Il y a une quinzaine de personnes à la Demeure sans Limites, presque tous des pratiquants bouddhistes de longue date.

Dialogue avec Jôshin Sensei.

Première question, qui ici est vegan ?
Une personne en cours de changement pour strictement vegan.

Végétarien ?
Six personnes

Et des personnes qui y pensent, qui essaient d’aller vers le végétarisme ? Cinq personnes.

Dans les personnes strictement végétariennes, qui était déjà végétarien avant de s’engager dans la Voie ?
Quatre  personnes.

Pour quelles raisons ?
En partie raisons de santé, mais aussi pour l’écologie, et devant la souffrance animale. Beaucoup de personnes semblent avoir été marquées par les images vues au cours de l‘épidémie de la «vache folle».

Si vous avez changé, après votre engagement dans le bouddhisme, qu’est-ce qui vous a décidé ?
La prescription « Ne pas prendre la vie « ?

S : Moi j’avais changé un peu, mais pas tout à fait, mais le fait de venir ici, à La Demeure sans Limites, j’ai vu la variété de ce qu’on mange, j’ai vu que j’étais en forme, presque plutôt moins fatigué, et ça m’a aidé à changer. Après aussi quand je pense à la souffrance animale et tout ça..

Est-ce que vous dites toujours que vous êtes végétarien ? et vous en donnez la raison ?
J : quand je suis invitée par des personnes qui mangent de la viande, je mange comme elles.
P : Moi je ne mange jamais de viande, je préviens les personnes à l’avance.
Autres personnes :  nous mangeons ce que les personnes nous offrent.

Et ces personnes qui vous invitent, savent-elles que vous êtes végétarien ? Bouddhiste ?

M : Non, ils savent que je mange bio mais pas plus.
La plupart des personnes approuvent.  Selon quelques personnes, quand les gens font attention, ce sont les amis mais au travail pas du tout.

J:  Dans mon expérience, aussi bien au travail que dans d’autres circonstances, les gens n’associent pas du tout bouddhisme et végétarien.

S : Souvent les personnes s’inquiètent quand je dis que je suis végétarienne, ils pensent que c’est un problème pour la santé.

Pourquoi ?  Vous n’en parlez pas ?
P : Ça dépend, c’est assez personnel, pas toujours facile.

Et est-ce qu’il y a des gens qui vous posent des questions sur votre choix ?

P : Souvent pour savoir si c’est par conviction philosophique ou pour des raisons de goût ou de santé.

Et qu’est-ce que vous leur dites ?
B : Que c’est à la fois pour le bouddhisme et pour l’écologie. C’est comme ça que je le comprends.

D : Moi depuis plusieurs années je n’achète plus du tout de viande pour moi, ni quand il y a des enfants qui viennent, mais quand il y a des personnes qui viennent manger, parfois je fais de la viande. Mais j’explique que manger des animaux assassinés ça me dégoûte, que je suis très triste de ne pas arriver à maitriser toujours l’appétence que j’ai pour la viande ou la charcuterie, et je sais aussi que du point de vue écologique, il faut absolument arrêter de manger de la viande.
Presque tout le monde donne des raisons écologiques. C’est plus facile, c’est socialement plus acceptable, et c’est aussi une conviction.
bol-nourritureMais vous ? Avez-vous dit : « C’est seulement parce que je suis bouddhiste que je ne mange pas de viande ? »
B : Je peux le faire avec les gens que je connais et qui me connaissent bien ; sinon je mange ce qu’on me donne… »

M : Moi je ne sais pas si les moines bouddhistes ne mangeaient pas de viande : on dit que le Bouddha est décédé d’avoir mangé de la viande avariée qui lui avait été offerte.

Sensei : oui, c’est vrai les moines  et nonnes étaient des mendiants, comme on le voit encore en Asie du sud-est,  ils passent avec leur bol et les personnes les remplissent. Ce ne serait pas juste de dire attendez,  il faut trier, je veux bien ceci mais pas cela… donc ils mangeaient tout ce qui leur étaient donné.
Mais il y a une règle qui existe toujours : on ne doit pas tuer un animal pour vous.

