C’était l’une des forces vives du bouddhisme américain – en tant que l’une de ses plus anciennes pratiquantes, en tant qu’enseignante du Dharma et en tant que première abbesse du San Francisco Zen Center. Dans cet extrait de son ouvrage, Seeds from a Boundless Life, Zenkei Blanche Hartman réfléchissait à « la Grande Affaire » qui la motivait et l’aidait à poursuivre.

BONSOIR BODDHISATTVAS

Le simple fait d’être en vie est en soi suffisant.
En 1989, j’ai fait une crise cardiaque. Lorsque j’ai quitté l’hôpital, le soleil brillait et j’ai eu cette réalisation soudaine : « C’est formidable, je suis en vie. Je pourrais être morte. Le reste de ma vie est un cadeau ». Puis, j’ai pensé : « Oh, mais cela a toujours été le cas, dès le tout début. Personne ne me devait cette vie. Elle m’a juste été donnée. C’est formidable ! » Et en cet instant d’éveil, j’ai découvert à quel point il est riche et merveilleux de se sentir reconnaissant d’être en vie. Juste maintenant, juste ici, tout le temps. Je n’ai rien à faire de plus spécial que de savoir que le simple fait d’être en vie est en soi suffisant.
La grande poétesse Emily Dickinson a dit : « Vivre est une chose tellement surprenante que cela ne laisse que peu de temps pour le reste ».
Et Frère David Steindl-Rast dit : « La plus grande surprise, c’est en soi qu’il y ait quelque chose et que nous soyons ici ».
Et Omraam Mikhäel Aïvanhov : « Le jour où j’ai pris l’habitude de prononcer le mot « merci » en conscience, j’ai eu le sentiment d’avoir reçu une baguette magique à même de tout transformer ». Vivre cette vie de gratitude a réellement changé ma vie. Avant, j’avais des opinions très marquées et j’étais prompte à critiquer toute personne qui ne partageait pas mon avis. Aujourd’hui, je reconnais que ma vie dépend de toutes les vies qui m’entourent. Nous nous entraidons tous. Aucun d’entre nous ne pourrait prendre soin de lui-même s’il était tout à fait seul au monde. Nous sommes si totalement liés entre nous et interdépendants.
Notre vie dépend des autres. Et lorsque vous commencez à réaliser cela, vous ne pouvez qu’être reconnaissant.

Notre responsabilité   à l’égard du don  de la vie
Avec ce don de la vie vient une certaine responsabilité, celle de préserver la vie sur cette terre, de faire notre part pour prendre soin de ce fabuleux présent que nous avons reçu.

Et c’est particulièrement important, à cette étape de notre histoire, à l’heure où nous découvrons que notre façon de vivre met en danger la pérennité de la vie. Nous constatons qu’il est nécessaire de modifier l’usage que nous faisons des énergies fossiles, sans quoi nous risquons de nous empoisonner et de suffisamment altérer le climat de cette terre pour la rendre inhabitable, du moins pour des créatures telles que nous. Il y a une responsabilité  à avoir reçu ce don de la vie, et c’est d’en prendre soin de  toutes les manières possibles. J’ai entendu cette citation il y a quelque temps : « Notre tâche n’est pas de régler tous les problèmes du monde en une seule fois, mais de tendre le  bras pour réparer ce qui est à notre portée ». Nous pouvons ainsi apporter notre contribution, quelle qu’elle soit, à la protection de la terre et   des autres êtres avec qui nous  la partageons.

Bonsoir Bodhisattvas
Le vœu de bodhisattva du  Dalai Lama est le suivant : « Chaque jour, lorsque vous vous réveillez, dites-vous : « Aujourd’hui, j’ai la chance de m’être réveillé. Je suis en vie.  J’ai une précieuse vie humaine. Je ne vais pas la gâcher. Je vais utiliser mon énergie à me développer, à ouvrir mon cœur aux autres, à atteindre l’éveil pour le bénéfice de tous les êtres. Je vais avoir des pensées bienveillantes à l’égard d’autrui. Je ne vais pas me fâcher ou penser des autres en mal. Je vais être aussi bénéfique pour les autres que je le peux ».
C’est notre vœu fondamental en tant que bodhisattvas. Et bien sûr, vous êtes tous des bodhisattvas. Suzuki Roshi commençait toujours ses enseignements par « Bonsoir Bodhisattvas ». C’est pour cela que nous sommes là, pour éveiller les êtres. Et éveiller les êtres, c’est s’éveiller aux liens profonds que nous avons avec toute chose, avec tous les êtres vivants. Nous partageons tous   la même vie, et nous devons prendre soin de cette vie, de sorte qu’elle puisse se maintenir génération après génération.

