N°223 – Décembre 2016

bouddhableuLe mois de Décembre est pour nous un mois particulier, puisque nous fêtons à l’aube du 8 décembre, quand se lève l’Etoile du matin, la grande Illumination du Bouddha, « Jodo-e ».
C’est pourquoi dans tous les Temples des Ecoles Zen la semaine qui précède est une semaine de méditation, pendant laquelle nous aussi nous nous asseyons sous notre « Arbre de l’Eveil ». Notamment la nuit du 7 au 8 qui est généralement passée toute entière dans le Zendo.

 

feuille1Cette année, La Demeure sans Limites vous propose une retraite avec une méditation jusqu’à minuit le soir du 7, et une réflexion autour des Enseignements de Jôkei Sensei sur l’Eveil du Bouddha.
Pour connaître mieux la Grande Nuit de l’Eveil, des textes et des illustrations :
<http://lulena-zen.blogspot.fr/2014/12/jodo-e-lillumination-du-bouddha.html>
feuille1Pour accompagner cet Eveil du Bouddha dans lequel nous vivons encore aujourd’hui, nous avons consacré ce numéro de Daishin à la Joie – mudita – et à dire « OUI »
Quelle plus grande joie en effet pour nous qui marchons sur la Voie réouverte il y a 2.500 ans que de voir ce visage « toujours souriant » du Bouddha et suivre ses traces…
Les textes ont été écrits pour la plupart, à la fin d’une retraite : « Dire oui. Sourire » Sourire comme nous y incite Thich Nath Hanh avec le Yoga Smile. Et de là, vous découvrirez, pas le « running », mais le « pausing » !
Enfin, le tout dernier texte nous propose une réflexion : et si tous les sièges sur lesquels nous nous asseyons quotidiennement étaient des zafous, lieux d’Eveil ?       Jôshin Sensei

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Sommaire

La Joie et l’Eveil Mokusho D.

DIRE OUI :
Dire non, dire oui ; Dire oui au non ; Oui à la pratique ; « Oui » c’est prendre refuge ; Oui, et plus d’obstacles ; Dire « oui » est un voeu ; Dire oui spontanément.

Yoga Smile Thich Nath Hanh

Le « pausing » Irène Toen

Zafous, Lieux d’Eveil…partout ? Marie Seikyu

Illustrations : quotestoday, 123rf, Yvon, cosmobotanical,  jodo.org, pinterest, background-vector-illustration shop.org

 

La Joie et l’Eveil

feuille1Lorsque l’on songe à l’enseignement du Bouddha, on évoque souvent les Quatre Nobles Vérités, alors que beaucoup considèrent l’enseignement de la Coproduction Conditionnée comme la véritable pierre angulaire du bouddhisme.

Les Quatre Nobles Vérités, le tout premier discours du Bouddha, pose l’universalité de la souffrance. D’où, peut-être, l’image fausse d’un bouddhisme négatif, pessimiste. Il n’en est rien bien sûr. Regardez les visages épanouis de nos enseignants les plus écoutés ! La joie est un thème trop peu évoqué. Et pourtant la méditation nous met aussi en contact avec la joie. Demandez à Jôshin Sensei ce qu’elle en pense ! Toujours, elle revient à la joie. C’est elle qui attire mon attention sur le passage suivant du livre bien connu de Walpola Rahula, L’enseignement du Bouddha à travers les textes les plus anciens nous l’affirme :     la joie est un “facteur d’éveil”.

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« Cette constatation [de l’universalité de la souffrance] ne rend pas du tout mélancolique ou désolée la vie d’un bouddhiste, comme certains seraient bien à tort tentés d’imaginer. Tout au contraire, un vrai bouddhiste est le plus heureux des êtres. Il n’a ni crainte ni anxiété. Il est toujours calme et serein. Ni les bouleversements, ni les calamités ne peuvent le troubler. Il voit les choses telles qu’elles sont.
Le Bouddha ne fut jamais mélancolique ni lugubre. Ses contemporains l’ont décrit comme “toujours souriant” (mihita-pubbamgama). Il est toujours représenté dans la peinture et la sculpture bouddhistes avec un visage heureux, serein, content et compatissant. On ne peut discerner chez lui aucune trace de souffrance, d’angoisse ou de douleur. L’art et l’architecture, les temples bouddhistes ne donnent jamais une impression de mélancolie, ou de tristesse, il en émane, au contraire, une atmosphère de calme et de joie.

