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De mon âme à ton âme

rencontre avec  

Joshin Bachoux Sensei

moine zen 

article extrait de la revue Terre du Ciel  
propos recueillis par Alain Chevillat  

Une jeune femme française vient d'ouvrir un monastère zen dans un beau coin retiré de l'Ardèche. Nous sommes allés la rencontrer.

 

 

zazen dans le zendo!
 

Vous êtes maintenant moine zen. Comment en êtes-vous arrivée à prendre la décision de faire ainsi votre vie?

 

 

Je crois que cela se fait sur le très long terme. Aussi satisfaisante que fut ma vie, il y a toujours eu une sorte de manque, quelque chose en creux. Il y avait une dimension, quelque chose qui manquait dans la vie de tous les jours. J'allais quelque fois dans des églises, une fois par an, quand j'avais, comme je disais, "une crise spirituelle". J'avais lu des livres sur le bouddhisme, parce que j'avais étudié l'histoire des religions. J'avais lu des livres sur le Zen que j'avais trouvé absolument terrifiants. Mais il restait ce noeud qui devenait de plus en plus important dans ma vie. Un manque - je ne peux pas le définir autrement. Quand j'ai eu une trentaine d'années, j'ai décidé de changer les choses, parce que trente ans c'est l'âge où on se dit que ce qu'on n'a pas encore fait, on n'arrivera pas à le faire si on ne le fait pas tout de suite. J'ai changé alors pas mal de choses dans ma vie, et il se trouve que j'ai déménagé pour m'installer près du dojo zen de Paris. Je me suis dit, "Eh! bien voilà, puisque je commence plein de choses nouvelles, je vais commencer les arts martiaux ... et je pourrais aller voir la méditation aussi". C'est une chose que je m'explique mal, parce que cela me faisait très peur et j'ai laissé passer plusieurs semaines. Et puis, un jour, j'y suis allée, et alors j'en suis ressortie très en colère en disant : "C'est vraiment nul, odieux, épouvantable". Mais je ne sais pas ce qui s'est passé pendant le weekend, parce que le lundi matin suivant, j'étais devant la porte pour le premier zazen, et j'y suis retournée ensuite tous les jours pendant un an. Je ne savais pas que c'était cela ce que je cherchais, mais il y eut une telle explosion intérieure que cela m'a obligée à changer ma vie. Je travaillais de façon indépendante et je n'avais pas vraiment d'horaires. Je me suis mise à me lever tôt, à me coucher tôt. Le zen a pris tout de suite une telle place, qu'il était évident que cela allait devenir la chose la plus importante. J'ai vécu un an de zazen quotidien, et quelquefois j'y allais deux fois dans la journée. Ma vie continuait, et se mettait en place autour de ce nouvel axe. Les changements se mettaient en place et en même temps je trouvais tout à fait satisfaisant d'être en ville, de continuer une vie ordinaire. Puis j'ai rencontré un autre groupe et je suis allée à ma première sesshin, c'est-à-dire à ma première retraite. Cela a été une expérience extrêmement pénible. Toute cette première année avait été très difficile mais en même temps, il y avait une espèce de certitude, une espèce de force. C'est cette chose qui avait manqué dans ma vie jusqu'alors. Un sentiment de stabilité, de sûreté de soi, d'être enraciné dans quelque chose. C'était réconfortant, parce que par ailleurs c'était très difficile. Je pleurais beaucoup pendant le zazen, j'avais des souffrances énormes, physiques et morales, mais il y avait en même temps cette conscience de souffrir pour une chose constructive. Pas de tourner en rond dans sa souffrance. Je suis donc allée à cette sesshin. Ce fut épouvantable ! Epouvantable physiquement, moralement, et ça s'est fixé sur la nourriture. Alors que je n'étais pas très gourmande, ni intéressée par la nourriture, là, cela devenait une telle frustration ! Il y avait tellement de choses qui sortaient qu'il fallait que je mange, je mange. Je trouvais cela pénible. On mangeait dans la salle de méditation, de façon traditionnelle. On mangeait dans des bols et on était servi par d'autres personnes, et moi je trouvais toujours qu'on ne m'en donnait pas assez. Je regardais les bols de la voisine d'à-côté. Elle en avait plein et moi je n'en avais presque pas ! "Il faut que je mange, je vais mourir .. " Et je me souviens m'être dit un jour: "Mais comment est-ce que c'est possible qu'il y ait des gens qui choisissent de vivre comme ça et de manger comme ça, Tout le temps dans leur vie, ils ne peuvent choisir ni ce qu'ils mangent, ni la quantité, ni rien. Comment est-ce que c'est possible de choisir cette vie ?" Et c'est pour ça que j'ai été d'autant plus étonnée lorsque quelques mois plus: tard, alors que j'avais repris ma vie habituelle, je me suis entendue dire un jour : "Quand je serai dans un monastère ... ". Je suis restée pétrifiée de surprise par ce que je m'entendais dire. C'est quelque chose qui était monté comme ça. C'était comme dire une chose dont consciemment je n'étais pas au courant. J'ai dit : "Mais ce n'est pas possible, je ne veux pas vivre dans un monastère". Je ne me sentais pas prête à tout abandonner, toute ma vie, tout ce que j'aimais. J'ai vraiment essayé de repousser cette idée, mais c'est devenu quelque chose contre quoi je ne pouvais pas aller, que je ne pouvais pas changer. Il n'y avait pas de choix, d'une certaine façon. On peut résister, on peut dire non, on peut essayer de courir en arrière, mais ce n'est pas possible, on ne peut jamais retourner en arrière. C'était comme d'être sur un tapis roulant. Il allait vers l'avant et l'avant c'était de devenir moine, mais c'était complètement terrifiant... Et en même temps, c'était ainsi, c'était impensable autrement. Je voyais bien qu'il fallait tout lâcher. Il allait falloir partir, changer de ville, quitter les gens que j'aimais, tout. Et puis, ça s'est mis en place, et aux grandes vacances suivantes je suis partie pour une sesshin de trois mois, en liquidant tout ce que j'avais en France. Je suis partie en Italie, dans un monastère qui venait de s'ouvrir. Et après la sesshin je suis restée au monastère.

