N°225 – Février 2017

parinirvanaLa Journée du Parinirvana est une commémoration bouddhiste célébrée en Asie du sud Est, parfois le 8 février, mais plus souvent   le 15. Deux textes décrivent le Parinirvāṇa du Bouddha historique :   le Mahaparinibbana Sutta du canon pali, et  le Mahāparinirvāṇa Sūtra du Mahāyāna.
C’est le jour où le Bouddha a achevé le Parinirvana, ou Nirvana total, à la mort de son corps physique. Le Parinibbana Sutra décrit les derniers jours du Bouddha, et est souvent lu dans les temples à cette occasion. C’est aussi un jour de réflexion sur l’impermanence et les Enseignements.
C’est pourquoi ce mois-ci nous vous proposons des extraits de ces Soutras, une réflexion sur le Dharma, et le texte d’un autre Sutra du Mahayana : « Sutra de La Lumière Dorée ».

Au sommaire de ce numéro :

Le Parinirvana du Bouddha
Parinirvana Soutra
Réflexions sur le Dharma du Bouddha – MOOC Buddhism Through Its Scriptures
Extraits du Soutra de la Lumière Dorée

Le programme de Joshin Sensei et de La Demeure sans Limites.

La Demeure sans Limites  est fermée jusqu’au 7 avril. Programme 2017 bientôt sur le site www.larbredeleveil.org
Jôshin Sensei sera à :
Annecy le samedi 18 février
Paris le samedi 25 février
Uposatha : samedi 11 et dimanche 26.
Parinirvana du Bouddha : mercredi 15 février.
Rejoignez-nous : https://framadate.org/GJrhepbbGxswdGls
Nouveau : le blog de Montagnes et Forêts du Zen.
Toutes les dates, des textes d’enseignements de différents Maîtres et de Jôshin Sensei, des photos, des infos, etc.     www.montagnes-et-forets-du-zen.org

Extraits du Soutra de la Lumière Dorée

Extraits du Soutra de la  Lumière Dorée* :

Chapitre : « La durée de vie du Bouddha Tathagata »

Donc, le Bouddha a quitté le monde humain, et est entré dans le Parinirvana, nous laissant les Enseignements -Le Dharma, son Dharma- « Voir le Dharma, c’est voir le Bouddha ».                           

A nous maintenant de suivre ces enseignements, et de réaliser à notre tour l’Illumination.       Mais le Mahayana va voir les choses assez différemment, comme on peut le lire dans le chapitre 15 du Sutra du Lotus, ou bien dans cet extrait du Soutra de la Lumière Dorée.

Jôshin Sensei

RajagrirA ce moment-là vivait dans la ville de Rajagriha **, le bodhisattva Ruchiraketu, qui avait vénéré de nombreux Bouddhas précédents, cultivé les racines de bien et rendu service à des millions et millions de Bouddhas. 

Il pensait : « Quelles causes et quelles conditions vont faire que le Bouddha Shakyamouni  ne vivra que 80 ans ? Une vie si courte ».

Il pensait : « de plus, le Bouddha lui même a déclaré : il y a deux causes et deux conditions qui prolongent la vie. Quelles sont-elles ? Renoncer à tuer et donner généreusement de la nourriture.

Mais le Bouddha a renoncé à tuer depuis d’innombrables éons, il suit le chemin de dix actions vertueuses. Il a donnée la nourriture, et toutes sortes de choses ; de plus il a nourri les êtres affamés avec sa chair, son sang, ses os et la moëlle de son corps même ».

Pendant qu’il réfléchissait à cela, sa maison se transforma en un immense palais…(description, pierres précieuses, fleurs, musique, lumières, trônes…au nord, au sud, à l’est,à l’ouest apparaissent les Quatre Transcendants Bouddhas).

Voyant ces Grands Bouddhas, le bodhisattva Ruchiraketu fut grandement étonné. Il était satisfait, joyeux, enchanté. Si heureux, les mains jointes en direction des Vainqueurs, il s’inclina en hommage. Toujours dans sa réflexion, il demanda : « Pourquoi le Seigneur Shakyamouni a-t-il une vie si brève de 80 années ? »

Comprenant ses pensées, les Bouddhas Victorieux lui parlèrent ainsi : « Fils de bonne famille, ne pense pas que le Seigneur Shakyamouni ait une durée de vie si courte. Pourquoi ?                     En dehors des Tathagatas pleinement illuminés, nous ne voyons personne que ce soit dans les mondes des dieux, des enfers, de Brahma, que ce soit parmi les ascètes, les dieux, les humains, ou les asuras, personne qui puisse percevoir les limites futures de la durée de vie du Tathagata, le Seigneur Shakyamouni ».

