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article écrit par
Martine Azoulay
et tiré de la revue
Marie Claire
de novembre 97

 

 

la Demeure sans limites
           Haut de page 4h50
 

le matin.Bruits de pas dans le couloir. Le temps d'enfiler pull et pantalon, de se laver les dents et les mains, et on se retrouve dans la salle de méditation. Jambes croisées, le nez face à un mur, les fesses sur un coussin, le coussin sur une natte, en piste pour quarante minutes de zazen (méditation assise). On se dit que dans la pénombre douce d'un matin d'été, on va somnoler discrètement. Ni vu ni connu. La dizaine de personnes présente dans la grande salle a aussi le regard tourné contre les parois. Autour, plus loin, le silence de la montagne avant les premiers bruits de l'aurore, à 1000 m d'altitude, à la lisière des Cévennes. Depuis cinq ans, un temple bouddhiste zen s'est installé dans une solide ferme ardéchoise, rebaptisée pour l'occasion "La Demeure sans limites " (la Demeure, disent les habitués). Il peut accueillir une quinzaine de participants, pour un jour, une semaine, un mois.. .On y fait des retraites plutôt actives. Elles mettent en pratique un zen du quotidien qui entrelace au fil de la journée les activités les plus simples, ménage, cuisine, jardinage…et la méditation, les lectures et l'enseignement. La responsable de ce lieu à mi-chemin entre monastère et phalanstère - tout le monde met la main à la pâte est une Française d'une quarantaine d'années, Luce - Jôshin (son nom bouddhiste) - Bachoux, que l'on appelle Sensei (" professeur " en japonais). Elancée, les cheveux réduits au minimum, le regard et le profil aigus, Sensei a des allures de Brigitte Fontaine, une présence austère. Eclairée par un abord amène, des rires en éclats et une attention sans faille. Apres avoir débuté le zen en Europe, elle a séjourné quatre ans à Zuigakuin, un petit temple nippon perdu dans la montagne, avant d'être ordonnée moine, à la demande de son maître, Moriyama Roshi, elle est revenue en France ouvrir ce temple en Ardèche. II appartient à la branche appelée Soto, courant bouddhiste majoritaire aujourd'hui au Japon avec près de 15 000 bâtiments religieux, fondé, avec plus ou moins de rigueur selon les maîtres, sur l'effort spirituel autant que manuel. "Un effort sans effort ", avertit Sensei. Paradoxe du zen. sans effort, on est une bûche, avec trop d'efforts, on reste dans la tension. Il s'agit de trouver un équilibre entre la discipline et l'ouverture à ce qui se passe autour de soi."

 

           Haut de page 5h
 

Premier zazen.Posée au bord d'un petit coussin rond rembourré de kapok, le zafu, on croit pouvoir achever sa nuit écourtée. Erreur. A la seconde même où tinte la cloche en début de séance, voilà qu'on se découvre le corps le plus encombrant qui soit. La gorge asséchée comme si on n'avait pas bu depuis l'aube du monde, on déglutit. Une fois, deux. Discrètement, croit-on. Le bruit résonne comme dans une chambre d'écho. On relâche la mâchoire. Les bâillements attaquent. Puis c'est le nez qui démange. Une bande de fourmis rouges doit l'escalader par la face Nord. On se gratte. On essaie de penser à sa respiration. Il paraît que ça calme. On est happé dans la contemplation de la frisette de pin, à hauteur de regard. On y déchiffre une mer infinie. On s'y perd. On ferme les yeux. Le genou droit se crispe. On survit de seconde en seconde. Et on constate alors avec stupéfaction que cette contrainte que l'on croyait minimale, rester trois quarts d'heure à vivre en silence le moment présent - "simplement s'asseoir ", disent les textes - produit des effets inattendus, et parfois dévastateurs. Ennui, somnolence, pensées inquiètes ou apaisées, courbatures... c'est un festival tumultueux de sensations. Elles ont varié au fil des séances, trois par jour minimum, et du séjour (une petite semaine). La surprise initiale ne s'est pas émoussée. Quand il faut s'y tenir, ne rien faire devient une entreprise ardue. Mais décapante.

 

