मौनम् En vrac :

मौनम्

nonnes3Les photos des petites nonnes en rose viennent de l’association PASDB. Ce sont des petites filles orphelines ou abandonnées recueillies par l’association dans un lieu-abri-école où elles peuvent vivre loin des dangers de la rue et recevoir une éducation. Elles sont, comme il est d’usage en Asie du Sud-Est, « novices provisoires », et cela n’engage en rien leur avenir. En Asie du Sud-Est, tous les enfants, ou plus exactement tous les petits garçons, passent un certain temps, généralement six mois, dans les temples comme novices, un moment d’éducation religieuse et spirituelle.

मौनम्

Florence a rencontré Jôshin Sensei il y a 5 ans à une conférence. Elle a une démarche spirituelle chrétienne. Elle est venue nous voir au printemps. Elle nous a parlé de l’ONG qu’elle a fondée : Les Bus du Partage. Nous vous recommandons d’aller voir son site : www.reflexepartage.org   
C’est un beau travail.

Illustrations : Bodhicitta Foundation, freepick, shximal, PASBD.

nonnes4

RETOUR AU SOMMAIRE

मौनम् Un petit caillou dans la ville

Comment garder l’attention, la présence qui nous accompagnent pendant les retraites ?  J’ai constaté que pour ma part, si à la maison et sur le chemin du travail, le travail sur la respiration, sur la pause, se mettait en place peu à peu, une fois arrivée au lycée, «le pilotage automatique» et le flot des pensées reprenaient rapidement leurs droits ; je devais trouver un moyen de modifier cela.
Un jour,  Laurent nous a expliqué que la sonnette de son cabinet qui retentissait à l’arrivée de chaque patient l’aidait à revenir à la pleine attention ; j’avais besoin en fait d’un «équivalent sonnette ».
Au lycée nous avons aussi la sonnette, celle de fin des cours, mais elle n’est pas idéale. Car dès qu’ils l’entendent, les élèves de la classe sont dans les starting blocks, je dois alors terminer rapidement ma phrase et leur donner le travail pour la fois suivante avant qu’ils ne se ruent vers la porte de sortie et qu’à mon tour je me dépêche de « remballer » mes affaires, fermer la porte, traverser les couloirs encombrés, changer le cas échéant de bâtiment et arriver dans la nouvelle salle (8 différentes pour moi cette année) dans les 5 mn imparties avant  la nouvelle sonnerie de début de cours. Je me suis dit d’abord pourquoi ne pas couper le flot des pensées durant ces trajets, j’ai essayé, mais sans succès car je suis à ce moment là toujours dans le contenu du cours suivant.

Comme dès que j’arrive dans une salle j’ouvre mon sac et pose ma trousse  sur le bureau, j’ai pensé qu’un petit objet dedans pouvait tenir ce rôle de «pause» dans le pilotage automatique.
J’y ai donc mis un joli petit caillou rayé noir et blanc ramassé un été dans une rivière cévenole, tout lisse de s’être frotté avec plein d’autres petits cailloux semblables, et qui avait peut-être aussi roulé auparavant dans un petit ruisseau comme celui de Ryokan.

Depuis, je le sors à chaque début de cours en même temps que le stylo sur le bureau, je prends une grande inspiration et « je m’ancre ici », et quand pendant l’heure mon regard tombe sans le chercher sur lui, il me fait « coucou je suis là » et « je reviens ».

Tout dans la simplicité.
Un grand merci à tous les petits cailloux… et à toutes les retraites !

Martine  S.

RETOUR AU SOMMAIRE

मौनम् Quand tout est fini

Retraites : la revue américaine Buddhadharma a publié cet hiver un numéro « Your Guide to Retreat Practice » dont nous avons traduit quelques extraits : pourquoi, comment faire une retraite, et que faire après la retraite, lorsque l’on rentre chez soi.
Buddhadharma : Parlons d’abord de ce que les personnes peuvent faire pour continuer et nourrir ce qu’ils ont reçu pendant la retraite, lorsque la retraite est finie.

Rimpoche : D’abord, vous devez vous asseoir en méditation formelle chaque jour. Pas forcément pour longtemps – peut-être une demie-heure, selon le temps dont vous disposez et votre volonté.