Dès qu’ils eurent dit cela, par le pouvoir du Bouddha, les dieux résidant dans les mondes du désir et de la forme, y compris les nagas, yakshas, gandharvas, asuras, garudas, kimnaras, et mahoragas, ainsi que des millions de millions de millions de bodhisattvas se rassemblèrent dans la maison du bodhisattva Ruciraketu. Alors les Tathagatas proclamèrent en vers l’explication de la durée de vie du seigneur Shakyamouni à toute l’assemblée :

On peut mesurer les gouttes d’eau dans tous les océans, mais personne ne peut mesurer la durée de vie d’un Tathagata.

Les atomes des plus fines particules du Mont Sumeru peuvent être mesurées, mais personne ne peut mesurer la durée de vie de Shakyamuni.

Le nombre des plus minuscules particules existant sur terre peuvent être mesurées, mais personne ne peut mesurer la durée de vie du Conquérant.

Bien que quelqu’un, grâce à quelque dispositif, puisse désirer mesurer l’espace, personne ne peut mesurer la durée de vie de Shakyamuni.

Il n’y a pas de façon de compter qui pourrait permettre de dire : « Le Bouddha pleinement Illuminé vit tant de temps; tant d’éons, en termes d’éons, comme dans une centaine de millions d’éons. »

Il y a deux raisons, et deux conditions à cela : renoncer à la violence, et donner encore et encore beaucoup de nourriture.

Un compte fini de la durée de vie de ce grand être ne peut être trouvé ; on ne peut dire :              « Il vivra tant d’éons » ni « D’innombrables éons ».

« Ainsi, n’ayez pas de doutes,   pas même le plus petit doute,

on ne peut observer nulle part une limite à la vie du Conquérant ».

Suvarṇaprabhāsa Sūtra ;  Le Roi Souverain des Soutras. Soutra de la Lumière Dorée.

Chapitre : « Entendre le son d’un tambour dans un rêve ».

Voici un passage du Soutra de la Lumière Dorée qui peut nous aider à comprendre comment certains écrits bouddhistes sont entrés dans le monde, selon la tradition bouddhiste.

Deux choses sont à remarquer : d’abord que ce soutra entre dans le monde dans un rêve fait par une personne qui le récite ensuite devant le Bouddha.   C’est à dire que le Soutra de la Lumière Dorée est enseigné par le Bouddha après qu’il l’ait entendu de quelqu’un d’autre, qui lui l’avait entendu dans un rêve.

Ensuite, que ce Soutra émerge du son d’un tambour entendu dans un rêve.                         

Dans l’Inde ancienne, on battait souvent le tambour pour annoncer une amnistie, libérant ceux qui avaient été emprisonnés pour leurs mauvaises actions. Si l’on garde cela à l’esprit, on peut dire que le Soutra de la Lumière Dorée entre dans le monde comme un tambour annonçant l’amnistie pour tous ceux qui vont l’entendre.

MOOC Buddhism Through Its Scriptures

« Le bodhisattva glissa dans le sommeil. Il rêva qu’il voyait un tambour doré : sa lumière brillait comme le globe solaire.  Dans chaque direction, un nombre inconcevable de Tathagatas enseignaient le Dharma, assis sur des trônes de lapis-lazuli au pied d’arbres couverts de joyaux, entourés de centaines de milliers d’auditeurs. Puis il vit un être semblant un brahmane battant ce tambour.

De ce tambour, sortirent des sons sous forme de vers religieux ».

Alors le bodhisattva Ruchiraketu s’éveilla et se rappela tout de suite ces vers.                               

Se les étant rappelés, à la fin de la nuit, lui et plusieurs milliers d’autres personnes quittèrent la grande ville de Rajagriha**.  Il arriva au Pic des Vautours, où était le Bouddha.

Là, il se prosterna trois fois aux pieds du Tathagata, tourna trois fois autour de lui en signe de respect et s’assit sur le bodhisattva Ruchiraketu, s’inclina les mains jointes devant le Bouddha et récita ces vers religieux qu’il avait entendu sortir du tambour.