 

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Depuis le début vous aviez le sentiment que c'était quelque chose qui se faisait à travers vous sans qu'il y ait jamais eu de décision volontariste ?

 

 

Ah! oui, cela je crois que c'est vraiment important, parce qu'on ne peut pas décider une telle chose de façon volontaire. Peut-être parce que c'est trop dur, ou peut-être parce que c'est un fantasme si on le décide de façon volontaire. J'étais très heureuse, quand je suis rentrée au monastère, c'était évident. Et en même temps, cela avait été une lutte. Je ne pense pas qu'on puisse le faire facilement, peut-être parce que j'étais déjà âgée, j'avais plus de trente ans, j'avais déjà tout un karma empilé, des tas d'attachements, des tas de liens.

 

 

La vie au monastère en Italie ?

 

 

En Italie, je suis restée plusieurs mois. J'étai toujours laïque et le grand intérêt de ce passage en Italie, a été de voir que c'était ça, que c'était parfait que là était la seule chose au monde que je voulais faire.

 

 

Vous n'avez pas eu le sentiment de vous arracher à des choses ?

 

 

Cela s'était fait l'année précédente. Lorsque je suis arrivée, je me suis dit: «C'est ça». Il y avait une espèce d'évidence. On sait que c'est cela, on sait que c'est juste, on sait qu'on a raison. C'est cela qui me frappe. Il n'y a pas de discussion possible. Bien sûr il y a des parties de moi qui voudraient bien autre chose, mais globalement c'est une évidence, du matin au soir. Je n'ai jamais eu de regrets ou d'hésitations.

 

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Le pas suivant a été de passer d'Italie au Japon ?

 

 

