Daishin n°238 – Avril 2018

kannonअवलोकितेश्वर Avalokiteshvara
Kannon de son nom japonais

Un numéro sous le signe de Kannon, avec le Patriarche Keizan Jokin qui la vénéra tout au long de sa vie, lui qui fit tant pour les nonnes de l’Ecole Soto.
Avec Kannon, parce qu’elle protège les enfants, et nous aidera à trouver comment leur transmettre nos valeurs ;
parce qu’il y a des représentations d’elle classiques et belles, et d’autres modernes et amusantes, et que toutes nous inspirent.

avalokiteshvara

Jôshin Sensei sera à :

– Paris : samedi  14 Avril.
Infos :  http://www.larbredeleveil.org/lademeure/spip.php?breve24

Réouverture de La Demeure sans Limites le 30 mars
www.larbredeleveil.org

-Vend. 30 mars au lundi 2 avril
« Hanna Matsuri, la fête des fleurs et de la naissance du bébé Bouddha»

Uposatha :
lundi 16 : pleine lune,
lundi 30 : nouvelle lune.
Asseyons-nous ensemble : https://framadate.org/l8c5YbBCthhR8Dgj

Sommaire

Nonnes et héritières du Dharma Keizan Jokin (suite).

Enseigner les valeurs du  Bouddhisme aux enfants Mary Talbot

En vrac

अवलोकितेश्वर Illustrations :
– Première et dernière page :  Kannon  :  « Musée d’Arts Asiatiques de Mariemont, Belgique ».

– Kumen Kannon :  http://www.onmarkproductions.com/html/kannon.shtml#9-headed

– Tomi Um site :  https://lc.cx/AXh6

– Bouddha avec les enfants  :  http://www.mercurytreasures.com/brass-happybuddha-6inch.html

– Kannon Riki :  https://fineartamerica.com/profiles/daishin-mccabe.html?tab=artworkgalleries&artworkgalleryid=765521

En mai : la compassion, le don, et puis parce que c’est le printemps, le moment de réfléchir sur « Jardin et méditation », des extraits traduits de « The Meditative Gardener ».

अवलोकितेश्वर  « Ce repas que je viens de manger, a-t-il mené à ma propre affliction, à l’affliction d’autres êtres, ou aux deux ?
A-t-il été une action malhabile du corps, ayant des conséquences douloureuses, des résultats douloureux ? »
Extrait du Soutra à Rahula in Le Végétarisme, une vue bouddhiste
Editions Almora.
Un question que vous pouvez vous poser de temps en temps, après le repas…

Nonnes et héritières du Dharma Keizan Jokin (suite)

अवलोकितेश्वर Ce mois-ci, cette liste des femmes, nonnes, et héritières du Dharma au Japon nous amène auprès de Keizan Jokin( 1268-1325)  et de tout ce qu’il fit pour les nonnes, sous l’influence de sa mère.
« Je suis né dans une propriété qui dépend du temple de Kannon, à Tane, dans le département d’Echizen. Tous les évènements religieux qui ont marqué le cours de ma vie, je les dois aux prières de ma mère envers Kannon ».
( Sa mère avait rêvé de Kannon, et l’avait priée pendant toute sa grossesse ).

keizan jokin

http://global.sotozen-net.or.jp/fre/what/Buddha_founders/keizan_zenji.html

Et en manga édité par la Soto Shu :
https://global.sotozen-net.or.jp/eng/library/comics/en_US/keizan/

http://www.buddhaline.net/Les-femmes-dans-l-histoire-du-zen

Egi (13ème siècle)
Elle a d’abord été ordonnée comme nonne dans l’Ecole Daruma, puis elle devint une disciple de Maître Dôgen à Eiheiji. Elle passa plus de 20 ans près de lui, et le soigna sur son lit de mort. Elle aida ensuite Koun Ejo lors de la transition de chef de temple de Eiheiji,  et elle a aussi sans doute participé à l’écriture du Shobogenzo Zuimonki.

