Pour Dôgen Zenji et les bouddhistes zen au sens large, la Voie est l’ouverture à la myriade d’êtres et de phénomènes. Chaque être certifie  ma nature ultime, mais dès que je cherche à contrôler autrui, je m’illusionne, comme nous le rappelle cet extrait du Genjôkôan :

“ Aller au-devant des dix mille dharmas dans le dessein de les expérimenter et des les éveiller est illusion. C’est lorsque les dharmas nous poursuivent et nous pratiquent qu’il y a Éveil ”.

Lorsque le moi va au devant d’autrui en s’imposant naît l’illusion qui engendre notamment les compor-tements à l’origine de la destruction de notre planète et des êtres qui la peuplent. 

D’autre part, s’éveiller ne consiste pas uniquement à apprendre d’une autre personne. Lorsque l’on s’oublie soi-même, la myriade d’êtres et de phénomènes nous renouvelle maintes et maintes fois sans cesser de nous enrichir. 

Cette régénération continue ne se réduit pas à ressentir l’unité de l’univers. 

Ainsi, les étoiles dans le ciel des Tropiques miroitent dans l’azur de mon esprit et le vent frais libère mes oreilles. De telles expériences ne sont ni philosophiques ni l’apanage de la tradition orientale. (…) Dans la pratique consistant à communier ainsi, la troisième personne – il, elle – cède la place aux je et nous. 

Ainsi, quand Dôgen Zenji affirme que l’autre n’est autre que moi-même, il inclut les montagnes, les rivières et la terre. (…)

Cette empathie profonde est une manifestation de la compassion.            

Si nous revenons une fois encore au passage suivant du Sûtra du Diamant : “ Cultiver un esprit qui ne s’appuie sur rien ”, nous comprenons que “sur rien” renvoie au tréfonds de l’expérience la plus pure, en ses qualités de repos et de paix intérieure. “Cultiver” signifie “manifester” dans le sens d’ “être ferme dans ses positions” et contenir les dix mille phénomènes. Pour le pacifiste ou l’écologiste, le message du Sûtra du Diamant serait le suivant : “Depuis ce lieu de quiétude fondamentale, agissez en tant qu’hommes et femmes de paix. Manifestez-la là où on voudrait la détruire”.

R. Aitken Roshi Extrait de «Agir zen», Editions du Relié 2003

http://www.buddhawiki.fr/bwiki/bin/view/RevuesDharma/D48A20