Je cherchais un maître. J'avais trouvé des gens qui m'avaient guidée jusque-là, jusqu'en Italie, et en Italie même, mais je pense qu'il y a un maître pour chaque personne, et il faut le trouver. Et je pensais que je n'avais pas encore trouvé. J'ai décidé de partir. En Europe on a vite fait le tour des temples zen, alors j'hésitais entre l'Amérique et le Japon. Je savais qu'aux États-Unis, il y avait pas mal de communautés, et c'était simple parce que je parlais anglais, et que c'est un pays occidental. Mais je ne sais pas comment, je suis arrivée au Japon. Je n'avais pas d'adresses. J'avais juste l'adresse d'un monastère de femmes que je suis allée visiter mais qui ne correspondait pas à la pratique que je cherchais, c'était davantage un pensionnat qu'un monastère. Je me suis retrouvée à Tokyo où je suis restée plusieurs mois. Et puis, un jour, quelqu'un m'a dit : «Je suis allé dans un monastère, le week-end dernier. C'est beau, c'est dans la montagne, tu devrais aller voir». A cette époque je tournais un petit peu en rond, je ne savais que faire, j'attendais, en fait. J'avais une espèce de confiance quand même. Donc je suis allée voir ce monastère J'ai trouvé que c'était bien. C'était à une heure de marche du village, en pleine montagne. C'était petit, pas du tout ce genre de grands monastères riches. C'était une ancienne ferme reconstruite, très simple. J'ai trouvé que c'était bien mais le problème était qu'il n'y avait pas de maître. Il y avait un moine, et un étranger qui était là depuis longtemps, mais il n'y avait pas de maître, le maître était absent. J'ai hésité un peu. J'y suis allée d'abord toutes les semaines, puis, début décembre, j'ai décidé de m'installer là-bas, même s'il n'y avait pas de maître. J'étais très intéressée par l'emploi du temps, l'horaire qui était distribué entre méditations et travail manuel. Je trouvais que c'était un horaire très constructif qui permettait vraiment de réaliser tout son potentiel. La méditation c'est très important, mais en même temps, mettre cela en actes dans la vie quotidienne, me semblait très important aussi. Donc, je suis allée m'installer là-bas tout en gardant une journée de travail à Tokyo pour continuer à gagner un peu d'argent parce que je ne savais pas ce qui allait se passer ensuite. Ce qui s'est passé, c'est que pour des raisons diverses, à la mi-janvier, tous les autres habitants du temple sont partis, et je me suis retrouvée toute seule. C'était étonnant ! Venir pour vivre dans un temple au Japon, c'est une chose, se retrouver toute seule dans un grand temple, en pleine montagne, c'en est une autre, surtout en plein hiver ! Je me retrouvais avec des poêles dans lesquels il fallait mettre du bois, du bois qu'il fallait fendre. Je ne savais pas par quel bout ça se tenait, une hache ! Je me retrouvais avec des lampes à pétrole parce qu'il n'y avait pas d'électricité. Je continuais à descendre une journée par semaine à Tokyo, et quand je remontais, quand je voyais ce temple, je disais : «C'est incroyable» ! Maintenant je suis plus souple, mais au départ, j'étais un petit peu rigoureuse. Je suivais l'horaire à la minute près, comme s'il y avait eu toute une communauté. J'ai beaucoup profité. Comme j'étais seule, je travaillais beaucoup, je faisais le bois, je faisais du ménage et quand le printemps est arrivé, j'ai beaucoup travaillé au jardin. Si on commence une journée à quatre heures du matin, et qu'on est seule, on a vraiment beaucoup de temps ! Et puis, il y avait de temps en temps des gens du village qui montaient. Je travaillais aussi le japonais. Et puis quelqu'un m'a dit un jour : «Le maître va rentrer». J'étais un petit peu partagée à ce moment-là parce que j'étais restée longtemps seule. Je me disais : « Mais c'est vrai, il faut que je trouve un maître, il faudrait que j'aille visiter d'autres temples au Japon, je n'ai pas avancé, je ne suis toujours pas moine». J'avais déjà préparé mon vêtement de moine en France avant de partir, je l'avais fini dans l'avion. Donc je m'étais préparée. Et puis quand je suis revenue d'un week-end à Tokyo, j'ai rencontré le maître qui rentrait de son voyage aux USA. Dès que je l'ai rencontré, cela a été vraiment très rapide, en une heure, je savais que c'était lui, que c'était le maître que j'étais venue chercher. Je savais que j'allais rester là. C'était réciproque, parce qu'au bout d'une semaine, je me souviens, mon maître m'avait demandé de réciter un sutra qui n'était connu que par les moines, et je lui avais dit : «Je ne sais pas.» Il m'avait regardée, et dit : « Ah ! oui, j'ai l'impression que cela fait des années qu'on travaille ensemble». J'ai arrêté de travailler à Tokyo et je suis restée au temple définitivement.

 

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Et vous êtes devenue moine ?

 

 

Je suis devenue moine.

 

 

Qu'est-ce que c'est qu'être moine ?

 

 

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D'abord, j'aime dire moine et non nonne bien que je sois une femme. C'est parce que j'avais l'habitude d'un vocabulaire en anglais ou japonais, et donc j'ai eu beaucoup de mal en rentrant en France à trouver comment traduire les termes. En anglais, on dit «Female monk». Et puis nonne a pour moi une connotation catholique et aussi une connotation «petite soeur». Dans le zen, en tout cas en théorie, et en fait chez mon maître, il est possible aux femmes d'atteindre les mêmes niveaux, d'avoir les mêmes pratiques que les hommes et le fait que je sois une femme ne m'a pas posé de problème pour être le successeur de mon maître ou diriger un temple.

 

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Ce n'est pas général dans le zen ?

 

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C'est général en théorie. Ça ne l'est pas en pratique. Dans la pratique c'est difficile d'être une femme, parce que cela vous ferme déjà beaucoup de monastères et c'est en plus difficile d'être une étrangère. Cela a été une chance pour moi de rencontrer mon maître qui, lui, ne s'en est jamais soucié. Je ne sais même pas s'il a jamais vu que j'étais une femme, ou une étrangère! C'était vraiment «de mon âme à ton âme».

Ecrivez nous ! Suite : de mon âme  à ton âme  2
la DEMEURE sans limites
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