Joa (fin 13ème siècle)
Nonne et disciple de Kangan Giin (1217-1300), lui même disciple de Koun Ejo. Giin eut de nombreuses disciples femmes, et il établit un lignage Soto important dans le Kyushu(sud Japon). La pratique principale de Joa fut la vénération et la copie du Soutra du Lotus.

Senshin (fin 13ème siècle)
Elle fut aussi disciple de Kangan Giin, sa pratique était la vénération des reliques .

Mugai Nyodai (1223-1298)
Elle est considérée comme l’une des femmes les plus importantes de l’Ecole Rinzaï ; elle hérita du Dharma de Mugaku Sogen, le fondateur de Engakuji. Après avoir reçu la transmission, elle fonda le temple de Keiaiji, le premier
Kumen Kannon « Sodo » (*) de nonnes au Japon. Elle est aussi connue sous le nom de Chiyono, et l’histoire de son illumination est bien connue :  elle portait un seau plein d’eau quand le fonds céda, et à ce moment elle fut éveillée.(**)

Ekan Daishi
Elle était la mère  de Keizan. Elle fut nonne et Abbesse de Joju-ji au moment des funérailles de Gikai en 1309 ; c’est d’elle que Keizan tint sa dévotion religieuse. Elle portait une grande dévotion à Kannon ( le/la bodhisattva Avalokiteshvara) et aida à la faire reconnaître par l’Ecole Soto. Keizan faisait l’éloge de son enseignement infatigable aux autres nonnes. Pour honorer sa mémoire, il fit le vœu d’aider toutes les femmes, partout.

kannon2Myoshi-ni,
Elle est la nièce d’Ekan, fut nommée Abbesse du  premier monastère de femmes de l’école Soto, Hoo-ji, qui avait été construit par Keizan en l’honneur de sa mère. Le 23 mai 1325, pour honorer sa mémoire, Keizan fit vœu d’aider les femmes dans les trois mondes et dans les dix directions.
Une trentaine de nonnes suivirent son enseignement ; l’introduction des nonnes dans la pratique soto, telle qu’elle fut établie par Dôgen et Keizan à travers l’influence de leurs mères, continua sous la période Muromachi, grâce à leurs successeurs.

En’i
Elle offrit à Keizan un grand terrain pour construire Eikoji. Il ordonna qu’en son honneur des cérémonies soient faites chaque année, même après leur mort.

Shido (début 14ème siècle)
Elle fut une nonne Rainzaï ordonnée, ayant reçu la transmission ; en 1285, elle fonda le couvent de Tokeiji à Kamakura, qui fut un refuge pour les femmes battues ou abandonnées par leur mari. On utilise beaucoup ses dialogues dans les enseignements du Rinzaï.

Shozen (début 14ème siècle)
Disciple de Keizan et mère de Sonin, elle resta femme à la maison, avec beaucoup d’argent et un pouvoir considérable. Elle aussi donna du terrain pour le temple et fut, pour cela, honorée par Keizan chaque année.

Mokufu Sonin (14ème siècle)
Disciple de Keizan, et fille de Shozen, elle fut ordonnée en 1319.
Elle et son mari Myojo, ordonné quelques années plus tard, donnèrent beaucoup de terrain à Keizan Jôkin et cela lui permit de fonder Yokoji. Ils allèrent jusqu’à abattre leur maison de famille pour lui laisser la place.
Elle reçut la transmission du Dharma en 1323, et fut la première abbesse de Entsu’in, un couvent important. Keizan l’appelait la réincarnation de sa grand-mère, et dit qu’elle et lui étaient inséparables.

Kinto Ekyu
Disciple de Keizan, elle reçut la transmission à l’intérieur de l’Ecole Soto.

Myosho Enkan (début 14ème siècle)
Cousine de Keizan, abbesse de Entsu’in après Sonin, puis de Ho’oji, couvent fondé par Ekan .

