semerveiller-smallJeûne :

Jeûner pour le  climat,
jeûner pour la   planète.
Jeûner pour tous ceux, êtres vivants de tous poils, de toutes plumes et de toutes feuilles, qui sont victimes de son dérèglement.
Jeûner pour tous ceux qui ont tout perdu et bien plus encore, et qui partent à la recherche, au péril de leur vie, d’un peu de sécurité, d’une existence peut-être un peu meilleure et d’un ailleurs qu’ils espèrent moins hostile.

Mais aussi jeûner pour tous ceux qui souffrent – dans la rue, dans la solitude de leur foyer, à l’hôpital. Jeûner pour ceux qui, contrairement à moi ce matin, n’auront pas reçu une mauvaise et une bonne nouvelle : oui, mon père a fait un malaise et il est hospitalisé, mais ça ira.
Pour cette fois, ça ira. Il va bien. Les médecins veulent juste s’assurer qu’il va bien, que ça ira – pour cette fois, ça ira.

Jeûner et prendre patience en écoutant ma mère m’énumérer tous les scénarios catastrophes que j’étais arrivée à écarter de mon esprit – ceux qui auraient pu se produire, ceux qui pourraient encore venir.

Prendre patience et essayer de mobiliser des trésors d’affection pour apaiser la peur.
La mienne, la sienne. La leur.
Pas de sentiment d’injustice, non.
Juste l’impression d’avoir eu, d’avoir, beaucoup de chance. Parce pour cette fois, ça ira.

Françoise

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Excuses :

Un ancien élève du collège est venu pour s’excuser auprès des professeurs, de l’attitude qu’il avait pu avoir envers eux.
Il nous a dit également son regret pour la dernière parole prononcée devant notre collègue décédée l’an dernier.
Je l’ai invité à écrire au fils de cette dernière…

Il arrive assez souvent que d’anciens élèves viennent nous voir, mais c’est la première fois que c’est dans l’intention de s’excuser. J’en ai été profondément touchée.   A.C.

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La prison du Désir :

Que se passe-t-il  si vos pensées sont trop douloureuses à supporter ?

Chaque jour des vingt années que j’ai passées en prison pour vol à main armée, j’ai entendu utiliser le mot « liberté » sans cesse, comme si c’était une prière.
Pour nous tous, les condamnés, cela signifiait la même chose : être dehors, être de retour dans le monde.
Cette merveilleuse sensation de liberté- elle occupait toutes nos journées, nos rêves, notre imagination. Et malgré toutes ces discussions sur la liberté, peu d’entre nous voyaient qu’ils étaient déjà enfermés longtemps avant d’être arrivés en prison.

Des années entières de ma vie s’étaient passées dans la prison de mes propres désirs et de mes propres aversions : je prenais de la drogue, de l’alcool, et des relations toxiques comme si c’étaient de l’aspirine.

J’ai résisté à la pratique de la méditation pendant mes premières années de vie en prison pour la simple raison que je ne pouvais pas être seul avec moi-même. La douleur de voir ce qu’il y avait dans mon coeur était trop grande.
Je pouvais plus facilement m’y retrouver dans le monde de la prison que dans le cloaque qu’était mon propre coeur. Je ne pensais qu’au carnage, qu’à la violence, au sexe, à la drogue. Dans ma tête, je tuais, violais, volais, mutilais. Je ne voulais pas rester seul avec cette personne.

gasshoDes années ont passé et finalement j’ai trouvé le courage de faire face à moi-même, pensant que je pourrais manipuler mon esprit. Je m’asseyais pendant des heures tout en essayant d’éloigner de mes pensées les souvenirs angoissants du passé, les plaintes, l’amertume et la violence.

Que je n’aie aucun contrôle sur mes pensées ne m’était pas venu. Je ne pensais pas mes pensées, elles se pensaient elle-mêmes.
Quand je réalisai cela, je fus profondément soulagé. Les pensées n’étaient pas moi, et quel que soit le jugement que je pouvais porter dessus, il n’était pas nécessaire.
Ma responsabilité était seulement de m’asseoir avec elles, sans raison, sans agenda, sans jugement.
Quand je cherche la liberté maintenant, je ne la trouve pas dans les rêves, ni dans mon imagination, mais dans ma pratique de l’assise. Quelle sorte de liberté existe dans le fait de ne rien faire ? C’est la liberté de ne pas interférer ni réagir.

C’est la liberté de simplement observer. Je n’ai pas à juger le trauma qui s’élève dans mon esprit. Je n’ai pas à entrer dans les centaines de récits qui vont essayer d’occuper mon esprit pendant la journée. En ne m’accrochant pas aux pensées et aux idées, aux désirs et aux envies, aux ressentiments et aux colères, mes pensées et émotions les plus négatives ont disparu dans une espèce de brume qui s’élève toujours mais ne domine plus ma vie. J’ai trouvé la liberté : c’est la liberté du non-attachement, la liberté de ne pas se cramponner ni résister. C’est la liberté qui me permet d’être avec moi.oui-merci

Ananda Baltrunas est un vétéran de la guerre du Vietnam ; il a accompli une peine de 20 ans dans une prison de haute sécurité en Illinois. Il en est sorti en 2003. Ordonné prêtre dans l’Ecole de la terre Pure, il habite à l’Udumbara Sangha Zen center en Illinois.

Traduction :
Jôshin Sensei

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