Réfléchissez comment  méditer plus que vous ne le faites déjà, mais sans vous promettre trop. Il est plus important de construire une habitude, qu’elle soit de dix ou trente minutes, parce que même parmi les personnes qui aiment la méditation, quand  il s’agit de pratiquer régulièrement, toutes ne le font pas.

Plein de gens disent qu’ils n’aiment pas regarder FaceBook aussi souvent, que c’est une perte de temps, mais finalement ils n’arrivent pas à contrôler cette habitude.    Pour mettre fin à une habitude, il faut en développer une autre.
Construire une nouvelle habitude va prendre entre vingt et trente jours. Donc fixez-vous l’objectif d’une méditation qui soit faisable dans votre vie, et tenez-vous y, que cela vous plaise ou pas, et au bout de trente jours, cela deviendra plus facile à garder. Mais vous avez besoin aussi de la méditation informelle, que vous pouvez faire n’importe où, n’importe quand, en marchant, en mangeant, dans votre travail, en regardant la télé, ou en vérifiant FB.

papillons2Pas besoin d’un coussin, ou d’une position particulière : soyez juste conscient de votre méditation, même quelques secondes.  Mettre cette pratique dans votre vie vous aidera  à poursuivre votre retraite.

 

Buddhadharma : Que diriez-vous à quelqu‘un qui se demande si la retraite est une bonne idée pour lui/elle ?

Rimpoche : Il y a trois choses importantes : la motivation, l’équilibre et le non-attachement à l’expérience de la méditation.

N’attendez pas trop d’une retraite. Dites-vous seulement : « je vais faire une retraite, qu’elle soit bien ou pas. Du moment que je ne tue personne au cours de la semaine, tout sera bien » ! Faites simplement de votre mieux ; quant à la motivation, dites-vous : » Je vais faire une retraite, pas seulement pour moi, mais aussi pour mes amis, ma famille, mes collègues, la société, le monde entier ».

Si vous êtes bouddhiste, pensez à faire naître bodhicitta (l’esprit d’éveil) pour le bénéfice de toutes les créatures vivantes, afin que vous puissiez reconnaître votre véritable nature et vous éveiller complètement.

Parfois une retraite est une expérience merveilleuse, et parfois l’esprit est agité, plein de pensées et d’émotions. Ne cherchez pas si votre expérience est paisible ou pas. Essayez juste ce que j’appelle « méditation zéro », ça veut dire que vous allez juste essayer de méditer, sans vous occuper si vous avez une expérience de méditation ou pas.
Cet effort d’essayer vous amènera   à une authentique méditation dans  le futur. Alors, ne restez pas avec l’expérience de la méditation, mais avec le désir de méditer.
C’est ainsi que vous trouverez l’équilibre, essayez de votre mieux, mais sans vous accrocher aux résultats.
Si vous faites l’expérience d’état de conscience joyeux, ou de moments de clarté non-conceptuels, ne pensez pas « j’ai atteint l’illumination », ou « cette expérience va durer toujours ». Ceci, c’est l’esprit d’attraper et d’être attaché. Pas de problème de se sentir bien avec son expérience de méditation, d’avoir de la gratitude. Mais ne vous y attachez pas.  Vous avez eu une expérience de méditation merveilleuse aujourd’hui… qui sait comment ça va aller demain !

Mingyur Rimpoche
Buddhadharma Winter 2016.
Traduction : Françoise

RETOUR AU SOMMAIRE

मौनम् Le silence n’a rien à voir avec le bruit

Enfant, je découvrais que le silence n’est pas silencieux. Le silence est un vacarme. Je l’exprimais sous la forme d’un dessin dont le titre était « les bruits du silence ».
Quand j’ai choisi de parler du silence, je me suis dit : « C’est bien prétentieux ». Car parler du silence, si cela n’a rien à voir avec le bruit, alors c’est parler de ce qui existe de plus profond.
Si le silence n a rien voir avec le bruit, alors qu’est-ce que le contraire du silence ?

