mettasoup - copieQuestion :
je suis accro à la pornographie, et cela depuis longtemps. j’ai de bons jours dans ma pratique, mais souvent je finis par penser à la pornographie pendant la méditation, et une fois que j’ai commencé, c’est difficile de ne pas y rester. Est-ce que méditer est une bonne idée pour moi ? Ou bien est-ce que je suis quelqu’un qui devrait passer moins de temps dans sa tête, loin de ce genre de pensées ?

Réponses :

mettasoup - copieBodhin Kjolhede :
Bien sûr que nous devrions tous passer moins de temps dans nos têtes ; et nous avons besoin de la méditation pour ça.
Le problème central, toutefois, c’est l’attention, comment nous l’utilisons, bien ou mal.  D’instant en instant,
nous avons ce privilège en tant qu’être humain, choisir ce sur quoi nous allons diriger notre attention.

C’est comme avoir une lampe de poche dans une pièce obscure : nous pouvons diriger le rayon lumineux, vers le haut, le bas, le côté… quand nous remarquons que le rayon est dirigé vers des pensées ou des images, que ce soit la pornographie ou la politique, la nourriture ou la famille, nous reprenons notre liberté simplement en le redirigeant vers ce que nous sommes en train de faire.
Plus facile à dire qu’à faire.

D’abord nous devons remarquer que notre attention est partie se prome-ner, et ça peut prendre un petit bout de temps.
Il peut se passer un zazen entier -ou encore plus longtemps si ne nous sommes pas en assise, sans que nous ne remarquions que nous sommes perdus dans nos pensées. Plus compliqué : nous remarquons bien, mais nous choisissons de continuer dans ces pensées.
Et pourquoi ?
Parce que nous sommes absolument accros à nos pensées. C’est cela, et non pas le contenu des pensées, qui est le grand problème.

donthatemeditateLe véritable ennemi est la force de l’habitude – notre compulsion à demeurer dans les objets mentaux, plutôt qu’à prendre conscience de ce qui se passe en ce moment.
Les habitudes commencent avec  des récompenses, qui ont des corrélations biochimiques.
La recherche a montré que bien que le porno se consomme à travers les yeux et les oreilles, pas par la bouche ou le flot sanguin, cela déclenche la production de dopamine et autres gratifiants chimiques exactement comme le font les drogues.

Nous avons tendance à retourner à ce qui nous a fait plaisir jusqu’à ce que cela devienne une habitude, puis une compulsion, et enfin une addiction. Ainsi, plus on consomme de porno, plus ces images s’enracinent dans l’esprit, plus facilement elles vont apparaître pendant l’assise.
C’est par la prise de conscience que la méditation y met fin, lorsqu’on remarque d’abord que des formes-pensées ont apparu et qu’en évitant de demeurer sur elles, qu’elles finissent par passer.
Avec plus de pratique, nous voyons que ces pensées ne sont rien, et elles perdent leur pouvoir sur nous.
Pourtant, qu’est-ce qu’il y a de mal à demeurer dans nos pensées, sexuelles ou pas ?
Rien, vraiment. Mal ou bien, ce n’est pas là le problème. C’est plutôt une histoire de conséquences, pas de moralité. Laissons de côté le fait qu’en consommant de la pornographie on alimente un marché de la dégradation des femmes (et des hommes), à part cela des études ont montré que l’habitude du porno entraîne anxiété, dépression, problèmes sexuels et problèmes relationnels. Comment peut-on comparer être hébété devant un écran avec une vraie relation avec une vraie personne ? (comment comparer un menu avec de la vraie nourriture) ?

D’un autre côté, la méditation fait grandir notre capacité pour l’intimité. Elle développe la conscience de nous-mêmes, et nous permet de ne pas nous échapper dans des pratiques compulsives.

Parlez-en à un enseignant qui vous aidera à revenir à la réalité, en vous rappelant que puisque ces formations mentales n’ont pas de substance, il n’est pas nécessaire de les combattre, ni de s’y attacher.

Bodhin Kjolhede est le Supérieur du Rochester Zen Center. Disciple et Successeur de Philip Kapleau.