Une nuit, sans être distrait, je rêvai un rêve aussi vivant que le jour : je vis un grand et beau tambour qui remplissait le monde d’une lumière dorée et brillait comme le soleil. (… reprend le texte précédent) Lorsque cet être en forme de brahmane battit le tambour, il en jaillit ces vers :

Par le son de ce majestueux tambour de lumière dorée, puisse les souffrances des migrations inférieures, Yama et la pauvreté des trois royaumes du triple monde cesser d’être.

Par le son de ce majestueux tambour, puisse l’ignorance du monde être dissipée, les peurs réduites.                                   

Tout comme les sages vainqueurs sont sans crainte, puissent les êtres sensibles devenir intrépides et braves.

Tout comme le Sage Vainqueur Omniscient possède noblesse et pureté excellentes, puissent les êtres innombrables posséder des océans de qualités, la concentration et les ailes de l’illumination.

Par le son de ce majestueux tambour, puissent tous les êtres être dotés de la mélodie de Brahma;                           

puissent-ils toucher le sublime éveil des bouddhas ;           

puissent-ils tourner la vertueuse Roue du Dharma ;          

demeurant pour d’inconcevables kalpas, puissent-ils enseigner le Dharma pour guider les êtres pris dans la transmigration ;

vainqueurs de l’illusion, dépassant l’aversion, puissent leur attachement, leur haine et leur ignorance être pacifiés.

Puissent les êtres sensibles tombés dans les plus basses migrations, eux dont le corps d’os est pris dans les flammes ardentes entendre les paroles de ce tambour majestueux.

Puisse la proclamation  « Hommage au Tathagata » ! être entendue.

Traduction depuis l’anglais Jôshin Sensei

Chapitre : « Reconnaissance de l’ignorance, Sangemon, Confession ».                                                            

(Je trouve que c’est un très beau texte, je vous en recommande la lecture complète. Ici un court extrait, dans la traduction proposée par la Sangha du Lama Zopa). *

Toute action négative que j’ai créée dans le passé, aussi grave soit-elle, Je l’expose à la vue de ceux qui ont les dix pouvoirs.

Les fautes que j’ai commises en abandonnant mes parents, en négligeant les bouddhas et en  ne m’appliquant pas au bien. 

Les fautes que j’ai commises par la satisfaction personnelle d’être riche, d’appartenir à une noble famille, par l’arrogance et la vanité de la jeunesse ….       

Toute action négative que j’ai créée dans le passé, les fautes que j’ai commises pendant les périodes de pauvreté, perdant l’espoir et rencontrant la peur.                    

Les fautes que j’ai commises l’esprit volage, soumis au désir et à la colère, torturé par la faim ou la soif….

Les fautes que j’ai commises  par négligence, l’esprit immature et obscurci par l’ignorance…        

Ainsi, les trois types d’actions négatives que j’ai accumulées de cette façon, par mon corps, ma parole et mon esprit, je les confesse toutes…             

J’œuvrerai pendant des millions d’ères cosmiques au bien de tous les êtres vivants, jusqu’à  pouvoir libérer chacun d’eux   de l’océan des souffrances….

sutra-lumiere-doree

* Merci à la Sangha de Lama Zopa, qui a réalisé la seule traduction française que j’ai trouvée sur Internet.

http://cdn.fpmt.org/wp-content/uploads/teachers/zopa/advice/pdf/GLSCCfinal506.pdf?x30550

** Rajagriha : une des villes importantes  de la vie du Bouddha : voir par exemple : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rajgir

Images : http://dubaisrilanka2013.blogspot.fr/2013/01/gal-vihara-rock-temple-of-buddhas.html

parinirvana3

Parinirvana Soutra

Le Bienheureux dit :

« Qu’attendez-vous encore de moi, ô Ananda, pour la communauté des bhikkhus ?   J’ai enseigné la Doctrine sans faire aucune distinction entre l’ésotérique et l’exotérique. Dans les enseignements du Tathagata, ô Ananda, il n’y a rien de semblable au poing fermé du maître. (…)

Je suis arrivé à la fin de mes jours. Je suis âgé de quatre-vingts ans. Tout comme, ô Ananda, un vieux char ne peut continuer à servir qu’à grand renfort de courroies, je perçois que le corps du Tathagata ne peut marcher qu’à l’aide de soins ».