L’un de mes premiers souvenirs à   La Demeure sans Limites fut une instruction de Jôkei Sensei dans la cuisine. Pendant que je faisais la vaisselle, elle me dit :  « Si l’on fait du bruit, c’est souvent que l’on ne fait pas attention a ce que l’on fait ».

A ce stade, Jôshin Sensei m’interrompra et me dira :  « C’est bien beau, mais vous en tant que rakusu, comment allez-vous mettre  le silence dans votre vie ? ».

Quelques mesures que j’essaye de suivre :marcher en silence en regardant le monde.
Le portable : ne le regarder qu’à quelques moments de la journée et m’interdire absolument de le regarder et de m’en servir en réunion, pendant les repas, dans le métro et quand je marche.
La radio : limiter son écoute et quand je l’écoute, l’écouter vraiment.
Dialoguer par sms ou Facebook est-ce être silencieux ?
Le silence est-ce être en intimité avec soi-même ?

papillon4Mais le silence implique-t-il la solitude ?
A La Demeure sans Limites nous vivons pourtant l’expérience du silence les uns à côté des autres.
L’Éveil avec une feuille qui tombe (histoire du Zen) : il me semble que l’Eveil a un rapport avec le silence.
Et aussi l’Eveil de Maître Dogen : « C’est comme un grand éclair dans un ciel sans nuage » commente le disciple du Maître qui venait de confirmer l’Eveil.  L’éclair déchire le
ciel en silence et le bruit ne vient qu’après. Un grand éclair est un instant de silence.
Le silence, c’est comme le vide ou le présent. Une idée qui se loge dans les interstices (bruits).

Il y a le silence quand le soleil se couche. Tout l’univers semble chuchoter, juste avant  le coucher du soleil.
Le silence de la nuit… Il n’y a pas plus silencieux que la nuit, éclairé par la lune et pourtant quel vacarme.

Ma vraie et première expérience du silence fut à La Demeure sans Limites.
Quand nous sommes à table avec Sensei. Avant de manger, il y a une sorte d’instant que Sensei choisit. Elle réunit les mains, et là il y a le silence et cela semble magique comme si la nature aussi s’arrêtait pour marquer le début de notre déjeuner. Puis juste après nous mangeons. Cela se répète à chaque fois. C’est une magie.
J’ai essayé de le faire moi-même lorsque j’ai passé une semaine dans l’ermitage.

Avant de manger ou avant de faire zazen. J’ai vu que moi aussi j’avais ce pouvoir de faire taire le vent, les animaux … bref, de faire silence avec tout l’univers. J’étouffe le bruit de la forêt avec mes deux mains en gasshô. Si, c’est possible !

Ainsi le silence n ‘est pas une absence de bruit et donc un contexte à rechercher mais une écoute attentive du monde.

Quand j’ai commencé le zen, la radio dans ma voiture s’est mise à me gêner, puis la radio chez moi aussi. Et puis j’ai évacué de ma vie, sans efforts, plein d’autres bruits que je n’avais jamais entendus avant.
Je crois que j’ai arrêté de me mettre en colère à cause du bruit. C’est comme si le silence était une sorte d’effeuillage, où l’on se dépouille de bruits pour aller au plus proche du monde tel qu’il est.

Le silence devient alors une écoute et un regard, et les choses qui font du bruit deviennent des choses qui font du silence comme : le bruit du moteur de sa voiture, l’eau qui coule du robinet, le murmure d’ une foule, un train qui arrive à quai, les bips et les froissements entourant le travail de la caissière au super marché….

Silence et regard : ce qu’apporte le cinéma dans la connaissance du silence. Ceux qui regardent le silence. Le cinéma montre que le silence est accessible à chaque moment de sa vie.

Dans l’un de ses enseignements, Jôshin Sensei nous a raconté l’histoire de ce méditant qui cherchait le silence. Un jour il trouva enfin un endroit dans le désert où le monde était silencieux. Mais à l’instant où il se réjouissait, soudain un grain de sable roule sur la dune et le dérange.