Soitsu (milieu 14ème siècle)
Héritière du Dharma de Gasan Joseki (1275-1365), lui-même important disciple de Keizan, elle eut plusieurs héritières du Dharma.

Shotaku
Elle est la 3ème enseignante de Tokeiji.
Lors d’une tentative de viol, elle repoussa ses agresseurs par ses pouvoirs psychiques.

kannon3Eshun (vers 1364-?)
Soeur du célèbre enseignant de l’Ecole Soto, Ryoan Emyo (1337-1411), qui fut abbé de Sojiji et d’autres temples.
Son frère lui refusa l’ordination
parce qu‘elle était très belle, et qu’il craignait qu’elle ne soit une tentation pour les moines. Alors elle se rasa la tête et se marqua au visage avec un fer brûlant. Une fois ordonnée, elle battit tous les moines au cours des débats du Dharma.
Lorsqu’elle se sentit proche de la mort, elle organisa ses propres funérailles en allumant un grand feu et en s’asseyant bien droite au milieu.  Lorsque, affolé, son frère arriva et s’exclama devant la brûlure du feu, elle répondit:  « Pour la personne qui vit dans la Voie, chaud et froid sont inconnus ».
Il y a un mémorial qui lui est dédié à Odawara, au Temple de Saokiji, où de nombreuses personnes  vont faire des offrandes .

Soshin, Onaa Tsubone (1588-1675)
Née dans une grande famille de samouraïs, elle se maria à 15 ans et eut trois fils avant de divorcer et de résider dans un sous-temple fondé par son père à Myoshinji, un complexe de temples Rinzaï à Kyoto.

Elle se remaria quelques années plus tard,  puis elle reçut une position importante dans le palais du Shogun Tokugawa à Edo (Tokyo).

Elle enseigna la Voie du Zen aux femmes de  la Cour, soutint également les érudits confucéens, et finit par avoir une influence certaine au niveau du gouvernement. Elle étudia avec le célèbre Maître Rinzaï, Takuan Soho (1573-1645),      à qui elle permit de rencontrer le Shogun, et selon certaines sources, elle hérita de son Dharma.

Ordonnée nonne en 1660, le Shogun Tokugawa Iemitsu la nomma Abbesse du nouveau temple Rinzaï de Saishoji à Edo, même si son mari était encore vivant.
Elle eut beaucoup de disciples et laissa plusieurs écrits importants.

Bunchi Jo (1619-1697)
Princesse impériale qui devint Abbesse dans l‘Ecole du Zen, à une époque de grands bouleversements politiques. On se souvient d’elle pour sa peinture et sa poésie.

Ryonen Gensho (1646-1711) (***)
Laissant derrière elle son mari et  ses enfants, elle entra au monastère de Hokyo-ji à 26 ans ; là, l’ordination lui fut refusée pour   les mêmes raisons que Eshun : trop belle, distrayant les moines.
Elle aussi se marqua le visage au fer, et fut alors ordonnée par Haku-o qui certifia son Eveil. Elle devint abbesse de Renjo’in, et fut aussi une poète célèbre.

zenwomenSatsu

Disciple brillante et excentrique de Hakuin entre16 et 23 ans.  A 15 ans, son père lui ayant demandé de lire un livre de soutras de Kannon afin qu’elle attire par ses prières un mari, elle s’était assise dessus, et avait répliqué : «  Si comme le dit le moine de Shoinji, tout a la Nature-de-Bouddha, quelle différence entre mon derrière et le livre de soutras ? ».
Hakuin trouva sa réponse intéressante et l’accepta comme disciple.
Bien que leurs rapports aient été tumultueux, elle reçut de lui  -tout en restant laïque- la transmission du Dharma. On dit qu’elle le poussait sans cesse aux « Combats du  Dharma », puis quittait brusquement la pièce dès qu’il commençait à lui donner des explications.
En fin de compte, il lui conseilla de se marier et de mettre la pratique du zen dans sa vie quotidienne.              Ce qu’elle fit : elle eut des enfants,  et des petits-enfants.
A la mort d’une de ses petites-filles, un voisin la vit pleurer bruyamment. Pensant  qu’une personne vraiment éveillée ne pouvait pas éprouver ce genre d’émotions, il lui demanda :
«  N’avez-vous pas reçu un certificat attestant de votre Eveil de Hakuin lui-même ?  Alors pourquoi vous comportez-vous ainsi ?
– Imbécile, lui répondit-elle, mes larmes sont un mémorial plus précieux que les chants lugubres de cent moines. Ces larmes  commémorent chaque enfant qui est mort. Elles montrent exactement ce que je ressens à cet instant. »