C’est seulement quand le Tathagata, sans attention à aucune image mentale, demeure dans la « concentration mentale dépourvue de tout signe indicatif » dans laquelle toute sensation a cessé d’exister, c’est seulement alors que le corps du Tathagata est à l’aise. Demeurez donc, ô Ananda, en faisant de vous-même votre île ; demeurez faisant de vous-même votre refuge, mais de personne d’autre. Demeurez en faisant de la Doctrine votre île, demeurez en faisant de la Doctrine votre refuge, mais de rien d’autre.

Quand le troisième quartier de  la nuit approcha, le Bouddha  demanda trois fois à ses disciples s’ils avaient des doutes sur l’enseignement ou sur la discipline. Les bhikkhus restèrent silencieux.                      

« Personne, Ananda, n’a de doutes. Tous atteindront au final l’Illumination “.

Le Bouddha prononça alors ses dernières paroles :

 » Ecoutez, Bhikkhus : tout ce qui est composé est impermanent, sujet à la décomposition, et à la mort. Travaillez avec diligence à votre libération “.

Parinirvana

Quand il arriva à Koushinagara avec ses disciples, le Bouddha alla dans le bois de Sala dont le propriétaire, un chef de caravanes marchandes, avait pour lui une grande dévotion. Là, entre deux paires d’arbres d’une taille inhabituelle, Shakyamouni se coucha sur le côté droit, dans la position du lion, le visage tourné vers le Nord.

Comme approchait la troisième veille de la nuit, le Bouddha demanda par trois fois à ses disciples s’ils avaient encore des questions à poser sur ses enseignements ou sur les règles de discipline. Devant leur silence, il prononça la célèbre exhortation :

« L’impermanence est inhérente à toutes choses. Travaillez à votre propre liberté avec diligence ».

Ensuite, passant par les différents états d’absorption méditative, Shakyamouni entra en Mahaparinirvana.                

  La terre trembla, des étoiles filantes traversèrent le ciel, le ciel s’enflamma dans les dix directions et une musique céleste emplit l’espace.                parinirvana4

Le corps du maître fut lavé, revêtu de robes monastiques, enveloppé de mille linceuls et placé dans un cercueil de matières précieuses.

http://www.matthieuricard.org/blog/posts/kusinagar-le-lieu-ou-le-buddha-atteint-le-parinirvana

Sur le site actuel on trouve le Temple du Nirvana et le Stoupa construit plus tard sur le site du Parinirvana, ainsi que les ruines de plusieurs monastères.

Le Parinirvana du Bouddha

fleurs-arbre-sala  « Il est dit que lorsque le temps de sa mort approcha, le Bouddha s’allongea sur un lit préparé entre deux arbres Sala, la tête vers le nord, et le visage vers l’ouest, sa main droite servant d’oreiller.

A ce moment-là, les fleurs s’épanouirent, et commencèrent à tomber pour le recouvrir.

L’histoire raconte comment de nombreux disciples, hommes et femmes de tous âges, et aussi oiseaux et  animaux se rassemblèrent soupirant de tristesse.             

Le Bouddha donna son dernier discours, exposant la Loi fondamentale : même si le corps physique meurt, le Dharma n’est pas relié au temps : pour voir le Bouddha, il suffit de voir le Dharma.

Ainsi enseigna-t-il à ses disciples les Préceptes et la façon de conserver la Voie du Bouddha ».

Ce sermon est appelé en japonais Yuikyogo, le dernier Enseignement de Shakyamuni Bouddha.

www.treeleaf.org

Traduction : Jôshin Sensei

Réflexions sur le Dharma du Bouddha

Les écrits bouddhistes sont les mots du Bouddha, mais ce n’est pas tout. Ils sont le Dharma. C’est à dire que ce sont plus que des textes.

Ce sont un Refuge.

Le Dharma signifie aussi Réalité, avec un « R » majuscule, ou Vérité avec un « V » majuscule. Le Dharma, comme la Réalité est la façon dont sont les choses, différente des façons dont nous percevons le monde à travers le prisme de nos propres illusions et nos impressions.                     

C’est une Réalité à laquelle nous devons nous éveiller, comme le Bouddha, l’Eveillé, l’a fait.         C’est une Vérité dont la connaissance nous rend libres.

