mettasoup - copieQuestion :

J’ai médité tous les jours pendant des années. Et maintenant, si je passe un jour, c’est comme si je devenais fou, inhumain. Difficile de croire que j’ai passé une si grande partie de ma vie dans un tel état avant de commencer la pratique.

Est-il possible que la méditation crée une dépendance et éventuellement des symptômes de manque qui font que la vie est plus dure pour un méditant que pour une autre personne ?

againstthestreamRéponse :

Il n’est pas facile de répondre à cette question, vu que vous ne dites pas quel type de méditation vous avez pratiqué journellement pendant des années. Mais si vous vous sentez « fou et inhumain » quand vous passez un jour, il y a quelque chose qui ne va pas.

Si vous ne pratiquez que shamatha, je peux voir en quoi cette pratique peut devenir addictive. Le caractère apaisant et la concentration propres à shamatha peuvent agir comme un opiacé s’ils ne sont pas contreba-lancés par vipassana, ce qui entraîne la vision claire, la vision profonde, et la connaissance intuitive des trois marques de l’existence, à savoir l’impermanence, la souffrance et l’insubstantialité (non soi) de tous les phénomènes physiques et mentaux.

Le Bouddha a essayé shamatha et constaté que cette pratique seule n’induisait pas de changement parce que, lorsque vous vous relevez après l’assise, vous êtes peut-être calme et serein pour un moment, mais les états physiques et mentaux néfastes reviennent inévitablement.

C’est peut-être cela que vous vivez.
Votre pratique est-elle équilibrée, accordant autant d’attention à l’apaisement qu’à la vision  profonde ?   Étudiez-vous les préceptes pour éclairer votre pratique éthique ? Avez-vous un lien avec une personne qui enseigne la méditation ?  Travaillez-vous avec les contenus (productions) de votre esprit ou essayez-vous de les supprimer ?  Êtes-vous prêts à accueillir les états émotionnels et cognitifs douloureux qui peuvent se manifester, sans les nier ou rejeter ?  Se pourrait-il que vous soyez davantage en recherche de consolation que d’éveil (ouverture) ?

Et, plus important encore, du moins d’un point de vue mahayaniste : votre pratique est-elle prioritairement dédiée au bénéfice, à la libération, de tous les êtres ?

Blanche Zenkei Hartman, « Addicted to meditation », in : « Seeds for a Boundless Life ». Traduction : Jôshin Sensei

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