Extrait de : Zen Women : Beyond Tea Ladies, Iron Maidens, and Macho Masters. Grace Schireson

ohashiOhashi (vers 1700)

Encore adolescente, elle devint  prostituée pour aider sa famille, lorsque son père fut démis de son poste de samouraÏ.
Alors qu’elle était désespérée par la vie qu’elle menait, elle rencontra Hakuin qui lui conseilla de « réfléchir à qui fait ce travail », et de chercher comment la pratique était possible dans toutes les situations.
Elle s’éveilla après s’être évanouie de peur quand la foudre tomba pas loin d’elle, et Hakuin certifia son Eveil.
Quelques années plus tard, alors qu’elle était toujours courtisane, elle se maria, puis plus tard encore, avec l’accord de son mari, elle devint nonne.

(*) Sodo :
http://global.sotozen-net.or.jp/fre/practice/zazen/manners/index.html

(**) Poème de Chiyono :
« J’avais essayé de réparer le vieux seau
mais la tresse de bambou était  fragile et près de se rompre,
en sorte que le fond du seau tomba.
Il n’y eut plus d’eau dans le seau
ni de lune dans l’eau ! »
http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2017/09/05/35648044.html

(***)  Ryonen Gensho
« Lorsque j’étais jeune, je servis Yoshino-kimi, la petite-fille de Tōfukumon’in, dans le temple impérial de Hōkyō-ji.

Elle est morte récemment et bien que je sache que c’est une loi de la nature, l’impermanence de ce monde me toucha profondément, et je suis devenue nonne : coupant mes cheveux, teignant mes robes en noir, je  partis en pèlerinage pour Edo.

Là je rencontrai le moine Haku-ō de l’Ecole Obaku Zen. Je lui parlai de ma profonde dévotion au Bouddha depuis mon enfance, mais il me répondit que bien qu’il puisse voir que mes intentions étaient sincères, je ne pouvais pas échapper à mon apparence féminine. Alors je chauffai un fer et le tint contre mon visage , puis j’écrivis au fil de mon pinceau :

calligraphie
Calligraphie de ce poème par elle-même.

Autrefois pour m’amuser à la Cour, je brûlais de l’encens d’orchidée,
Maintenant pour entrer dans la vie du Zen, je brûle mon propre visage.
 
Ainsi passent naturellement les quatre saisons
Mais je ne sais qui je suis au milieu de ce flot. 

https://terebess.hu/zen/mesterek/RyonenGenso.html

Traduction : Jôshin Sensei

अवलोकितेश्वर Enseigner les valeurs du Bouddhisme aux enfants

Sur les milliers d’enseignements du Bouddha, rares sont ceux – trois ou quatre, tout au plus – qui concernent les enfants.

dessin-enfantDifficile de s’imaginer pourquoi, vu le nombre et la grande diversité des soutras. Est-ce parce que suivre sa voie requiert maturité de l’esprit et de l’engagement ?