Le silence est une notion liée au fonctionnement de l’oreille chez l’homme. Sur un plan strictement scientifique, le silence ou le bruit sont tous deux des résultantes de  la propagation d’une onde de choc dans le milieu aérien, c’est-à-dire l’atmosphère. Ainsi le silence complet pour l’homme signifierait l’absence d’atmosphère et donc la mort. Il faut donc se garder du silence.

papillons3Le silence est-il seulement un état intérieur ou aussi un état de la réalité objective ?
Parlant des concepts qui relevaient du non-mondain, le Bouddha utilisait une double négation pour les faire comprendre : une chose n’est pas A mais on ne peut pas dire non plus qu’elle soit le contraire de A.
Car peut-on dire quand on parle du silence que l’on parle seulement d’un état intérieur ?  Si le silence n’est pas qu’un état intérieur, il est encore moins une réalité objective et extérieure à nous mêmes.

Thich Nhat Hanh dénonce dans l’un de ses ouvrages le bavardage inutile surtout celui qui se produit pendant les retraites. Le silence c’est ce que nous écoutons mais c’est aussi le bruit  que nous faisons.  Nous avons beaucoup plus de facilité à prendre conscience du premier mais moins du second.

lotusEt ce point me semble rejoindre la « parole juste » de l’Octuple Sentier. Si l’on regarde bien toutes les branches de l’Octuple Sentier, leurs pratiques conduisent ou s’associent au silence. Même les « moyens d’existence justes » me semblent concernés. Peut-on imaginer un moyen d’existence juste qui soit placé sous la marque contraire du silence ?   (En y réfléchissant bien, oui ! Enseignant par exemple, infirmière, et bien d’autres… Jérôme)

Dans le zen, le silence est aussi une parole ou plutôt un enseignement.

Comme le raconte Maître Dogen dans « La Vraie Loi, le Trésor de l’Oeil », Bouddha fait tourner la fleur sans prononcer de paroles et cela constitue son enseignement le plus élevé qui est aux fondements du Zen.

Dans le Sutra du Vimalakirti,  ce dernier propose que les bodhisattvas tour à tour décrivent comment le Bodhisattva accède au réel dans la non-dualité. Puis, à la toute fin, vient le tour de Vimalakirti lui même.

Le Sutra rapporte :
« Nous avons parlé, à votre tour Révérend : dites-nous comment le bodhisattva accède au réel dans la non-dualité ?
Vimalakirti garda le silence.
« Bravo ! s’ écria Manjushri.  Bravo ! C’est seulement avec la fin des mots que l’on accède vraiment au réel dans la non-dualité »
En définitive parler du silence et chercher à en donner une définition, c’est un peu comme le mot « Dharma » dont parle L. Silburn dans « Origines du Bouddhisme » :

« Comprendre le silence, c’est comprendre l’essence profonde du Bouddhisme, le Dharma, la vacuité, le Bouddha ».
Le silence n’a rien à voir avec le bruit.

Jérôme

RETOUR AU SOMMAIRE

मौनम् Le Son du Silence

Dans la vie quotidienne ordinaire, le silence est quelque chose qui n’intéresse personne.
On considère plus important de réfléchir, de créer, de faire des choses — autrement dit, de «remplir» le silence.

En général nous écoutons un son, de la musique, des paroles mais pensons que dans le silence il n’y a rien à écouter. Quand personne ne sait quoi dire dans une réunion, les gens sont gênés, le silence met mal à l’aise.
Pourtant des concepts comme le silence et la vacuité nous montrent une direction à suivre, une chose à observer, car la vie moderne a fait éclater le silence et démolir l’espace. Nous avons créé une société dans laquelle nous sommes sans cesse actifs, nous ne savons pas nous reposer, nous détendre, ni même simplement être. Notre vie est bousculée, notre cerveau brillant s’ingénie à trouver des moyens de nous faciliter la vie et pourtant nous sommes toujours épuisés. Des gadgets sont censés nous faire gagner du temps, nous permettent de tout faire en appuyant simplement sur un bouton, les tâches ennuyeuses sont confiées à des robots et des machines — mais que faisons-nous du temps ainsi gagné ?
nonnes2Il semble que nous ayons toujours besoin de faire quelque chose, de nous agiter, de remplir le silence de bruit et l’espace de formes.