           Haut de page 6h30
 

Cloche, petit déjeuner.Retour au zendo, la salle de méditation, installée dans ce qui était l'étable à l'origine. Elle en a conservé de solides poutres de bois. Deux petites fenêtres encadrent l'autel recouvert d'un linge blanc. Bois aux murs et au sol. Odeurs de cire, d'encens léger, de pétrole, celui de la lampe allumée pour le premier zazen. Sensei a préservé l'essentiel du rituel des repas pris dans les temples. Elle l'a simplifié et adapté aux mœurs européennes. La cérémonie dure au moins trois quarts d'heure. Autant qu'une séance de méditation. Presque aussi éprouvant. On épie les convives pour suivre le rythme et copier leurs gestes, tout en surveillant ceux qui sont de service. Trois bols (oryoki en japonais) installés au sol sur une serviette dépliée en nappe. Un pour le gruau de riz servi avec du gomassio (un mélange de sel et de sésame pilé), un second pour le thé, un troisième pour la confiture maison, exquise. Du pain dans une petite assiette. On attaque en silence. Voilà que la voisine fait déjà la pause, mains sur les genoux, et mâchouille sa bouillie salée. On en fait autant, se demandant comment, entre les arrêts mastication et les pauses salutation, mains jointes à la hauteur du cœur, buste incliné, on parviendra à terminer sa pâtée en même temps que les autres. Un repas zen, c'est à la fois "vite et lentement ". Les virtuoses vident leur bol en deux coups de cuillère en bois. Deuxième service. Nouvelles salutations. On chipote, on ne se ressert pas. On ne tient pas à faire poireauter la salle affamée. C'est fini. On nettoie - à fond - ses oryokis avec le pain. Il est complet, l'estomac aussi. Puis les préposés au service versent de l'eau bouillante dans un des bols. On salue. On décolle ce qui attache encore avec le liquide que l'on transvase d'un récipient à l'autre. On peut boire la mixture-offrande. On n'est pas obligé. A la pause, on papote avec ses compagnons de retraite. On découvre avec soulagement que tout le monde a déjà pataugé plus d'une fois dans sa tasse...Apres plusieurs séjours, certains habitués n'arrivent encore vraiment à se rassasier qu'au repas du soir, plus informel, pris dans !a grande cuisine, toujours en silence. Les habitues? Une petite dizaine pendant ce séjour, mais près de quatre-vingts personnes gravitent autour de la Demeure, la plupart installées dans le sud de la France. De tous âges. La doyenne, Denise, une Suissesse de 89 ans, vient une fois par an. Maries, divorcés ou solitaires, avec du boulot ou au chômage, sans autre signe distinctif apparent que le désir de remettre leur pendule personnelle à l'heure de leurs aspirations en venant faire retraite en Ardèche. Ils ont souvent démarré la méditation par le biais de l'Association zen internationale, créée en France dans les années soixante-dix par le célèbre maître Deshimaru, et qui a ouvert des salles un peu partout. Ils se sont retrouvés ici par la grâce du bouche à oreille. La plus entraînée à la méditation, Monica, une Argentine d'une cinquantaine d'années, fait zazen tous les jours depuis quatorze ans. Déjà grand-mère, peintre et prof de céramique à l'université, Monica a la ferveur contagieuse, mais sans jamais perdre mesure. C'est son deuxième (long) séjour d'été à la Demeure. "Personne ne comprend à Buenos Aires comment je peux venir en Europe uniquement pour rester un mois et demi dans ce coin perdu. Et moi-même, l'an dernier, quand je me suis retrouvée de ramassage de crottin (il y a un haras juste à côte), je me souviens que je me suis dit, alors, tu n'as quand même pas fait tout ce chemin pour récolter de la merde. . . " Monica en rigole et persévère. " Le zen m'a ouvert un espace où j'ai trouvé du recul pour me voir. "

 

           Haut de page 7h
 

Le premier samou. Après l'immobilité, s'activer est une délivrance. Balayage, aspirateur, comme à la maison. Sauf qu'ici, on astique en silence- très éprouvant, on ne s'imaginait pas si bavarde. Il ne s'agit pas de nettoyer pour faire propre (quoique.. .) mais d'agir en toute conscience. Lors de son séjour à Zuigakuin, Sensei, nommée tenzo (cuisinière), s'est retrouvée devant les fourneaux. Une charge de premier plan dans le bouddhisme zen soto, un poste épuisant. Cuisiner, c'est aussi ranger. Trois fois par jour, après chaque repas, tout doit reluire à l'office, plancher de bois compris. Traditionnellement, on nettoie le sol avec une mini serpillière que l'on passe en courant à moitié accroupi. Une gymnastique, folklorique au début, vite fastidieuse. Sauf si on s'en tient à l'instant, échappant ainsi au " poids des deux mille fois précédentes. . . ".

 

           Haut de page 8h

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Deuxième zazen.Le soleil dessine une tache claire sur le mur. On la suit pour deviner le temps écoulé. A quoi peut bien servir de ne rien faire avec autant d'obstination ? "C'est comme si, dans un appartement bruyant, j'avais gagné avec le zen une pièce de plus, un espace abrité dont les murs s'éloignent peu à peu " explique Jacques, 44 ans, et quatre ans de pratique biquotidienne. " Parfois, deux minutes à peine. Juste s'en tenir à ce qu'on s'est fixé. " Il avance, plein de révolte sur ce chemin qu'il s'est choisi. Pourquoi celui-là ? Il répond par une histoire zen. Quand un éléphant tombe dans une mare elle déborde. S'il glisse dans le Gange, les remous se dispersent plus vite. Quand il chute dans la mer les remous se perdent à l'infini. " Le zen ne signifie pas qu'on n'affronte pas de vagues ou de tempêtes, mais elles nous ballottent moins. "
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