Sur TED :  https://youtu.be/upNONoxskiw , Meditation : Change Your Mind, Change Your Life.

Joanna Harper :
Vous n’êtes pas seul. Travailler avec les désirs sensuels (à des degrés différents, basés sur des sens différents pour des esprits différents) est une part normale de notre pratique.
Il y a une erreur répandue, croire que notre pratique est supposée stérile et sans pensées, et que lorsqu’on s’assoit sur son coussin, nos processus de pensées habituels vont s’arrêter et l’esprit illuminé va apparaître. J’aimerais détruire ce mythe.
iseeyouQui nous sommes dans la vie, ce à quoi nous pensons, et toutes nos actions nous accompagnent sur le coussin.
Quand vous dites : « Je finis par apporter la pornographie dans ma méditation » eh bien, bien sûr, vous le faites ! Nos esprits sont tout à fait honnêtes. Ce qui est important est comment nous décidons de regarder ce qui apparaît.

Dans le Cittapariyandana Vagga Sutta, le Bouddha reconnaît :
« Pour un homme ou pour une femme, il n’y a rien de mieux que la vue, le son, l’odeur, ou le toucher de la personne vers qui ils sont sexuellement attirés ».
Il connaissait le pouvoir de l’énergie sexuelle. Il y a beaucoup d’histoires dans les suttas sur Mara et ses armées rendant visite au Bouddha méditant pour l’attaquer à travers  les désirs des sens.

La méditation est une bonne idée, pour vous et pour tous les humains qui ont des pensées incessantes ou obsessionnelles.
J’ai deux façons de considérer la pratique quand je suis confrontée à un esprit têtu.
D’abord ne pas le prendre de façon personnelle. Les pensées se produisent ; la pratique nous demande de reconnaître le processus mental, pas de le juger. Ensuite il y a une sortie de ces pensées , et la pratique est le fait de ré-entraîner l’esprit vers cette potentialité.
Dans notre pratique, l’esprit n’est pas le chef.
Si nous trouvons notre vie et notre pratique vraiment horribles parce que nous n’arrivons pas à contrôler nos actions ou nos pensées, cette pratique nous donne l’occasion de rediriger nos habitudes de pensées, qui viennent d’un esprit non-entraîné, de malsaines-maladroites vers saines-habiles.
Demandez-vous : est-ce que cette pensée est vraie ?
Est-ce qu’elle va me contrôler ?

Dans votre cas, sachant que le Mara de votre esprit va vous entraîner vers des rêveries sexuelles, ce serait habile de travailler avec la pratique de l’effort juste.

Le Bouddha a mis l’accent sur la nécessité de l’effort, de la diligence, de la persévérance imperturbable : ce sont les outils avec lesquels nous pouvons changer cette structure de pensée qui nous bloquent loin de la liberté.

Le Sutra dit que « nous pouvons éviter l’apparition d’états malsains ». Si nous en avons manqué l’occasion, « nous pouvons abandonner les états malsains qui ont déjà apparus ».

Souvent les rêveries sexuelles essayent de nous éloigner de l’ennui ; l’esprit veut nous donner une distraction.
Savoir cela est la clé qui permet de ne pas laisser cette partie de l’esprit gagner.

Au début de votre assise, posez l’intention de rester avec un objet stable, peut-être votre respiration. A chaque fois que vous remarquerez que votre esprit se promène, revenez à l’objet stable, sachant que c’est un entraînement sévère de votre esprit, peut-être un marathon !
Ce  travail de se changer soi-même n’est pas facile, mais il est possible.
Et personne d’autre ne peut le faire pour nous que nous.

Dernière chose : l’industrie pornographique est malsaine, elle soutient l’exploitation, l’abus physique et moral, et l’addiction.

Une partie de votre travail sera aussi de vous demander si vous voulez cautionner cette oppression, vous demander : «  Est-ce que je cause de la souffrance, à moi-même et aux autres ? »

Joanna Harper est assistante-enseignante à la Société de Méditation Against the Stream fondée par Noah Levine : Dharma Punk  https://www.againstthestream.org/

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