Cerisier-vignetteUne phrase me touche beaucoup dans les anciens sutras indiens. Quand le Bouddha expose un point de la doctrine, les auditeurs, moines ou laïcs, disent : « C’est très bien, Bienheureux, c’est comme allumer une lampe dans les ténèbres » .

La parole du Bouddha qui allume une lampe dans les ténèbres, c’est une image qui m’a touchée. Cette image va être extrêmement développée dans le Mahayana. Déjà le terme d’ignorance c’est-à-dire Avidya en sanscrit « non connaissance », est traduit par : Mûmyo, ce qui s’écrit : non-lumière.

 Au début, lorsque nous entrons dans la Voie, nous sommes dans mûmyo, il n’y a pas de lumière. Nous sommes dans les ténèbres, dans l’ignorance, au sens bouddhiste, c’est à dire l’ignorance de notre véritable nature, de notre véritable moi.

De plus, nous pensons voir un moi là où il n’y a pas de moi, voir une réalité dans ce qui est irréel ; on dit aussi « prendre pour plaisir ce qui est source de douleur « . Puis nous commençons à pratiquer zazen et zazen est comme une lampe qu’on apporte dans les ténèbres.Bouddha autel

Cela paraît simple. Pourtant, et c’est vraiment un retournement merveilleux de Maître Dôgen dans le Shobogenzo : que se passe-t-il, imaginez, si vous projetez le rayon d’une lampe dans les ténèbres ? C’est une chose que je connais bien car cela m’a vraiment frappé quand je l’ai vu les premières fois.

Comme vous le savez, j’ai habité à Zuigakuin, un temple où il n’y a pas d’électricité et lorsque l’on vit plusieurs années sans électricité, on est plongés dans une autre approche par rapport à la lumière- on ne la voit plus de la même façon. Pour circuler dans le temple, on prend souvent une lampe de poche.

Que se passe-t-il lorsque vous allumez une lampe dans une pièce, dans un endroit sombre ? Si vous en avez l’expérience, vous verrez que l’obscurité devient plus obscure.

Quand le rayon de votre lampe illumine l’obscurité, eh bien, autour de la lumière, tout devient aussitôt encore plus obscur. Maître Dôgen dit que zazen, c’est complètement comme cela : au départ vous êtes dans l’obscurité et vous ne savez même pas que c’est l’obscurité puis vous allumez une lampe, c’est zazen, et cette lampe nous fait voir l’obscurité de notre ignorance.

Non seulement zazen nous fait voir notre ignorance mais il nous en fait voir l’obscurité encore plus obscure ! C’est le début de la non-ignorance : voir son ignorance.vPlutôt que de penser que faire zazen, ce serait tout d’un coup ne plus voir que la lumière : c’est au contraire mieux voir, à la fois la lumière et les ténèbres.

 Notes d’une retraite sur  » Maître Dogen et la Lumière Merveilleuse « . Joshin Sensei

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