La société met l’accent sur le fait d’avoir une vraie personnalité, d’être quelqu’un capable de prouver sa valeur. C’est la course au plus fort, le cycle incessant qui nous stresse.
Quand nous sommes jeunes et que nous avons beaucoup d’énergie, nous apprécions les plaisirs de la jeunesse comme la bonne santé, l’amour, l’aventure etc.   Mais tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre, du fait d’un accident ou si nous perdons un être particulièrement cher.

Ce qui nous arrive alors peut faire que tous les plaisirs des sens, la bonne santé, la vigueur, la beauté, la personnalité, l’admiration des autres, ne nous procurent plus aucun plaisir.

Nous pouvons aussi devenir amers parce que nous n’avons pas atteint le degré de plaisir et de succès que, selon nous, la vie aurait dû nous accorder. Alors il faudra sans cesse faire nos preuves, être « quelqu’un » et obéir à toutes les exigences de notre personnalité. (…)
Voilà que le silence de l’esprit permet à tous ces conditionnements d’être vus pour ce qu’ils sont.
Quand on sait que tous les phénomènes qui apparaissent, disparaissent, on voit que toutes les idées et les images que nous avons de nous-mêmes et des autres sont conditionnées par le mental (l’habitude, le temps, la mémoire) et que nous ne sommes pas vraiment cela.

Ce que vous croyez être n’est pas ce que vous êtes.
Vous allez demander : « Que suis-je alors ? » mais est-il nécessaire de savoir ce que nous sommes ?
Il est suffisant de savoir ce que nous ne sommes pas.
Le problème vient de ce que nous croyons être toutes sortes de choses que nous ne sommes pas et c’est cela qui nous fait souffrir.
Nous ne souffrons pas d’anatta,  de n’être rien, nous souffrons d’être tout le temps quelqu’un.
C’est là qu’est la souffrance.
Alors quand nous ne sommes pas quelqu’un, ce n’est pas une souffrance, c’est un soulagement, c’est comme poser une lourde carapace d’images de soi et de peur du regard des autres.
Tous ces fardeaux liés au sentiment d’avoir un « moi », nous pouvons les abandonner.
Nous les lâchons, tout simplement.

nonnes1Quel soulagement de n’être personne ! De ne plus nous voir comme quelqu’un qui a toutes sortes de problèmes et qui devrait pratiquer davantage la méditation pour s’en sortir ou qui devrait venir plus souvent à Amaravati ou qui devrait se libérer mais qui n’y arrive pas !
Tout cela est le produit de la pensée, n’est-ce pas ?

C’est fabriquer toutes sortes d’idées sur soi, c’est l’esprit critique qui dit sans cesse que l’on n’est pas assez bon ou que l’on doit s’améliorer. (…)

Ajahn Sumedho
Vous pouvez lire ce texte important en entier sur : http://www.dhammadelaforet.org/sommaire/a_sum/son_silence.html
Traduit par Jeanne Schut             Texte offert par le Refuge

RETOUR AU SOMMAIRE

मौनम् Mauna : silence de l’esprit…

mauna मौनम्   Quelques notes sur le silence

Le silence, ce n’est pas l’absence de tout bruit (pas plus que zazen, ce n’est l’absence de pensée).
Une retraite en silence, c’est surtout une retraite où il n’y a pas de bavardage ni de bruits inutiles. Quand on est avec d’autres personnes il est habituel de se mettre à parler, d’abord pour établir le contact. Autrement, il se peut qu’on se sente mal à l’aise.

Mais il y a d’autres façons d’établir le contact : un regard, travailler ensemble, partager un repas sans qu’il soit nécessaire de parler.

Un exemple de bruits inutiles et agressifs : frapper la cuillère contre le récipient lorsqu’on cuisine, empiler bruyamment les assiettes, claquer une porte, etc… Le bavardage, le bruit constant épuisent, prennent toute la place. Je ne parle même pas de la musique qui accompagne souvent les réunions amicales !

papillons1Être en silence, cela veut dire laisser de la place : on remarquera alors d’autres sons, par exemple le chant d’un oiseau, le bruit de la pluie, une cloche lointaine… et puis cela laisse de la place pour être plus attentif aux autres.