Parce que dans l’Inde d’il y a 2600 ans, l’instruction des enfants étaient l’apanage de la famille – et que, partant, si les membres de la famille suivaient le Bouddha, les enfants étaient supposés absorber naturellement les enseignements et la culture du Dharma, eux aussi ?
Ou peut-être – et c’est mon hypothèse personnelle – parce que le principal enseignement du Bouddha adressé à un enfant synthétisait si parfaitement le Dharma qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à dire ?
Peut-être faisait-il ce que font les meilleurs pédagogues : ramener un ensemble complexe de concepts à sa substance la plus profonde, et la plus pressante, et l’illustrer de manière telle que l’enfant puisse la mettre en lien avec sa propre vie.
L’enfant en question était Rahula, le propre fils du Bouddha.
Le Bouddha est connu, chez les pratiquants occidentaux, pour avoir abandonné sa famille le jour-même de la naissance de son unique enfant.
Quel genre de père ferait une chose pareille ? (Nous en connaissons tous l’un ou l’autre.) Mais dans le cas du Bouddha, ce renoncement – à la paternité et aux fastes du palais – était le reflet d’une profonde conviction, celle qu’il était possible de trouver un bonheur durable et inconditionnel.

En quittant sa famille, les chaînes  qui pesaient sur sa vie émotionnelle et spirituelle, il a, au final, pu lui donner la possibilité de connaître le bonheur inextinguible qu’il avait lui-même trouvé.

À l’âge de sept ans, Rahula devint le disciple de son père et commença sa formation de moine.
Dans un discours devenu célèbre sous le nom de « Sutra de Rahula » (Majjhima Nikaya 61), le Bouddha sème chez son jeune garçon les graines de certains de ses principaux enseignements.
Il commence en soulignant l’importance de dire la vérité – sous-entendant que si Rahula entend trouver la vérité, il lui faudra d’abord lui-même la dire.
Il l’invite ensuite à utiliser ses actions comme un miroir.
Avant de faire quoi que ce soit, dit-il à Rahula, demande-toi :
« Ce que je m’apprête à faire est-il adroit ou non ?
Cela fera-t-il du bien ou du mal ? »
Si cela te semble susceptible de faire du mal, abstiens-toi. Si cela te semble ok, essaie. Cela étant, pendant que tu agis, pose-toi à nouveau les mêmes questions. S’il apparaît que ton action est néfaste, arrête. Dans le cas contraire, continue.
Enfin, quand tu as terminé, repose-toi une nouvelle fois les mêmes questions – Cela a-t-il engendré du bien-être ou fait du mal ?
Si tu vois que cette action qui, au premier regard, te semblait bonne s’est finalement révélée néfaste, parles-en avec une autre personne engagée sur la Voie et prends la résolution de ne plus commettre cette erreur.
Mais si, comme le dit Bouddha, « en réfléchissant à une action commise à travers ton corps, ta parole ou ton esprit, tu sais qu’elle n’a pas conduit à l’affliction… Que c’était une action juste, aux conséquences plaisantes, aux résultats plaisants, alors tu devrais t’en sentir mentalement revigoré et joyeux, et développer nuit et jour les qualités mentales justes ».

Le Bouddha enseigne à son fils l’importance d’apprendre de ses erreurs, d’assumer les responsabilités de ses actes et de cultiver la compassion.
Mais, de manière tout aussi cruciale, il lui enseigne la place de l’intention dans nos actions et le fonctionnement de la causalité – le fait que les actions ont des résultats immédiats et à long terme.
Il lui enseigne aussi la base des Quatre Nobles Vérités, la notion selon laquelle la souffrance est causée par les actions passées et présentes, et si nous sommes vigilants, nous pouvons découvrir comment agir de manière de plus en plus juste, jusqu’à atteindre une totale liberté.