Les bouddhistes (des différentes Ecoles) ne se sont pas mis d’accord sur la nature de cette Réalité et non plus sur les contours de cette Vérité qui nous libère, mais ils sont tous d’accord pour dire que ce que le Bouddha a enseigné -son Dharma- est ce qui nous donne la vision de la Réalité -le Dharma- et que lorsque nous voyons les choses comme elles sont, nous sommes libérés de la souffrance et des bouleverse-ments dans lesquels nous vivons.

Ces deux significations du  terme Dharma signifie que les Enseignements du Bouddha sont vus comme reliés à des « faits » que nous devons connaître.

Par exemple : Les cinq faits sur lesquels chacun doit réfléchir souvent, que l’on soit un homme ou une femme, ordonné ou laÏc. Ce sont :

« Je suis sujet au vieillissement, je ne suis pas au-delà de vieillir… »

« Je suis sujet à la maladie, je ne suis pas au-delà de la maladie »

« Je suis sujet à la mort, je ne suis pas au-delà de mourir »

« Je vais changer, et être séparé de tout ce qui m’est cher »

« Je suis le possesseur de mes actes (karma), l’héritier de mes actes, né de mes actes, lié à mes actes, j’ai mes actes pour arbitre ? Quoique je fasse, en bien ou en mal, de cela je serai l’héritier… »

« Voilà les cinq faits sur lesquels chacun doit réfléchir souvent,

que l’on soit un homme ou une femme, ordonné ou laïc ».

Anguttara Nikaya V.57

Le Dharma consiste en trois parties :

1. Le Dharma qui doit être étudié, comme dans les textes des écrits bouddhistes, et tous les textes qui y sont associés, comme les commentaires.

2. Le Dharma qui doit être pratiqué, c’est à dire en vivant comme le Bouddha l’a enseigné.

3. Le Dharma qui doit être réalisé, c’est à dire s’éveiller, faire l’expérience soi-même de la Réalité, reconnaître comment sont les choses. C’est le Dharma transcendant, et comme toute expérience, il dépasse de loin les mots qui pourraient le décrire.parinirvana

Chaque Dharma conduit au suivant ; nous ne savons vraiment ce que nous étudions que lorsque nous le mettons en pratique. Certains textes nous mettent en garde : ne pas en rester à l’étude des textes sans aller là où ils nous emmènent :

« 64. Même si un fou passe toute sa vie près d’un sage, il n’approche pas plus la Vérité que la cuillère ne connaît le goût de la soupe.

65. Si une personne avisée s’associe avec une personne

sage, même un court moment, elle approchera rapidement la Vérité, tout comme la langue connaît le goût de la soupe ».

[Dhammapada 64-65]

Bien sûr, même si cet avertissement est clair, nous n’avons pas à être des Bouddhas pour étudier les écrits bouddhistes ; tels que nous sommes nous pouvons en apprendre beaucoup grâce à eux, tant sur le Bouddhisme que sur nous-mêmes.

Extrait du Mooc d’Harvard : Buddhism Through Its Scriptures.                       Traduction : Jôshin Sensei

N°224 – Janvier 2017

semerveiller1Au sommaire de ce numéro :

semerveillerok
Pour une année légère – Jôshin Sensei
Enfants de la création – P. Rahbi
Que passe la lumière… Jôshin Sensei
Pour une année légère (suite)
– Jeûne, Françoise
– Excuses,A.C.
– La prison du désir – Ananda Baltrunas.
Consultez les résultats de l’enquête sur les lecteurs de Daishin en suivant ce lien : https://goo.gl/5bxint

Illustrations :
Photos : Jôshin Sensei
Houseofkingsandpriests
Dessins : cookies http:www.everydaypeoplecartoons.com/
« OUI » : Yvon

Le programme de Joshin Sensei et de La Demeure sans Limites.

 La Demeure sans Limites est fermée jusqu’en avril.
  • Journée avec Jôshin Sensei
    – Paris : samedi 14 Janvier
  • Zazen ensemble : jeudi 12 & samedi 28 janvier
Bonne idée, s’inscrire à : https://framadate.org/R5W9gAcmwR6WKQH8

 




2017, Nouvelle année, allégez-vous !

semerveiller-smallVous pourriez :

 

 

 

