ध्यान Jardiner et… jardiner : la méditation au jardin

La tradition Zen parle de cultiver un champ vide. C’est le champ de notre vie entière rempli de toutes les possibilités et vide seulement d’une identité permanente et immuable, d’une façon absolue d’être. Cela demande vraiment du courage de cultiver ce champ vide qui, depuis l’origine, est vaste et complet en lui-même. Ce champ inclut tous les êtres, animés et inanimés, au sein de sa terre.

Le jardinage se déploie à partir de ce champ vide et de votre engagement avec votre terre pour la connaître parfaitement. Même si votre jardin est composé de terre ramenée de loin, aussitôt que cette terre est déposée sur votre terrain et que vous y plongez les mains, votre travail commence.
Vous cultivez votre vie aussi bien que votre jardin.

bouddha-fleursLe mot cultiver vient du mot latin colere, « cultiver, vénérer, respecter, labourer, et prendre soin de », qui vient de la racine encore plus ancienne « kwel », qui veut dire « tourner autour d’un centre ». Le terrain cultivé dans le jardin est un terrain ordinaire, partagé par un grand nombre et accueillant les foules. Chaque particule de terre, chaque atome, est plein de mystère et de potentiel, et le tout est mélangé. Chaque terrain est une longue, tortueuse histoire révélée par les chuchotis de l’eau et par le souffle de l’air inhalé et expiré ; par des cycles lents de la pierre, du rocher même, qui deviennent de la terre ; et par les voix de la masse grouillante de micro-organismes se nourrissant, se reproduisant et mourant sur la poussière fertile, créant une vie nouvelle hors de leur propre corps, naissant à partir d’une pierre éclatée.

Une de mes vues préférées dans le jardin au printemps est la caille de Californie qui, paresseusement, prend des bains de poussières dans le cycle sans fin de la terre sur les lisières sèches de nos champs irrigués. Elles sifflent, roucoulent et s’accroupissent, font des nids de la poussière légère et se nettoient avec la saleté. Parfois, après une longue journée de travail dans le jardin, j’ai envie de poser ma pelle et de rejoindre la caille pour un long et lent bain de poussière dans la terre sans fond de notre jardin.

Après toutes ces années à les travailler, la terre et l’eau sont devenues ma maison. Je suis devenu ces éléments et ils sont devenus moi. Je pourrais prétendre que mon travail a permis aux groseilliers de pousser, aux longues tiges de noisetiers de s’élever ainsi qu’à la marjolaine d’embaumer, mais je comprends mieux que ça. Mon vrai travail est d’apprendre,  au-dedans  et au-dehors, ma propre terre. (…)
Tous les jardins sont basés sur l’attirance et la connaissance du sol, sur la véritable intimité et la parenté avec votre terrain familier. Cela apparaît non seulement en cultivant le jardin, mais aussi en vous asseyant totalement tranquille sur la terre que vous jardinez et en marchant sans but défini et en pleine conscience sur ce sol.
Ces pratiques sont enracinées dans l’écoute de votre terre en suivant votre jardin jusqu’à sa source. Commencez par vous asseoir tranquillement et ne faites absolu-ment rien. Soyez très détendu sur le  sol, puis ne bougez plus du tout.
Prêtez toute votre attention à ce qui se passe autour de vous.
Observez les ombres des feuilles de mûrier qui bougent comme les cirrus qui se croisent à la surface de votre jardin.
Recevoir un ordre par le battement d’un colibri à la gorge rouge en tirant le nectar rouge de la sauge en fleurs.
Creuser la terre et s’asseoir profondément sur la selle de votre jardin personnel.
Installez-vous en vous-même, et laissez les fleurs de votre force de vie s’épanouir.

Dans les premières années de la Ferme de Green Gulch, quand un nouvel étudiant du Zen venait travailler dans le jardin, nous l’envoyions passer la journée seul  à s’asseoir en méditation là où il voulait dans le jardin.
Quand vous ralentissez ainsi, le vrai jardin se découvre.
C’est vrai aussi pour le vrai jardinier.
Vous vous épanouissez ensemble.

Ça prend du temps et il faut de la volonté pour rester tranquillement assis alors qu’arrive le moment où vous vous ennuyez ou bien lorsque vous pensez à au moins trente choses importantes que vous devez faire immédiatement dans le jardin. Au lieu de cela, prenez tout votre temps et ne bougez pas, même si vous n’avez qu’une demi-heure pour rester au jardin. Dans cette culture absolue pour être dans le calme, la véritable nature de votre terre est exposée. Les fourmis terrassières près de l’endroit où vous êtes assis vous montrent comment cultiver le terrain sec. Vous apprenez à labourer avec les vers de terre bleus qui tirent la paille pourrie dans le sous-sol du cognassier.
Prêtez attention au geai qui picore les premières pommes et à ce qu’il vous montre de l’état de mûrisse-ment de votre fruit et de la terre qui fait pousser un bon fruit. Mais au-delà de tout moment particulier, s’asseoir calmement sur la terre vous ramène à vous-même et à la fraîcheur de tout le jardin.

« The living soil », Wendy Johnsons.
Traduction : Jôkei Sensei
ध्यान S’asseoir tranquillement et ne rien faire,

bottessimplement être à l’écoute, n’est-ce pas une forme de méditation ? D’ouverture à l’extérieur et à l’intérieur.
Prendre son temps, s’arrêter, regarder, écouter, se laisser imprégner. Ce sont tous les sens qui s’harmonisent et là l’apprentissage peut avoir lieu. Ce n’est pas le jardinier qui produit mais le jardinier s’éduque, apprend des insectes, des vers de terre, des oiseaux. Ou bien il est autant jardiné qu’il est jardinier.
Tout est exposé et vous le voyez et vous le vivez. C’est la carapace qui tombe et il n’y a plus de barrière entre vous et le monde.

C’est une belle idée de prendre son temps, même quand on veut se dépêcher ou que l’on trouve que l’on n’a pas le temps, qu’il y a des milliers de choses à faire, terminer, etc. Je voudrais que cet été quand nous allons travailler dans le jardin, nous prenions quelques minutes sans bouger en y arrivant : prendre le temps de s’imprégner de l’atmosphère du lieu et non plus « travailler » dans le jardin mais bien qu’il nous travaille autant que nous le travaillons, prendre le temps pour réellement voir le jardin et y ouvrir son cœur.

Jôkei Sensei   

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