Comment garder l’attention, la présence qui nous accompagnent pendant les retraites ?  J’ai constaté que pour ma part, si à la maison et sur le chemin du travail, le travail sur la respiration, sur la pause, se mettait en place peu à peu, une fois arrivée au lycée, «le pilotage automatique» et le flot des pensées reprenaient rapidement leurs droits ; je devais trouver un moyen de modifier cela.
Un jour,  Laurent nous a expliqué que la sonnette de son cabinet qui retentissait à l’arrivée de chaque patient l’aidait à revenir à la pleine attention ; j’avais besoin en fait d’un «équivalent sonnette ».
Au lycée nous avons aussi la sonnette, celle de fin des cours, mais elle n’est pas idéale. Car dès qu’ils l’entendent, les élèves de la classe sont dans les starting blocks, je dois alors terminer rapidement ma phrase et leur donner le travail pour la fois suivante avant qu’ils ne se ruent vers la porte de sortie et qu’à mon tour je me dépêche de « remballer » mes affaires, fermer la porte, traverser les couloirs encombrés, changer le cas échéant de bâtiment et arriver dans la nouvelle salle (8 différentes pour moi cette année) dans les 5 mn imparties avant  la nouvelle sonnerie de début de cours. Je me suis dit d’abord pourquoi ne pas couper le flot des pensées durant ces trajets, j’ai essayé, mais sans succès car je suis à ce moment là toujours dans le contenu du cours suivant.

Comme dès que j’arrive dans une salle j’ouvre mon sac et pose ma trousse  sur le bureau, j’ai pensé qu’un petit objet dedans pouvait tenir ce rôle de «pause» dans le pilotage automatique.
J’y ai donc mis un joli petit caillou rayé noir et blanc ramassé un été dans une rivière cévenole, tout lisse de s’être frotté avec plein d’autres petits cailloux semblables, et qui avait peut-être aussi roulé auparavant dans un petit ruisseau comme celui de Ryokan.

Depuis, je le sors à chaque début de cours en même temps que le stylo sur le bureau, je prends une grande inspiration et « je m’ancre ici », et quand pendant l’heure mon regard tombe sans le chercher sur lui, il me fait « coucou je suis là » et « je reviens ».

Tout dans la simplicité.
Un grand merci à tous les petits cailloux… et à toutes les retraites !

Martine  S.

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