  • vider vos placards et donner la moitié de ce que vous y trouverez,
  • décider qu’au moins un jour par semaine vous n’allumerez ni portable ni ordi,
  • manger moins,
  • oublier la viande une semaine sur deux,
  • faire le ménage dans votre tête : qu’y a-t-il que vous pourriez laisser partir… ?
  • par exemple lâcher vos vieilles rancunes, vos colères, votre apitoiement sur vous-même,
    dire pardon, à vous d’abord tout haut, à d’autres sans doute   ensuite tout haut ou tout bas,
  • penser à remercier tous les jours, pour tout ce qui vous a été donné, regardez bien, vous allez trouver tant de choses,
  • respirer ou tout au moins vous apercevoir que vous respirez,cookie
  • pratiquer le « pausing » au milieu de votre travail, dans le métro, en arrivant chez vous, quand l’irritation monte,
  • sourire quand une voiture vous fait une queue de poisson, quand quelqu’un passe devant vous à la poste, quand la dernière place de parking vient d’être prise sous votre nez, quand il pleut et qu’une voiture au passage vous éclabousse de la tête aux pieds,
    réussir enfin à mettre zazen régulièrement dans votre quotidien, ce qui fait que toutes les résolutions ci-dessus seront accomplies sans effort,
  • vous sentir si bien en étant tellement plus léger que vous vous demanderez pourquoi vous avez tant attendu pour changer votre vie…

Jôshin Sensei     

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Enfants de la création

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Il y eut aussi des êtres humains que le discernement éveilla au respect. Ils éduquèrent leur progéniture en lui disant :

« Sachez que la création ne nous appartient pas, mais que nous en sommes les enfants.
Gardez-vous de toute arrogance, car les arbres et toutes les créatures sont également enfants de la création.
Vivez avec légèreté, sans jamais outrager l’eau, le souffle ou la lumière.
Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez-en de la gratitude.
Lorsque vous immolez un animal, sachez que c’est la vie qui se donne à la vie, et que rien ne soit dilapidé de ce don.
Sachez établir la mesure de toute chose. Ne faites point de bruit inutile.
Ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement.
riviereSachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu’ensemble ils enfantent, et que l’oiseau porté par le souffle est un messager du ciel autant que de la terre
Soyez très éveillés lorsque le ciel illumine vos sentiers, et, lorsque la nuit vous rassemble, ayez confiance en elle, car si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage sur ses pirogues de silence, jusqu’aux rives de l’aurore.
Que le temps et l’âge ne vous accablent pas, car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos jours amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux,   pour ensemencer les siècles ».

Pierre Rabhi.
« Vers la sobriété heureuse ».

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Que passe la lumière…

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« Comme une goutte de rosée sur une feuille de lotus, disparue au soleil du matin… »

La fragilité de la vie humaine  est au cœur des enseignements du Bouddha :
fragilité de ce corps, soumis à   la maladie, la vieillesse et à la mort ;
fragilité de notre esprit, toujours changeant, souvent insatisfait, courant de ci de là, qui veut une chose, puis une autre…
C’est ce que nous appelons la première Noble Vérité :  nous voulons être heureux, mais la souffrance fait partie de notre vie. Toutefois, la conclusion que le Sage de l’Inde en tire n’est pas, comme on l’a parfois compris en Occident, pessimiste ou négative, au contraire.
Parce que nous sommes fragiles, nous pouvons donner plus de prix à cette vie ;
chaque moment est unique et chaque rencontre une découverte.houseofkingsandpriest
« Voyez-vous ce verre ? demande un Maître de méditation thaïlandais.
Il est si beau quand il reflète la lumière ! Si je l’effleure, il chante merveilleusement.           Pourtant je comprends qu’il est déjà cassé. Quand le vent, ou le coude de quelqu’un, va le faire tomber, je dirai « Bien sûr ». Mais parce que je comprends que ce verre est déjà cassé, chaque minute avec lui est précieuse ».
Une vérité de la vie est qu’elle est solide, faite de sentiments et de choses durables.
Mais une autre vérité de la vie est qu’elle repose sur l’éphémère et que les sentiments et les choses passent, se brisent ou se transforment.
Vérité difficile à entendre, peut-être plus encore pour notre société.
Fragilité du corps : «Restez jeunes, Restez en bonne santé» ! nous intiment la publicité, les médias. La médecine nous promet de vaincre toutes les maladies, et ainsi de nous faire gagner des années et des années de vie supplémentaires : qui n’en voudrait pas !
Et pourtant, malgré notre hubris, petit à petit, la maladie, la fatigue, les changements du visage et du corps nous rappellent que notre vie humaine est mesurée. Allons-nous considérer ce passage comme un problème à résoudre, un échec personnel, ou saurons-nous en faire une richesse ?

