Dire « oui » à coeur ouvert

Je voudrais proposer ceci : la pleine conscience -la véritable pleine conscience – c’est le cœur ouvert. Bien sûr, les puristes définissent la pleine conscience comme « le fait de prêter attention au moment présent, dans une disposition ouverte et curieuse ».

On peut dire que cette définition est un peu plate et qu’elle peut, par inadvertance, mettre le cœur hors de la pratique, pratique qui est en fait le cœur tout entier.

Je me souviens que dans la première année de ma pratique de la pleine conscience, je m’attachais à de subtils états mentaux de concentration.

J’étais immensément curieuse et étonnée par mon esprit mais, en secret, je trouvais la pratique un peu sèche, un peu dans la tête. J’ai alors passé quelques années à chercher en Inde des gourous, espérant un déclic de la bhakti (1) qui rendrait plus savoureuse ma pratique.

J’ai réalisé plus tard que je cherchais l’amour dans les mauvais endroits, hors de moi, au lieu de le chercher en moi. C’est alors que j’ai découvert que la pratique de la pleine conscience est le cœur ouvert-même.

Voici comment ça marche. D’abord vous démarrez sur le coussin (ou sur la chaise pour ceux qui n’ont rien d’un bretzel (2) et vous êtes là à expérimenter le moment présent, quel qu’il soit, bon mauvais ou laid. Vous pratiquez et vous acquérez quelque aisance. « Oh, je peux m’asseoir et être bien avec une douleur au genou, un dos qui fait mal et les nerfs en pelote ». Alors vous réalisez qu’être capable de pleine conscience signifie avoir un cœur ouvert. Ce n’est pas une théorie, c’est une compréhension réalisée dans le corps-esprit.Pourquoi est-ce ainsi ?

Parce que, assis là, heure après heure, vous apprenez à dire oui. Oui à votre respiration un peu laborieuse, oui à votre tête qui gratte, oui au gars avec la machine à ramasser les feuilles de l’autre côté de la rue, oui à votre chagrin, à votre souffrance, à votre honte, à votre grandiloquence et à votre peur. Pas parce que vous voulez influencer ces choses mais parce qu’elles sont vraies et fluctuantes et tout simplement parce qu’elles font partie de ce que vous êtes (sans être même la moitié de ce que vous êtes vraiment).

Votre système nerveux commence à se calmer ; enfin vous prenez conscience de la vérité des choses.

Dire oui signifie être attentif à notre expérience et l’accepter quelle qu’elle soit ; signifie ressentir notre corps quand il réagit fortement, ou être ému et laisser être tout ce que vous y découvrez.

Cela signifie revenir encore et encore à votre respiration.

Cela signifie voir que les pensées, les émotions et les sensations viennent et passent.

Vous dites oui à votre orgueil, à votre stupidité, à votre rage meurtrière. Bien sûr, vous n’agissez pas sur votre rage meurtrière mais vous lui permettez d’être vraie en vous. Cette pratique inclut tout ; rien n’est laissé à l’écart.

Vous découvrez que si vous rejetez, même un tout petit peu, ce que vous éprouvez, votre pleine conscience n’est pas totalement réalisée, pas tout à fait là. Elle est teintée d’aversion -même de façon subtile-. Alors, parfois, ne pouvant vraiment pas dire oui, vous dites oui au non : « Je déteste cela, je ne me sens pas bien mais en fait je me sens bien avec le fait de ne pas me sentir bien ».

Dire oui dans la pratique de la pleine conscience commence peut-être à déborder dans votre expérience quotidienne. Vous commencez par dire oui -avec conscience- encore et encore, oui quand ce type vous coupe la route en voiture, oui quand votre boîte mail est bourrée de spams, oui quand votre médecin a une heure de retard, oui même quand vous perdez une personne qui vous est très chère, ou un lieu, ou une chose. Vous dites oui à votre expérience du moment présent quelle qu’elle soit.

Vous ne rejetez plus votre cœur, vous ne le blindez pas d’une armure, non que vous soyez forcément d’accord avec ce moment-là ou que vous le souhaitiez à quiconque, ou que vous pensiez qu’il est désirable, mais vous dites oui parce que, quoique la vie apporte, ce n’est que cela, c’est la vie telle qu’elle est.

En disant oui, vous laissez descendre ce oui profondément en vous et vous pouvez avancer vers la prochaine chose juste avec force, équilibre et clarté.

Ma fille de six mois m’a réveillée pour téter toutes les heures cette semaine. Parfois je dis non, « Oh mon Dieu, encore ! mais qu’est-ce qu’elle a ? Quand pourrai-je me rendormir ? » A ce moment-là, la pleine conscience est une vague « bonne idée » dans mon cerveau privé de sommeil.