Bien que la vie contienne de la souffrance, un bouddhiste ne doit pas être morose à cause d’elle, il ne doit ni s’en irriter, ni s’impatienter. L’un des premiers maux de la vie, selon le bouddhisme, est la répugnance ou la haine. La répugnance (pratigha) est expliquée comme signifiant “la malveillance à l’égard des êtres vivants, devant la souffrance et ce qui se rapporte à la souffrance ; sa fonction consiste à produire une base pour un état malheureux, une conduite mauvaise”.      C’est donc une erreur d’être impatient à propos de la souffrance. Être impatient, s’en irriter, ne la fait pas disparaître. Cela ne fait au contraire qu’accroître notre affliction, qu’aggraver et rendre plus amère une situation déjà pénible. Ce qu’il faut, c’est éviter de se laisser aller à l’impatience, à l’irritation, mais comprendre, au contraire, la souffrance, comment elle vient, comment on peut s’en débarrasser et y travailler avec patience, avec intelligence, avec détermination, avec énergie.

arbre-doreIl y a deux anciens textes bouddhistes d’une grande beauté poétique, appelés Theragāthā et Therigāthā qui sont remplis d’expressions joyeuses de disciples du Bouddha, hommes et femmes, qui avaient trouvé la paix et le bonheur en suivant son enseignement. Le roi de Kosala fit une fois la remarque, parlant du Bouddha, qu’à la différence de beaucoup d’adeptes d’autres systèmes religieux, les propres disciples du Bouddha “étaient joyeux et transportés (hattha-pahattha), jubilants et exultants (udaggudagga), heureux dans la vie spirituelle (abhiratarupa), leurs facultés satisfaites (pinitindriya), exempts d’anxiété (appossukka), sereins (pannaloma), paisibles (paradavutta) et vivant avec un esprit de gazelles (migabhutena cetasa), c’est à dire le cœur léger”. Le roi ajouta qu’il croyait que ces heureuses dispositions étaient dues au fait que “ces Vénérables avaient certainement réalisé la haute et pleine signification de l’enseignement du Bienheureux”.
Le bouddhisme est tout à fait opposé à une attitude d’esprit mélancolique, triste, sombre et morose, qu’il tient pour un empêchement à la compréhension de la Vérité. Il faut ici se rappeler que la joie (piti) est un des sept bojjhamga, “facteurs d’éveil”, qualités qu’il est essentiel de cultiver pour réaliser le Nirvāṇa.
Mokusho D.

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Zafous, Lieux d’Eveil… partout ?

feuille1Pendant cette dernière retraite j’ai choisi de travailler sur Zafou Lieu de l’Eveil.
Le zafou est le lieu de l’Eveil, nous devons avoir cela à l’esprit quand nous le manipulons, quand nous le posons ; avec les deux mains, comme lorsque l’on porte son rakusu. Mais le zafou est aussi un coussin et parfois il peut servir de siège, par exemple au moment des temps d’échanges. Puis zazen reprend et le Lieu de l’Eveil est juste là.
Voilà ce que j’ai compris de ce que Sensei nous a dit lors de la journée de zazen de septembre.
Si le zafou peut devenir un siège, j’ai essayé de tester pendant cette retraite ce que cela change si je considère les différents sièges sur lesquels j’ai l’occasion de m’assoir comme des Lieux d’Eveil : un fauteuil de bureau,  une banquette de métro, une chaise de cuisine, … peuvent-ils devenir des « lieux d’Eveil » ? Dans l’absolu oui surement… mais concrètement comment ça se passe ?
Dans le corps. Le dos se redresse, le regard se place, le souffle devient tranquille, le corps se pose entre ciel et terre et fait gasshô, réellement quand c’est possible ou intériorisé dans les lieux publics. Gasshô, comme un grand « oui » du corps et de l’esprit, un « oui » qui élève.
J’avais déjà fait l’expérience de revenir à zazen dans les lieux public, comme les transports en commun  par exemple, en accueillant ce qui se passe autour. Mais finalement dans une certaine séparation « je fais zazen au milieu des autres ». Là l’expérience était tout à fait différente. Si le siège sur lequel je suis assise devient Lieu de l’Eveil, alors toutes les personnes assises autour de moi sont aussi sur le Lieu de l’Eveil…
« S’assoir avec tous les êtres » est devenu concret, vivant et zazen assise sur un zafou, face au mur dans un endroit calme, s’en est trouvé modifié, plus ouvert… ?
Marie Seikyu

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