Le Bouddha avait un avantage pour enseigner aux enfants : il vivait dans un monde où la pratique et l’enseignement spirituels faisaient partie de la vie quotidienne.

enfantcalligraphie
Ceux d’entre nous qui ont la charge d’enseigner ou d’élever des enfants, et qui veulent le faire en leur inculquant des valeurs bouddhistes, doivent mettre en place quelque chose qui n’existe pas – une structure, un support pour enseigner le Dharma aux enfants et aux adolescents.
Nous ne partons pas de zéro – le Sutra de Rahula et de nombreux autres enseignements sont un excellent point de départ, et notre propre expérience, de même que notre conviction, comptent beaucoup – mais nous avons encore du pain sur la planche.
Des histoires et des activités intéressantes peuvent aider les enfants à voir la pertinence des enseignements tandis que les adultes, amis et mem-bres de la sangha, peuvent partager leur expérience, leurs connaissances et leurs compétences dans l’enseignement de la méditation et aider les enfants à cheminer sur la Voie.

En tant que bouddhistes, nous faisons œuvre de pionniers, en nous efforçant de construire une culture religieuse et éthique pour nous-mêmes et pour nos enfants dans un monde matérialiste qui n’a que faire de cette vision.
Mais la beauté qu’il y a à enseigner le Dharma aux enfants, c’est que cela nous force à être des pionniers habiles. D’une certaine façon, c’est comme si intégrer les enfants (et autres réalités de la vie humaine) dans notre pratique bouddhiste était la dernière frontière pour la plupart des centres de pratique, calqués sur un modèle de retraite devenu rare, inspiré par les monastères (ce qui, entre parenthèses, est une activité spécialisée dans les pays bouddhistes aussi).
Il n’est pas ici question de faire appel à une baby-sitter pendant que nous méditons, même si organiser une garde d’enfants efficace et abordable – et je ne parle même pas d’enseigner le Dharma aux enfants – est une tâche colossale, qui prend beaucoup de temps.
Le fait d’être présents quand nous pratiquons, va peut-être exposer nos enfants à ce que nous faisons, mais cela risque de ne pas les intéresser outre mesure.
Faire entrer le bouddhisme dans la vie de nos enfants nécessite que nous revoyons notre approche de la parentalité, ou que nous devenions des bénévoles à temps plein, examinant toute une palette d’outils didactiques, mettant en place des programmes, confectionnant des drapeaux de prières et des lanternes en papier pour Vesak avec des enfants de huit ans, enseignant la méditation dans les écoles.
Cela peut se révéler incroyablement frustrant.
Quand Willa, ma fille, avait huit ans, nous sommes allés rendre visite à un ami dans un monastère.
Après coup, elle m’a dit :
« Pourquoi est-ce que je voudrais être bouddhiste ? C’est moche et c’est ennuyeux. »

Comprenez : il n’y a rien à y faire pour les enfants, rien de duveteux ni de rose, et je suis bien obligée de rejeter cette chose qui compte tant pour toi.
Un an plus tard, pourtant, elle a commencé à amorcer avec moi toute une série de conversations sur le lien entre karma et chance.
Son verdict : on peut croire aux deux.
« Tu crées ton propre karma, et tu crées ta propre chance, donc la chance doit faire partie de ton karma ».
J’ai aussi l’immense chance de travailler dans une école qui propose un programme de méditation pour les enfants, de sorte qu’elle reçoit toute une formation à ce sujet sans que celle-ci vienne de ses parents, et qu’elle peut tester la valeur des enseignements entendus par elle-même.
Ce qu’il y a de formidable dans ce projet, c’est que nous réalimentons le feu de camp des pionniers et, dans le même temps, nous sommes à l’écoute de nos enfants.
Nous leur donnons un exemple de générosité, nous soulignons l’importance de s’atteler à une tâche, comme le fait d’être attentif ou de s’asseoir en méditation, jusqu’à ce que nous soyons à même de bien la faire – parce que c’est alors que cette activité est la plus agréable et la plus significative, et qu’elle porte ses fruits.
bouddharieurCe faisant, nous renforçons aussi notre propre pratique, mais l’essentiel, c’est que nous transmettons quelque chose de vraiment précieux à nos enfants.