Quand on bavarde, on tend souvent à s’écouter soi-même parler en oubliant même l’interlocuteur, paradoxal si on considère que le langage sert, entre autres fonctions, à établir le contact.

Quand on est en silence, c’est comme si on “voyait” mieux l’autre.
Si on  travaille à plusieurs dans la cuisine en silence (ou dans le jardin, ou pendant le samou ménage) en étant plus attentif à l’autre, on verra mieux où en sont les autres personnes et on trouvera plus facilement notre place dans le travail collectif.

Faire le silence c’est comme faire de la place dans une pièce ou dans une maison trop encombrée. C’est aussi “désencombrer “ son esprit !
Il y a une liaison directe, un aller-retour entre silence extérieur et silence intérieur.

Lorsqu’on bavarde beaucoup, au moment de commencer zazen on s’aperçoit qu’on met plus longtemps à trouver le calme, à se poser. On est très bavard intérieurement aussi !

Je termine avec cette phrase d’un poème, proverbe ? japonais ?

« Les mots que l’on n’a pas prononcés sont les fleurs du silence ».

Catherine

RETOUR AU SOMMAIRE

N°229 – Juin 2017

enfantsmoines
Dernier jour de printemps
les prunes rouges bien mûres tombent –
la forme est le vide
Premier jour de l’été
le fossé complètement vide –
le vide est la forme.
Mike Garofalo
http://www.gardendigest.com/poetry/hapspr.htm
Programme de La Demeure sans Limites
Jôshin Sensei sera à Paris :
– samedi 17 juin,
– samedi 8 juillet.
Jôkei Sensei,
– du 15 au 18 juin : 3 jours et demi de marche silencieuse à travers le Haut Vivarais.
Journée de méditation à Aix : samedi 3 juin.
Un nouveau site : www.zazenensemble.org
– Uposatha, zazen ensemble : les vendredi 9 et samedi 24 Juin.
Rejoignez-nous :  https://framadate.org/8VHK3WKCgMK78bzw
Bienvenue dans la Sangha de La Demeure sans Limites : Gina Hokke
Sommaire
 मौनम्  Mauna : silence de l’esprit…
 मौनम् 

N°228 – Mai 2017

bouddhaMerveilleux ! Comme c’est merveilleux !
Les sermons des créatures inanimées :
vous ne les entendez pas si vous écoutez avec vos oreilles ; écoutant avec vos yeux, vous les entendez.
Hekiganroku, Koan 43

Le programme de La Demeure sans Limites :

– Vesak, le 10 mai
– Jôshin Sensei sera à Paris le 20 mai.
– Jôkei Sensei sera à Annecy le 6 mai.
– Retraite à Rixensart (Belgique) : du 19 au 21.
– Du jeudi 25 au dim. 28 mai : préparation du jardin pour l’été.
– Dim. 28 mai: A. G. de l’association l’Arbre de l’Éveil.
– Le temple sera fermé : du 17 au 22 mai.
– Uposatha, zazen ensemble : les 10 et 25 mai. https://framadate.org/o77Nas8ojKCF2AnJ
Et toujours, infos, textes, enseignements sur le site régulièrement remis à jour : www.montagnes-et-forets-du-zen.org/

Sommaire

Jardiner et… jardiner : la méditation au jardin.  Wendy Johnsons
Commentaires sur ce texte : Jôkei Sensei
Le Nirvana des légumes : Yasai Nehan
Bouddha en action : Jiyu K. Roshi
La pratique des graines : Mike Garofalo
En vrac
Prières pour ce temps de crise écologique (2).

ध्यान Dhyana : méditation

ध्यान Jardiner et… jardiner : la méditation au jardin

La tradition Zen parle de cultiver un champ vide. C’est le champ de notre vie entière rempli de toutes les possibilités et vide seulement d’une identité permanente et immuable, d’une façon absolue d’être. Cela demande vraiment du courage de cultiver ce champ vide qui, depuis l’origine, est vaste et complet en lui-même. Ce champ inclut tous les êtres, animés et inanimés, au sein de sa terre.