Si la fragilité était en fait une force qui nous entraîne, comme le flot d’une rivière s’élançant vers l’océan ?  Alors, notre tâche, en tant qu’être humain, serait d’en accepter les conséquences : chaque vie est précieuse.

Prenons soin de notre corps, non pas dans le rêve de le voir durer à jamais, mais parce que c’est à travers ce corps que nous pouvons rencontrer et aider les autres.
Et quand nous nous rapprochons du seuil de notre vie, sachons aussi nous laisser aider.

Acceptons notre fragilité, acceptons d’être l’occasion pour l’autre de donner à son tour, et de prendre soin de nous. Oui, c’est difficile, mais nous reconnaissons ainsi que toute vie est échange, que toute vie est à la fois plénitude et manque.
theIl est au Japon un moment de rencontre tout à fait spécial, celui de la cérémonie du thé : moment de partage silencieux, d’harmonie et de sérénité. Chaque objet utilisé, le bol, la boîte à thé, la petite cuillère qui sert à mesurer la poudre verte, est choisi par l’hôte pour la beauté qui se découvre dans ce qui est un peu abîmé, un peu « raté » : une coulure dans l’émail, une irrégularité dans le bois : là apparaît la main de l’artisan, là apparaît la vie. L’imperfection est la marque de l’humain, elle devient beauté quand nous savons l’accepter.

Que serait un visage qui ne marquerait pas le passage du temps ? Un visage sans de petites rides du rire au coin des yeux, un pli de tristesse autour des lèvres, la réflexion inscrite sur le front ?
Lorsque je suis en face de vous, dans ce « face à face », il y a rencontre : de ma fragilité à la vôtre, de la totalité de ma vie à la vôtre, et dans cette rencontre, c’est l’éphémère de notre vie humaine que nous reconnais-sons.
C’est là ce qui lui donne son  prix ; je peux  admirer les montagnes, être émerveillée   par l’immensité d’un désert, mais c’est par la vulnérabilité d’un enfant, par la maturité   d’un visage ami, par la faiblesse d’une personne âgée que je suis émue. Ce qui me relie à vous,    à tous les êtres humains, c’est cette fragilité du corps et de l’esprit.
Car je les sais fragiles mes résolutions, mes engagements ; je me suis vue prendre des chemins tortueux qui m’éloignaient de mon but et  trop souvent faire le contraire  de ce que je désirais vraiment. Mais si j’étais parfaite, sans failles, telle un juge de pierre, quel besoin aurais-je d’un chemin spirituel, quel besoin aurais-je des autres ?

bontehumaineParce que je m’appuie sur vous, parce que vous vous appuyez sur moi – parce que notre fragilité nous oblige à chercher et à accepter de l’aide, nous marchons ensemble. Je sais que la fragilité et la mort font partie de ma vie et de la vôtre, et que l’amour et la compassion sont les seuls guides sûrs de ce merveilleux chemin.

Comme l’exprime si bien Léonard Cohen, longtemps disciple du bouddhisme, dans une de ses chansons : «   Oubliez la perfection. Il y a une fêlure dans toute chose. C’est à travers elle que passe la lumière… »

Jôshin Sensei (La Vie, les Essentiels).

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Année légère (suite)

semerveiller-smallJeûne :

Jeûner pour le  climat,
jeûner pour la   planète.
Jeûner pour tous ceux, êtres vivants de tous poils, de toutes plumes et de toutes feuilles, qui sont victimes de son dérèglement.
Jeûner pour tous ceux qui ont tout perdu et bien plus encore, et qui partent à la recherche, au péril de leur vie, d’un peu de sécurité, d’une existence peut-être un peu meilleure et d’un ailleurs qu’ils espèrent moins hostile.

Mais aussi jeûner pour tous ceux qui souffrent – dans la rue, dans la solitude de leur foyer, à l’hôpital. Jeûner pour ceux qui, contrairement à moi ce matin, n’auront pas reçu une mauvaise et une bonne nouvelle : oui, mon père a fait un malaise et il est hospitalisé, mais ça ira.
Pour cette fois, ça ira. Il va bien. Les médecins veulent juste s’assurer qu’il va bien, que ça ira – pour cette fois, ça ira.