Dans le Sutra de Rahula, le Bouddha enjoint son fils à cultiver des amitiés avec des adultes sages, qui pourront l’aider à faire le bon choix – des personnes en qui il peut avoir confiance et à qui il peut se confier. Si nous pouvons nous positionner de manière à être ces amis pour des enfants – les nôtres ou ceux d’autres personnes – nous leur rendons un fier service.
Mel Levine, neurodéveloppementaliste et pédiatre américain qui a écrit de nombreux ouvrages sur le développement de l’enfant, estime que nous vivons, pour la première fois de l’histoire, dans une ère où les enfants se tournent davantage vers leurs pairs et vers les médias pour y trouver leurs modèles.
Si nous ne voulons pas qu’Hannah Montana et Iron Man soient les seuls modèles de nos enfants, il va nous falloir gagner et conserver leur respect.

D’après Mary Talbot, «Teaching Your Children Buddhist Values », Tricycle, automne 2008.
Traduction : Françoise.

En vrac

अवलोकितेश्वर Horizon
fleurs

De chez toi tu as atteint
l’Horizon ici.
 D’ici vers un autre
d’ici tu vas.

D’ici au prochain
du prochain au prochain
d’horizon en horizon
chaque pas est un horizon.

Compte tes pas
et souviens-toi de leur nombre.
Ramasse les cailloux blancs
et les drôles de feuilles.
Souviens-toi des tournants
et des falaises autour de toi
car tu peux avoir besoin
de revenir chez toi.

Tenzin Tsundue
https://www.tenzintsundue.com/poems/horizon/

अवलोकितेश्वर Rouleaux peints
Dans un style classique, et très abouti :
https://fineartamerica.com/profiles/daishin-mccabe.html?tab=artworkgalleries&artworkgalleryid=765521

kannonrikiDaishin San a été longtemps le disciple de Daïen Ni Osho aux Etats Unis.

Elle dit  à son propos : «  Quand  Daishin  était avec moi au Mt. Equity Zendo, je lui ai demandé de faire trois calligraphies chaque jour. Et aujourd’hui, il peut faire de superbes calligraphies, ou des peintures de bodhisattvas, de Kannon-Riki fleurs, de personnes, etc. Il est un amateur, mais son coeur est pur et aimant, alors je vous conseille d’ aller les regarder.»

Les bulletins précédents

Daishin n° 238 – Avril 2018
avalokiteshvara
Daishin n°237 – mars 2018
katannuta-myanmar
Daishin n°236 – Février 2018

parinirvana

Daishin n°235 – janvier 2018: Commencer l’année dans la joie
namasteNamaste
Daishin n°234 : des ancêtres nonnes, une tasse de thé remplie par l’univers…
nirvana
Daishin n°233 : une réflexion sur cette vie rare et précieuse.

kSaNa -chaque instant

Daishin n°232 : Suite du numéro 231 sur Manger quoi ? manger comment ?
non-violence
Daishin n°231 : un numéro sur Manger quoi ? manger comment ?
karuna
Daishin n°230 : un numéro sur les addictions
mettasoupDaishin n° 229 : un numéro sur le silence
enfantsmoines
Daishin n°228 : un numéro sur le jardin
bouddha
Daishin n°227 : anniversaire de la mort de Moriyama Roshiautel
Daishin n°226 : un numéro sur l’écologiebouddhas-plantes
DAISHIN N°225 – Le parinirvana du Bouddha
parinirvana
DAISHIN N°224 – Un numéro pour une année légère

semerveiller-small

DAISHIN N°223 – Un numéro sur l’éveil du Bouddha

arbre-dore

DAISHIN N°222 – Metta – Blanche Zenkei Hartman (2)

jizo-orange

DAISHIN N°221 – Spécial Blanche Zenkei Hartman

DAISHIN N°220 – Om Mani Padme Hum

Om Mani Padme Um

DAISHIN N°219 – LA JOIE
mudita