Le jardinage se déploie à partir de ce champ vide et de votre engagement avec votre terre pour la connaître parfaitement. Même si votre jardin est composé de terre ramenée de loin, aussitôt que cette terre est déposée sur votre terrain et que vous y plongez les mains, votre travail commence.
Vous cultivez votre vie aussi bien que votre jardin.

bouddha-fleursLe mot cultiver vient du mot latin colere, « cultiver, vénérer, respecter, labourer, et prendre soin de », qui vient de la racine encore plus ancienne « kwel », qui veut dire « tourner autour d’un centre ». Le terrain cultivé dans le jardin est un terrain ordinaire, partagé par un grand nombre et accueillant les foules. Chaque particule de terre, chaque atome, est plein de mystère et de potentiel, et le tout est mélangé. Chaque terrain est une longue, tortueuse histoire révélée par les chuchotis de l’eau et par le souffle de l’air inhalé et expiré ; par des cycles lents de la pierre, du rocher même, qui deviennent de la terre ; et par les voix de la masse grouillante de micro-organismes se nourrissant, se reproduisant et mourant sur la poussière fertile, créant une vie nouvelle hors de leur propre corps, naissant à partir d’une pierre éclatée.

Une de mes vues préférées dans le jardin au printemps est la caille de Californie qui, paresseusement, prend des bains de poussières dans le cycle sans fin de la terre sur les lisières sèches de nos champs irrigués. Elles sifflent, roucoulent et s’accroupissent, font des nids de la poussière légère et se nettoient avec la saleté. Parfois, après une longue journée de travail dans le jardin, j’ai envie de poser ma pelle et de rejoindre la caille pour un long et lent bain de poussière dans la terre sans fond de notre jardin.

Après toutes ces années à les travailler, la terre et l’eau sont devenues ma maison. Je suis devenu ces éléments et ils sont devenus moi. Je pourrais prétendre que mon travail a permis aux groseilliers de pousser, aux longues tiges de noisetiers de s’élever ainsi qu’à la marjolaine d’embaumer, mais je comprends mieux que ça. Mon vrai travail est d’apprendre,  au-dedans  et au-dehors, ma propre terre. (…)
Tous les jardins sont basés sur l’attirance et la connaissance du sol, sur la véritable intimité et la parenté avec votre terrain familier. Cela apparaît non seulement en cultivant le jardin, mais aussi en vous asseyant totalement tranquille sur la terre que vous jardinez et en marchant sans but défini et en pleine conscience sur ce sol.
Ces pratiques sont enracinées dans l’écoute de votre terre en suivant votre jardin jusqu’à sa source. Commencez par vous asseoir tranquillement et ne faites absolu-ment rien. Soyez très détendu sur le  sol, puis ne bougez plus du tout.
Prêtez toute votre attention à ce qui se passe autour de vous.
Observez les ombres des feuilles de mûrier qui bougent comme les cirrus qui se croisent à la surface de votre jardin.
Recevoir un ordre par le battement d’un colibri à la gorge rouge en tirant le nectar rouge de la sauge en fleurs.
Creuser la terre et s’asseoir profondément sur la selle de votre jardin personnel.
Installez-vous en vous-même, et laissez les fleurs de votre force de vie s’épanouir.

Dans les premières années de la Ferme de Green Gulch, quand un nouvel étudiant du Zen venait travailler dans le jardin, nous l’envoyions passer la journée seul  à s’asseoir en méditation là où il voulait dans le jardin.
Quand vous ralentissez ainsi, le vrai jardin se découvre.
C’est vrai aussi pour le vrai jardinier.
Vous vous épanouissez ensemble.

Ça prend du temps et il faut de la volonté pour rester tranquillement assis alors qu’arrive le moment où vous vous ennuyez ou bien lorsque vous pensez à au moins trente choses importantes que vous devez faire immédiatement dans le jardin. Au lieu de cela, prenez tout votre temps et ne bougez pas, même si vous n’avez qu’une demi-heure pour rester au jardin. Dans cette culture absolue pour être dans le calme, la véritable nature de votre terre est exposée. Les fourmis terrassières près de l’endroit où vous êtes assis vous montrent comment cultiver le terrain sec. Vous apprenez à labourer avec les vers de terre bleus qui tirent la paille pourrie dans le sous-sol du cognassier.
Prêtez attention au geai qui picore les premières pommes et à ce qu’il vous montre de l’état de mûrisse-ment de votre fruit et de la terre qui fait pousser un bon fruit. Mais au-delà de tout moment particulier, s’asseoir calmement sur la terre vous ramène à vous-même et à la fraîcheur de tout le jardin.