D’autres fois, quand elle pleure, je dis simplement oui, sans y penser. « Oui, ma chérie, régale-toi. Je suis avec toi. Je suis réveillée, et c’est comme ça ». J’écoute le silence de la nuit (rare à Los Angeles) et je l’écoute avaler et renifler doucement et je soupire que, oui, c’est la vie. Une paix profonde m’envahit.

Par cette pratique du oui, en prenant consciemment chaque moment avec la volonté d’accepter les choses comme elles sont, avec le désir d’être avec la vie -interne et externe- comme elle se déploie, vous pouvez regarder votre poitrine et réaliser que votre cœur est immense.

C’est une énorme malle, expansive, spacieuse, large ouverte, débordante de vêtements chauds, confortables et si familiers. Vous ouvrez encore et encore, vous êtes attentif encore et encore, vous dites oui encore et encore et après, avec le temps, le cœur consciemment ouvert, c’est de plus en plus exactement ce que vous êtes.

Diana Winston, Eté 2010 Buddhadharma Traduction : Marie-Claire Calothy, Anne Delagarde.

(1) bhakti : terme sanscrit signifiant dévotion.

(2) bretzel : petit biscuit formé du croisement de deux segments, qui peut rappeler la position des jambes en lotus.

Une année pour renoncer à “faire tenir” le monde

 

Lanterne-rougeNagarjuna décrit l’expérience de renoncer à tout. Renoncer à “faire tenir” le monde. Accepter que d’instant en instant tout s’effondre. Ce geste de renoncement est au cœur de la pratique méditative, jusqu’ à ses stades les plus avancés.  Mais il correspond aussi à une expérience tout simplement humaine que chacun d’entre nous a pu entrevoir à un moment ou à un autre de son existence.

Un jour, il se produit une rencontre, ou un livre, ou une chanson, ou une certaine lumière le matin au travers du feuillage, et soudain vous abandonnez, vous posez les armes.  Quelquefois cet abandon se produit à l’occasion d’une grande souffrance morale, d’une maladie, d’un grave accident, ou de la perte d’un être aimé.

Tout au bout de la douleur, arrive un moment où vous arrêtez de protester, de lutter, où vous acceptez la perte de tout point de référence. Tout au fond de vous, vous acceptez l’ inéluctabilité de la mort ; alors quelque chose craque, se rompt en vous, et vous délivre.

Que se passe-t-il lorsqu’on touche le fond, ou plutôt lorsqu’on arrête de chercher le fond des choses, qu’on réalise au plus profond de soi l’absence de fondement, la vacuité des phénomènes ?

Lorsque notre quête inlassable de solidité et de permanence s’arrête, « s’épuise » dit le sanscrit, il se produit un grand apaisement. Très étonnamment, dans cet état d’épuisement, de dénuement, s’ouvre un espace beaucoup plus vaste, ouvert et fluide que notre espace habituel. Lorsque nous abandonnons les points de repère qui nous permettent habituellement de structurer le monde, lorsque nous renonçons à tout espoir de trouver un fondement stable sur lequel prendre appui, alors la réalité redevient pleine.

C’est comme si le relâchement de notre prise sur le monde lui permettait de se déployer dans toute sa profondeur et dans toute sa richesse. Comme l’écrit F. Roustang : « Quand on ne peut plus rien, quand on ne sait plus rien, quand on ne veut plus rien, parce que tout s’est effondré, alors on soupçonne ce qu’est la vie ».

Le Chemin du Milieu  C. Petitmangin

Une année pour s’émerveiller : les 5 (petites?) illuminations 

  • Regardez ! Regardez la beauté, et l’espace… regardez le ciel, et les oiseaux, et le visage des autres, et la terre. Regardez avec vos yeux vos yeux humains, qui choisissent, et avec vos yeux de Bouddha, qui acceptent tout.

  • Faites confiance ! Confiance en votre force, confiance dans les autres, et surtout confiance dans les Trois Trésors.

  • Faites – vous confiance pour savoir reconnaître ce qui mène vers la lumière…

  • Soyez fragile ! Acceptez cette fragilité humaine qui fait que nous dépendons sans cesse des autres, comme ils dépendent de nous. Laissez naître la compassion devant cette fragilité, et accepter le fait que vous devrez recevoir autant que donner.Bouddha-transparent

  • Les gestes de la pratique ! Une photo d’une statue de Bouddha qui vous inspire, gassho devant l’océan ou une fenêtre ouverte, un temps pour remercier avant un repas, un sutra, quelques pas en silence, une respiration, le désir de partager cet instant avec tous les êtres …

    Joshin Sensei

Programme et Uposatha

Lanterne-rougeJoshin Sensei :

La Demeure sans Limites est fermée du 2 janvier au 28 février 2021. Nous vous souhaitons un bel hiver en attendant de vous retrouver, en présentiel, à compter du 1er mars prochain ».

Uposatha : Lune nouvelle : mercredi 13 Pleine lune : jeudi 28 Nous rejoindre : https://framadate.org/PhPGv8s7rKoiiox1