Ces dix ou quinze dernières années, en Occident, le bouddhisme a gagné la réputation d’être « une religion du bonheur ». Cette idée a émergé en grande partie à travers la popularité du Dalaï Lama (et ses nombreux livres sur le sujet) et la popularité du mouvement de « l’ attention ».

La culture populaire américaine (et européenne) opère selon le principe du produit approuvé ou rejeté par le consommateur ; ce n’est donc pas étonnant que le dernier best-seller sur le bonheur soit le livre de Dan Harris, le nouveau présentateur de ABC News, « Ten Percent Happier ». (10% plus heureux).
Dans l’ensemble, les convergences et les recoupements entre le Bouddhisme populaire et l’Industrie du bonheur ont créé un récit à l’intérieur duquel le bouddhisme est obligé de rechercher une légitimité en tant que pourvoyeur de bonheur. Autrement dit, il ne peut être légitime dans les discours culturels que s’il appartient à la catégorie « Projet de bonheur ». De même, la poursuite du bonheur étant devenue une quête scientifique, le Bouddhisme est aussi devenu « une religion scientifique ».

L’Institut « Mind-Life », associé au Dalaï Lama est un avant-poste pour l’étude « scientifique » du bouddhisme, et l’étude scientifique du bonheur procuré par le Bouddhisme.
L’une des figures essentielles de cet institut est le moine Matthieu Ricard, dont on a dit qu’il est « L’homme le plus heureux du monde ».

Le récit qui s’est mis en place ces dernières années dit :  « Attention = bonheur = Bouddhisme = scientifique ».

Pourtant, dans tout le Canon pâli, le Bouddhisme distingue entre le bonheur mondain et le bonheur obtenu par le lâcher prise / la renonciation.
Le langage du Bouddha entrecroise les thèmes de « bonheur charnel »  et « plaisirs sensuels » pour expliquer la distinction entre ce qu’on pourrait appeler le bonheur durable et les plaisirs découlant de gratifications momentanées.

Mais les enseignements classiques du Bouddha sont perdus de vue lorsque la dynamique du Bouddhisme populaire s’appuie sur la définition et la poursuite du bonheur.  Le Bouddha n’a jamais présenté le bonheur comme un produit de consommation ou quelque autre produit de l’Industrie du bonheur, mais comme la fin de l’enchantement (des sens) et des passions, avec une « paix qui dépasse toute compréhension ».

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Mu Soeng in Budhadharma Winter 2016
Traduction : Joshin Sensei