Jeûner et prendre patience en écoutant ma mère m’énumérer tous les scénarios catastrophes que j’étais arrivée à écarter de mon esprit – ceux qui auraient pu se produire, ceux qui pourraient encore venir.

Prendre patience et essayer de mobiliser des trésors d’affection pour apaiser la peur.
La mienne, la sienne. La leur.
Pas de sentiment d’injustice, non.
Juste l’impression d’avoir eu, d’avoir, beaucoup de chance. Parce pour cette fois, ça ira.

Françoise

semerveiller-small
Excuses :

Un ancien élève du collège est venu pour s’excuser auprès des professeurs, de l’attitude qu’il avait pu avoir envers eux.
Il nous a dit également son regret pour la dernière parole prononcée devant notre collègue décédée l’an dernier.
Je l’ai invité à écrire au fils de cette dernière…

Il arrive assez souvent que d’anciens élèves viennent nous voir, mais c’est la première fois que c’est dans l’intention de s’excuser. J’en ai été profondément touchée.   A.C.

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La prison du Désir :

Que se passe-t-il  si vos pensées sont trop douloureuses à supporter ?

Chaque jour des vingt années que j’ai passées en prison pour vol à main armée, j’ai entendu utiliser le mot « liberté » sans cesse, comme si c’était une prière.
Pour nous tous, les condamnés, cela signifiait la même chose : être dehors, être de retour dans le monde.
Cette merveilleuse sensation de liberté- elle occupait toutes nos journées, nos rêves, notre imagination. Et malgré toutes ces discussions sur la liberté, peu d’entre nous voyaient qu’ils étaient déjà enfermés longtemps avant d’être arrivés en prison.

Des années entières de ma vie s’étaient passées dans la prison de mes propres désirs et de mes propres aversions : je prenais de la drogue, de l’alcool, et des relations toxiques comme si c’étaient de l’aspirine.

J’ai résisté à la pratique de la méditation pendant mes premières années de vie en prison pour la simple raison que je ne pouvais pas être seul avec moi-même. La douleur de voir ce qu’il y avait dans mon coeur était trop grande.
Je pouvais plus facilement m’y retrouver dans le monde de la prison que dans le cloaque qu’était mon propre coeur. Je ne pensais qu’au carnage, qu’à la violence, au sexe, à la drogue. Dans ma tête, je tuais, violais, volais, mutilais. Je ne voulais pas rester seul avec cette personne.

gasshoDes années ont passé et finalement j’ai trouvé le courage de faire face à moi-même, pensant que je pourrais manipuler mon esprit. Je m’asseyais pendant des heures tout en essayant d’éloigner de mes pensées les souvenirs angoissants du passé, les plaintes, l’amertume et la violence.

Que je n’aie aucun contrôle sur mes pensées ne m’était pas venu. Je ne pensais pas mes pensées, elles se pensaient elle-mêmes.
Quand je réalisai cela, je fus profondément soulagé. Les pensées n’étaient pas moi, et quel que soit le jugement que je pouvais porter dessus, il n’était pas nécessaire.
Ma responsabilité était seulement de m’asseoir avec elles, sans raison, sans agenda, sans jugement.
Quand je cherche la liberté maintenant, je ne la trouve pas dans les rêves, ni dans mon imagination, mais dans ma pratique de l’assise. Quelle sorte de liberté existe dans le fait de ne rien faire ? C’est la liberté de ne pas interférer ni réagir.

C’est la liberté de simplement observer. Je n’ai pas à juger le trauma qui s’élève dans mon esprit. Je n’ai pas à entrer dans les centaines de récits qui vont essayer d’occuper mon esprit pendant la journée. En ne m’accrochant pas aux pensées et aux idées, aux désirs et aux envies, aux ressentiments et aux colères, mes pensées et émotions les plus négatives ont disparu dans une espèce de brume qui s’élève toujours mais ne domine plus ma vie. J’ai trouvé la liberté : c’est la liberté du non-attachement, la liberté de ne pas se cramponner ni résister. C’est la liberté qui me permet d’être avec moi.oui-merci

Ananda Baltrunas est un vétéran de la guerre du Vietnam ; il a accompli une peine de 20 ans dans une prison de haute sécurité en Illinois. Il en est sorti en 2003. Ordonné prêtre dans l’Ecole de la terre Pure, il habite à l’Udumbara Sangha Zen center en Illinois.

Traduction :
Jôshin Sensei

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