J : Dans certaines cultures, c’est très difficile à expliquer… moi quand j’ai dit cet été que c’était mon anniversaire, la famille chez qui j’étais a absolument voulu tuer un poulet, et j’ai eu beau m’expliquer, ils l’ont fait…

Sensei : Oui mais  c’est vrai mais ce n’est pas toujours comme cela, et puis en occident nous avons un grand choix d’aliment à notre disposition. Nous sommes responsables de ce que nous mangeons. Et bien sûr cela pose la question : est-ce qu’aller manger chez des gens, c’est l’équivalent de « tendre son bol » pour un monastique ? Est-ce qu’on va tout accepter par gratitude, ou parce qu’on n’ose pas dire qu’on est bouddhiste ? Parce que c’est très difficile d’être différent… la nourriture, c’est vraiment une identité partagée, et se mettre en dehors, ça peut être ressenti comme un refus, presque une violence.  Sauf si on parle de santé, bien sûr, aussi un peu de bio, de condition animale, là c’est un peu entendu, mieux accepté. Qu’en pensez-vous ?

bouddhisme-vegetarianismeC : Quand j’étais jeune, j’étais végétarienne, mais mon mari est très carnivore, et mon fils aussi… je cuisine, et j’en mange un peu…
L : A la maison, plus généralement nous essayons de faire attention aux insectes, aux petites bêtes. Le midi, je mange seul, jamais de viande, mais le soir, en famille ce n’est pas si simple. Je n’ai pas de réponse, c’est un grand sujet qui travaille dans ma tête, d’autant que je dois dire que j’ai plaisir à manger de la viande… ! (rires).

M : Moi  je vis seul donc je peux choisir, et je peux manger végétarien à mon travail le midi… c’est peut être mieux accepté en Allemagne…

P : C’est vrai qu’en France avec l’importance mise sur les repas,   c’est mal vu, on se coupe des autres, on refuse, on a l’air de les juger… c’est comme ça que les gens le ressentent.

C : Oui, on ne fait plus partie du groupe, on devient extérieur.

J : Oui, moi aussi, on m’a dit « Tu n’es pas spéciale, si ? », c’était assez agressif, parce que les gens s’étaient sentis agressés, je crois.

bouddha-animauxI : Moi je m’étais convaincu par mes lectures que manger de la viande, c’est mauvais pour la santé, pour la planète, et après, la pratique de la Voie, ça m’a renforcé dans l’idée d’être végétarien. Le problème c’est quand je vais chez ma mère ! Elle fait de la cuisine traditionnelle, elle est sûre que je vais être malade si je ne mange pas de viande…  Et alors,  j’en mange chez elle, et j’en mange avec bonheur ! (rires)
Ah oui, je me souviens, quand je suis rentrée en France, parfois les gens me disaient, mais quand on ne vous voit pas, vous allez manger de la viande , non ?!
Je ne peux pas l’imaginer… en fait quand on ne me voit pas, je vais manger du chocolat… (rires)

D : Pour revenir sur ce qu’on disait tout à l’heure, ça me paraît difficile de dire : « Ce que vous avez préparé, je ne le mangerai pas ». Ce que j’ai compris, avec mes enfants comme au travail, c’est qu’il faut être très clair : si on en mange de temps en temps, alors pour les gens, c’est qu’on en mange, on ne peut plus dire non ensuite.
Alors en conclusion, on peut demander, est-ce qu’il y a une réponse générale, ou est-ce qu’on trouve une réponse au coup par coup ?
On comprend bien que si on peut,  on prévient les personnes, mais sinon, ou si elles refusent, peut être qu’il faut « recevoir avec reconnaissance tout ce qui est donné »…

L’autre question dont nous pourrions parler une autre fois, c’est l’alcool… Comment faites-vous avec les apéritifs, le vin, etc, et « Ne pas prendre de boissons ou d’aliments intoxicants… »

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