« The living soil », Wendy Johnsons.
Traduction : Jôkei Sensei
ध्यान S’asseoir tranquillement et ne rien faire,

bottessimplement être à l’écoute, n’est-ce pas une forme de méditation ? D’ouverture à l’extérieur et à l’intérieur.
Prendre son temps, s’arrêter, regarder, écouter, se laisser imprégner. Ce sont tous les sens qui s’harmonisent et là l’apprentissage peut avoir lieu. Ce n’est pas le jardinier qui produit mais le jardinier s’éduque, apprend des insectes, des vers de terre, des oiseaux. Ou bien il est autant jardiné qu’il est jardinier.
Tout est exposé et vous le voyez et vous le vivez. C’est la carapace qui tombe et il n’y a plus de barrière entre vous et le monde.

C’est une belle idée de prendre son temps, même quand on veut se dépêcher ou que l’on trouve que l’on n’a pas le temps, qu’il y a des milliers de choses à faire, terminer, etc. Je voudrais que cet été quand nous allons travailler dans le jardin, nous prenions quelques minutes sans bouger en y arrivant : prendre le temps de s’imprégner de l’atmosphère du lieu et non plus « travailler » dans le jardin mais bien qu’il nous travaille autant que nous le travaillons, prendre le temps pour réellement voir le jardin et y ouvrir son cœur.

Jôkei Sensei   

RETOUR AU SOMMAIRE

ध्यान Yasai Nehan Le Nirvana des légumes

itojachukuhttp://www.gardendigest.com/zen/vegnir.htm
Illustration : Ito Jakuchu 1792
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ito_Jakuchu
ध्यान  Le Nirvana des Légumes

Cette image – le Nirvana des légumes –  nous parle du problème de la vie et de la mort de tous les êtres, animés ou inanimés, ce qui nous fait toujours revenir à l’essentiel de l’enseignement du Bouddha. Effaçant les distinctions habituelles, cet enseignement s’applique aussi bien aux légumes qu’aux humains.
Yoshiaki Shimizu, Multiple Commemorations

ध्यान  Quand un Bouddha qui a atteint la perfection
de la Voie contemple le monde du Dharma, tous ceux qui se trouvent dans le Royaume des arbres et des plantes sans exception deviennent Bouddha
Keami Nue vers 1440

ध्यान  Lorsque ceux qui étudient, ou ceux qui sont déjà au-delà de l’étude éveillent leur esprit,
pour la première fois, ils plantent une nature-de-bouddha.
Travaillant avec les quatre éléments et les cinq groupes,
si ils pratiquent avec sincérité, ils atteindront l’Eveil.
Travaillant avec les plantes, les arbres, les clôtures et les murs, si ils pratiquent avec sincérité, ils atteindront l’Eveil.
Parce que les quatre éléments et les cinq groupes, et les plantes, les arbres, les clôtures et les murs sont leurs camarades d’études ; parce qu’ils sont de la même essence, parce qu’ils sont du même coeur-esprit, et de la même vie, parce qu’ils sont le même corps, et le même fonctionnement.
Dogen Zenji Hotsu Bodaishin T. Cleary Rational Zen.

ध्यान Pour les plantes fuki, les pissenlits et toutes celles qui demeurent patiemment sous la neige, vient la saison du printemps venteux. A ce moment là, ils étirent leurs têtes assoiffées de lumière à travers les interstices de la neige et elles sont immédiatement coupées. Pour ces plantes, le chagrin n’est-il pas aussi profond que celui de parents (dont l’enfant est mort) ? On dit que tout dans les trois royaumes a la nature-de-bouddha. N’est-ce pas vrai aussi pour les plantes ?

Kobayashi Issa, The Spring That Is Mine, 1815


Choix et traductions :  Jôshin Sensei

RETOUR AU SOMMAIRE