« La destruction de la nature et des ressources naturelles résulte de notre ignorance, de notre avidité et du manque de respect pout les êtres vivants. Ce manque de respect s’étend aussi aux descendants de tous les êtres vivants qui vont hériter d’une planète très dégradée si la paix mondiale ne devient pas une réalité, et si la destruction de l’environnement se poursuit à ce rythme. Nous sommes une génération-pivot ».  Dalaï-Lama

Que ferait le Bouddha ?

Nous bouddhistes, comme tout le monde, nous sommes dans une situation si critique actuellement que nous devons y faire face rapidement. Si vous n’êtes pas au moins vaguement conscients des problèmes urgents, c’est qu’ou bien vous ne faites attention à rien, ou bien il y a quelque chose qui ne va pas dans votre façon de voir. J’imagine qu’il y a un enfer (enfer bouddhiste comme enfer chrétien) réservé à ceux qui refusent d’abandonner leur indifférence auto-centrée qui leur permet de méditer indéfiniment sur leur coussin, tandis que le reste du monde court à la catastrophe.

Notre pratique doit aller au-delà de nos coussins et du zendo, pour englober une compréhen-sion large de ce qui se passe dans le monde, dans notre monde. Comme Kwan yin, (Kanzéon) nous devons entendre, et répondre à sa douleur.

    Nous pensons parfois que pratique de la Voie du Bouddha signifie « Seulement voir, seulement entendre, seulement ressentir est bien ! Les concepts sont mauvais ».

Il y a des moments et des endroits où nous devons nous concentrer sur les phénomènes sensoriels et mentaux. Néanmoins une telle méditation n’est pas suffisante en elle-même. Si notre pratique bouddhiste nous rend allergique à tous les concepts, à toutes les abstractions, alors nous devrions aller voir l’Arctique de nos yeux, observer la glace qui disparaît, et le permafrost qui fond, et les taudis de Mumbai et de Nairobi pour voir comment survivent les familles là-bas, et l’Iraq, pour apprendre ce que « apporter la démocratie au Moyen Orient » veut vraiment dire… et encore bien d’autres endroits.

   

Ceux d’entre nous qui ne  peuvent pas voyager doivent utiliser d’autres façons pour développer leur prise de conscience, employer leurs facultés critiques pour comprendre les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui.

Croire que « attention » (ou pleine conscience*) signifie être présent seulement à mon environnement immédiat, placer des limites à notre prise de conscience, ne fait que repro-duire un de nos grands problèmes : notre déconnexion avec les autres, et le monde dans lequel nous vivons. « Anatta »,  le « non-moi » des Enseignements signifie qu’il est illusoire de séparer mes « propres intérêts » de ceux des autres.

Dire « Je dois d’abord m’occuper de mon propre Eveil avant de pouvoir aider les autres », ou bien « Du point de vue de l’absolu, tous les êtres sont vides » ne sont au mieux que des demies-vérités.

Les évènements ne vont pas attendre que vous ou moi ayons atteint l’Illumination.

Nous devons faire ce que nous pouvons, à partir de ce que nous sommes ici et maintenant.        

De plus c’est oublier comment fonctionne une pratique spirituelle : c’est en prenant soin du reste du monde que nous dépassons notre moi auto-centré.

Contrairement à une erreur répandue, les bodhisattvas ne reculent pas leur éveil parfait pour rester dans le monde, c’est en restant dans le monde et en aidant les autres qu’ils perfectionnent leur Eveil. Nous nous éveillons de notre auto-souffrance dans un monde plein de souffrance, avec la réalisation que je ne suis pas séparé de ce monde.

   Et « vide » ? oui et non ; le vide est aussi la forme. Il ne s’agit pas de rester sereinement dans la vacuité, mais de chérir ce réseau de vie imbriqué dans tout (Filet d’indra*) que la Terre a miraculeusement créée et dont nous partageons l’activité miraculeuse avec tous les êtres. Il ne s’agit pas d’atteindre quelque état de conscience transcendant, mais de réaliser notre non-dualité fondamentale avec le monde, et agir.

filet-indra

Que ferait le Bouddha ? 

Est-ce qu’on va répondre qu’on ne peut pas savoir, parce qu’il n’est pas là pour nous répondre ? 

Si le Bouddha ne vit pas en nous, et en tant que nous, c’est bien vrai qu’il est mort alors. Mais notre challenge le plus urgent est de chercher comment appliquer les Enseignements du Bouddha à notre situation présente. Si ces Enseignements ne peuvent pas nous aider à comprendre et à répondre aux crises globales que nous affrontons aujourd’hui, alors qu’est-ce que ces Enseignements ?

Le plus fondamental des Enseignements du Bouddha est aussi celui qui nous donne une compréhension profonde des crises collectives actuelles : la relation entre la souffrance, au sens large du terme, et le sentiment illusoire d’un moi qui serait séparé des autres. Un tel « moi » est sans cesse à la recherche d’une -fausse-sécurité, et cette recherche tend à rendre les choses pires. Et cela nous montre comment le « moi collectif » de chaque groupe essaie lui aussi de promouvoir ses propres intérêts au détriment des autres groupes.

Nous sommes là au coeur du sexisme, du racisme, du nationalisme, du militarisme, et de tous les -ismes.

Si le sens de la séparation est le problème, alors embrasser l’interdépendance va être à la base de toute solution.

L’interdépendance n’est pas seulement une compréhension profonde à cultiver sur nos coussins ; un monde de souffrances demande que nous en faisions l’expérience profonde- que nous la réalisions, au sens de rendre réel, dans notre façon de vivre.

Si les bouddhistes ne veulent le faire, ou ne trouvent pas de moyens de le faire, alors le bouddhisme n’est pas le chemin spirituel dont le monde a besoin aujourd’hui.

* ajouts de Jôshin Sensei

David Loy est un philosophe, un auteur et un enseignant dans le lignage Zen du Sanbo Kyodan. Voir « Notes pour une Révolution Bouddhiste ».

http://www.ecobuddhism.org/wisdom/editorials/wwtbd   

Traduction : Jôshin Sensei

Et vous qu’en pensez-vous ? Comment comprendre ce qui se passe à la lumière des Enseignements ?

Comment mettre en actes la non-dualité, le Filet d’Indra ?

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