Ce n’est qu’amour  et joie
J’ai reçu un appel m’annonçant qu’une amie très chère, à qui j’avais transmis les préceptes il y a plusieurs années quand je vivais à Green Gulch, était mourante.  J’ai convenu avec son mari de passer la voir et de leur donner à nouveau les préceptes.
L’une des choses qui m’a toujours beaucoup aidée autour de cette question de vie-et-mort – ou autour de cette question de ma mort – était de rencontrer la vie avec beaucoup de curiosité.
De quoi s’agit-il ? Nous ne le savons pas. Nous ne pouvons pas le savoir à l’avance. Pouvons-nous être là pour l’accueillir et découvrir ce qu’est ce grand mystère de vie-et-mort ?
Lorsque je suis allée voir mon amie Jenny, je lui ai dit : « Eh bien, Jenny, on dirait que tu vas découvrir le grand mystère avant Pete et moi ». Elle était allongée sur un lit d’hôpital dans sa chambre, mais elle s’est redressée d’un bond et a jeté ses bras autour de mon cou : «  Blanche ! Ce n’est qu’amour et joie » !
C’était moins d’une semaine avant son décès. Je te remercie, Jenny, pour cet enseignement. Ce n’est qu’amour et joie. Pouvons-nous envisager cela comme une possibilité dans nos cœurs lorsque nous étudions ce grand mystère ? Je sais que, plus je vieillis, et plus je me demande si je serais capable de dire une telle chose sur mon propre lit de mort, mais c’est assurément de cela que je parle à l’heure où je m’approche de mon lit de mort. Cet amour et cette joie sont réellement juste là, à notre portée si nous nous ouvrons à eux. Et je pense que nous familiariser avec les enseignements bouddhiques, et surtout avec l’enseignement sur l’amour bienveillant nous y aidera.
J’ai reçu un e-mail du mari de Jenny lorsqu’elle est décédée. Lorsqu’ils se sont souhaité bonne nuit, elle lui a dit :« Je vais rencontrer le mystère ». Ce furent ses derniers mots  pour lui.
Alors, je vous offre cette phrase : « Je veux être pleine de curiosité », parce qu’elle m’a incroyablement  aidée au fil des ans.

Comment vivre quand on va mourir
Je suis venue à la pratique parce que j’ai découvert que j’allais mourir – moi, personnellement. Je n’y avais tout bonnement jamais pensé auparavant, mais un soir, alors que nous étions ensemble, ma meilleure amie, qui avait mon âge et avait des enfants de l’âge des miens, a été prise de maux de tête. Ces maux de tête étaient si violents qu’elle alla consulter le lendemain matin. On lui diagnostiqua une tumeur cérébrale inopérable. Elle tomba dans le coma et mourut. Tout alla très vite. Il s’était peut-être écoulé un mois tout au plus depuis sa première migraine.
Ç’aurait pu tout aussi bien être moi plutôt que Pat. Oh, mon dieu ! Je vais mourir !
Mais la pensée suivante fut : « Comment vivre  quand on sait qu’on   va mourir ? » Cette question a été un tel cadeau pour moi. Et je me suis mise en quête de quelqu’un qui pourrait me dire comment vivre en sachant que  je vais mourir. Et je sais que je vais mourir.
Alors, je voudrais partager avec vous ces cinq considérations de l’Upajjhatthana Sutta du Bouddha :
Il est dans ma nature de vieillir. Il n’existe aucun moyen d’échapper à la vieillesse.
Il est dans ma nature de tomber malade. Il n’existe aucun moyen d’échapper à la maladie.
Il est dans ma nature de mourir. Il n’existe aucun moyen d’échapper à la mort.
Il est dans la nature de tout ce qui m’est cher, de tout ce que j’ai et de tout ce que j’aime de changer. Il n’existe aucun moyen d’éviter de le perdre.
Mes actions sont ma seule vraie propriété. Je ne peux pas échapper aux conséquences de mes actions. Mes actions sont le sol sur lequel je m’appuie.
Ces cinq considérations me semblent fournir des indices sur comment vivre quand on sait que l’on va mourir.

Soyez attentifs à comment vous vivez.                                   

Soyez attentifs à vos actions.   

Vos actions sont-elles bienveillantes ?                          

Vos actions sont-elles honnêtes ?                                 

Vos actions sont-elles étayées par le désir d’aider les êtres, de leur être bénéfique ?                     

Vos actions sont-elles égoïstes ou généreuses ?                

Comment vivez-vous cette vie ?  

Retour au sommaire