique sans douleur - tout le reste est du détail
 
Anonyme
Le 22 septembre 2005
Bonjour Lionel, je vous prie de m’excuser , je vais m’éloigner de vos propos mais il font naître ceci en moi : le second semestre de l’année 1999, j’ai fait une dépression. J’étais suivi médicalement. Je me réfugiais un peu dans les livres , mais les mots évoquaient alors peu pour moi. Je me souviens avoir lu un texte sur l’angoisse ; j’étais moi-même dans un état mental d’angoisse assez diffus et je n’arrivais pas vraiment à imaginer au-delà des mots. A cette époque, j’ai songé pratiquer zazen pour m’aider à faire face à ce trouble, mais je n’ai jamais osé franchir la porte d’un dojo : je me disais que je n’avais pas la souplesse physique suffisante pour prendre la position de zazen. Aujourd’hui, j’aime l’idée que l’enseignement de Bouddha s’adressait à tout le monde. A la personne qui allait mourir, il essayait aussi d’apporter quelque chose. Je pense aussi à Thich Nhat Hanh qui écrit je crois, en substance que l’on ne remercie pas assez notre corps d’être en bonne santé et que l’on ne pense trop souvent à lui que lorsqu’il nous fait souffrir. Encore une fois , pardon de m’écarter de vos propos… Amicalement , Lionel Leblanc.
 
Harriet Sojaku
Le 19 octobre 2005
Les mots qui me viennent à l’esprit par rapport au corps en zazen, en kinhin et maintenant, de plus en plus, en marchant dans la rue, en restant assis, en sortant du lit, ce sont : expérimenter, ressentir, explorer, découvrir. Il y a des moments où "mon" corps "me" dit : "c’est juste". Et petit à petit, ce corps semble prendre goût à ce qui sent juste, sans que j’aie à me dire "Ah oui, c’est comme ça qu’il faut faire".
 
Anonyme
Le 8 novembre 2005

« Que nous sert-il d’avoir la panse pleine de viande [nourriture] si elle ne se digère, si elle ne se transforme en nous, si elle ne nous augmente et fortifie ? » ( … )

« Quand bien même nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse »

Montaigne ( Les Essais, livre 1)

Daishin

Daishin est le bulletin en ligne de la sangha réunie autour de Joshin Sensei, fondatrice du temple "La Demeure Sans Limites".

Tous les mois, vous y trouverez des textes proposés par Joshin Sensei, ou les membres de la sangha.

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