Tête bouddha ficusPenser comme une montagne : l’humanité est alors perçue comme n’étant que le stade le plus récent   de votre existence, et lorsque vous cessez de vous identifier exclusi-vement à ce moment, vous commencez à entrer en contact avec vous-même en tant que mammifère, en tant que vertébré, en tant qu’espèce qui n’est sortie que récemment de la forêt tropicale. Quand le brouillard de l’amnésie se disperse, votre relation aux autres espèces et votre responsabilité envers elles se transforment.

 Ce qui est décrit ici ne doit pas  être considéré comme purement intellectuel. Pour certaines personnes, ce changement de perspective découle de l’action en faveur de notre mère la Terre. 

     « Je protège la forêt tropicale « , devient « Je suis une partie de la forêt tropicale qui me protège, je suis cette partie de la forêt tropicale qui a récemment accédé à la pensée « . 

Quel soulagement alors ! Les milliers d’années de séparation que nous imaginions entre elle et nous disparaissent et nous commençons à nous rappeler notre vraie nature. 

Ce changement est un changement spirituel,  « Penser comme une montagne » que l’on peut appeler « écologie profonde « .

Je suis cette partie de la forêt tropicale qui a récemment accédé à la pensée.

Au fur et à mesure que votre mémoire s’améliore, que les implications de l’évolution et de l’écologie sont intériorisées et remplacent les anciennes structures de votre esprit, vous vous identifiez avec toute vie, et vous prenez conscience que la distinction entre « vivant » et « sans vie » est une construction humaine. 

Chaque atome de ce corps existait avant l’apparition de la vie organique il y a 4.000 millions d’années.          Vous souvenez-vous de notre enfance en tant que minéraux, en tant que lave, en tant que roche ? 

Les roches contiennent la potentialité de se métamorphoser : nous sommes les roches qui dansent. Pourquoi les regardons-nous de haut avec un air condescendant ? Ce sont elles qui sont notre partie immortelle.

Si nous entreprenons ce voyage intérieur, nous pouvons constater que nos actions en faveur de l’environnement sont purifiées et renforcées par cette expérience. Nous avons trouvé la partie de notre être que les mites, la rouille, l’holocauste nucléaire ou la destruction du patrimoine génétique de la forêt pluviale ne peuvent pas corrompre.

Dans cette nouvelle perspective, nous sommes toujours engagés à sauver le monde mais la peur et l’anxiété qui nous  motivaient commencent à se dissiper et sont remplacées par une prise de distance. 

Nous agissons parce que la vie est  la seule possibilité, et nous voyons que les actions d’une conscience désintéressée et moins troublée peuvent être plus efficaces. 

Les activistes n’ont généralement pas beaucoup de temps pour la méditation. 

Cet espace désintéressé que nous avons trouvé ressemble peut-être à la méditation, puisque certains enseignants bouddhistes nous rejoignent, et nous, nous les rejoignons. De toutes les espèces qui ont existé, on estime que moins de un pour cent d’entre elles existent aujourd’hui. Les autres ont disparu. 

Nous sommes les roches dansantes.

Comme l’environnement change, toute espèce qui est incapable de s’adapter, de changer, d’évoluer, s’éteint. Toute évolution se déroule de cette façon. C’est ainsi qu’un poisson, qui est votre ancêtre et le mien, a commencé à coloniser la terre.

L’espèce humaine est l’une des millions d’espèces menacées d’extinction imminente par la guerre nucléaire et les autres changements environnementaux. 

Il est vrai que la nature humaine révélée par les 12.000 ans d’histoire du passé n’offre pas beaucoup d’espoir de changement de nos manières guerrières, cupides et ignorantes. 

Mais l’histoire fossile beaucoup plus longue nous assure que nous pouvons changer. 

Nous sommes le poisson et la myriade d’autres prouesses de flexibilité, défiant la mort, qu’une étude de l’évolution nous révèle. Une certaine confiance (malgré notre humanité récente) est justifiée.  De ce point de vue, la menace d’extinction apparaît comme une invitation au changement, à l’évolution. 

Après un bref répit dans la main du potier, nous voici de nouveau sur la roue. Le changement qui nous est demandé n’est pas de devenir résistant aux radiations, mais de changer de conscience. 

L’écologie profonde est la recherche d’une conscience viable. 

Certes, la conscience a émergé et évolué selon les mêmes lois que tout le reste, mais l’esprit de nos ancêtres a été forcé à maintes reprises de se transcender sous les pressions environnementales.  

Stèle templePour survivre aux pressions environnementales actuelles, nous devons prendre conscience de notre héritage évolutif et écologique. Nous devons apprendre à « penser comme une montagne ». 

La menace d’extinction est la main du potier qui façonne toutes les formes de vie.

Si nous voulons être ouverts à l’évolution vers une nouvelle conscience, nous devons regarder en face notre extinction imminente due à la pression environnementale ultime. 

Cela signifie ne plus se cacher la vérité, à travers l’ivresse du mouvement ou l’agitation du désespoir ;  pour l’homme, dont la vie organique n’est qu’à un cheveu de sa fin, la course de 4.000 millions d’années est finie. Adopter une autre perspective, réaliser que les roches vont danser, et que nos racines sont plus profondes que 4.000 millions d’années peut nous donner le courage d’affronter le désespoir et d’émerger à une conscience plus viable, durable et en harmonie avec la vie.

Protéger quelque chose d’aussi vaste que cette planète est encore une abstraction pour beaucoup. Pourtant, il me semble que pendant notre propre vie, nous allons voir apparaitre le jour où le respect pour les systèmes naturels – les océans, les forêts tropicales, le sol, les prairies et tout le vivant – sera si fort qu’aucune idéologie étriquée basée sur la politique ou l’économie ne pourra le vaincre.

Comme l’écrit Arne Naess, le « père » de l’écologie profonde : « L’essence de l’écologie profonde est de poser des questions plus profondes….. 

Nous demandons quelle société, quelle éducation, quelle forme de religion est bénéfique pour l’ensemble de la vie sur notre planète vue comme un tout  ».

« Quand on pense 

comme une montagne, 

on pense aussi comme l’ours noir, de sorte que le miel coule 

sur notre fourrure pendant que nous prenons l’autobus 

pour nous rendre au travail ».

R. Aitken Roshi

Traduction : Yvon