Nous avons reçu ceci, un témoignage et une réflexion. Reçu un peu tard pour le mettre dans le Daishin, mais nous vous le proposons tel quel :

J’aime la viande ! Toutes les viandes, le cochon des oreilles à la queue, le boeuf et le mouton de la cervelle au foie, les diverses espèces de poissons, de mollusques, de crustacés, bref, tout ! Je fus élevée à la campagne dans une famille de « carnivores »… qui ne méprisait pas les légumes.
Et puis… dans les années 70, mère de famille à mon tour, une première prise de conscience vint de la nocivité de cette consommation quotidienne, et rapidement la révolte devant le sort réservé aux bêtes en stabulation pour l’exclusive raison d’obtenir une chair blanche, la fameuse et savoureuse escalope de veau (tout aussi bonne rose soit dit en passant…).

Sensibilisée à la pollution et aux traitements médicamenteux infligés aux bêtes d’élevage, j’ai progressivement exclu la chair des animaux de mon alimentation, et suis devenue quasi végétarienne il y a une vingtaine d’années de cela.
La rencontre avec l’enseignement du Dharma a conforté, accentué le choix en vertu du premier précepte, mais ce serait une façon réductrice à soi de traiter le sujet sur cette base.

Je continuais la consommation de produits sous-animaux (laitages, fromages, beurre… etc) inconsciente jusqu’à il y a deux ans -je dois citer et remercier l’association L214-  de l’imbrication de ceux-ci dans la barbarie de l’élevage intensif et des conséquences inéluctables de cruautés entraînées pour leur abattage et tout ce que cela implique de souffrances diverses en des conditions niant leur nature, sans oublier celles du transport de troupeaux de bovins, ovins, équidés, porcins, ainsi que de volailles de toutes catégories. Inacceptable !
Ce n’est hélas ! pas une invention de notre temps actuel ; la production intensive de masse existe depuis plus d’un siècle, dont les abattoirs de Chicago, dans la 2ème moitié du XIXe siècle, illustrent l’éclosion de l’ère industrielle et l’épanouissement définitif d’un capitalisme féroce (si tant est que l’on puisse croire que le capitalisme soit autre que féroce…)

Voici trois titres indispensables pour évaluer l’étendue du désastre, il y a un siècle comme à présent, de la condition animale, sans négliger l’abaissement humain de ceux qui travaillent dans l’élevage et l’abattage, contraints par les exigences du profit :

–  Upton Sinclair, « La Jungle » publié en 1906 sur l’horreur de la condition ouvrière dans les abattoirs de Chicago… et méditer sur sa remarque désabusée : « Il dira dans une interview que le succès de son livre ne s’explique pas «parce que les lecteurs se préoccupent des travailleurs mais simplement parce que le public ne veut pas manger de la viande tuberculeuse ; je voulais toucher le cœur du public et par accident j’ai touché son ventre».

Deux contemporains :
– Jonathan Safran Foer, « Faut-il manger les animaux ? »  édit. 2010 ;
– Geoffrey Le Guilcher, « Steak Machine » édit. 2016.

La parenthèse lecture étant fermée, il nous faut prendre conscience que le végétarisme ne solutionne pas véritablement le dilemme ; il ne fait que tranquilliser notre conscience à peu de frais.

En réalité, si nous consommons des produits laitiers, la naissance de quantités de bêtes juvéniles par insémination artificielle sont nécessaires pour s’emparer du lait des femelles dès la mise bas de leurs petits. Pour ce qui concerne le monde avicole, la consommation d’œufs entraîne des comportements destructeurs indignes de l’homme, dont le broyage à vif des poussins mâles en excès est l’apogée, à côté de la concentration de ces volatiles entassés dans des hangars subissant la lumières artificielle 24h/24, dans une promiscuité qui les rend agressifs au point qu’on invente des méthodes pour les calmer (?)
Ne nous laissons pas tromper par les mots « en liberté » ou « de plein air », qui ne résolvent pas l’inexorable aboutissement de ces êtres sensibles dans des centres d’abattage d’une grande brutalité après de longues heures de transport, douloureuses pour la plupart. Manger bio, dans le respect d’une bonne nourriture pour le ventre ne répare pas in fine la culture de l’ignorance de la souffrance.

J’ajoute ce lien qui développe ce que je viens d’écrire, avec l’essentiel du pourquoi et du comment nous en sommes arrivés à accepter la concentration animale comme méthode d’élevage et de base nutritionnelle – je le découvre en écrivant ce texte et cherchant une date de début de l’ère de l’élevage industriel… il est polémique mais d’une grande salubrité. (je corrigerai juste une erreur : ce sont les abattoirs de Chicago qui ont inspiré Henri Ford et ses chaines de construction automobile, pas l’inverse, pour ensuite inspirer Hitler et les camps de concentration).

https://www.notre-planete.info/actualites/4079-histoire-elevage-production

Pour revenir à nos moutons, si j’ose dire, il n’y a pas de solution autre que le végétalisme pour faire cesser le calvaire de cruautés imposées au monde animal dans son ensemble, et par extension, la souffrance que la dureté de
l’économie moderne impose à trop de nos frères humains depuis trop longtemps, attachée aux tâches multiples et aliénantes des chaînes d’élevage et d’abattage.
(Pour ne rien cacher, avant de poursuivre, je précise que végétalienne je continue à consommer des huîtres et des moules… j’assume de donner la mort rapidement sous ma dent ; et je consomme du miel, l’apiculture que j’ai pratiquée ne nuit absolument pas au développement de l’abeille… c’est là aussi un autre sujet).

Ceci dit : le végétalisme ne s’improvise pas ! Il est nécessaire de bien se renseigner sur les carences qu’il peut entraîner, ne soyons pas aveugles et naïfs.
En particulier de l’indispensable vitamine B12 que seule nous apporte la consommation de viande, et dont l’insuffisance peut entraîner de graves altérations neurologiques, biologiques, et organiques.
Je ne vais pas faire un cours de végétalisme, il me faudrait rédiger un livre entier, je n’en ai pas la compétence.
Je propose plusieurs liens indispensables à consulter pour qui veut se déterminer, et se renseigner en profondeur auprès de toutes argumentations afin de se construire sa vérité en son âme et conscience.

http://www.vegetarisme.fr/comment-devenir-vegetarien/alimentation-equilibree/b12/

http://www.vitamine-b12.net

Ce que tout végane doit savoir sur la vitamine B12

Notre pratique bouddhique, qui relève du religieux et de la foi, n’est pas, de mon point de vue, un argument suffisant pour engager une réflexion profonde, générale et vraie ; ayons la curiosité de voir la réalité de la consommation dans les pays d’Asie où celle-ci domine,

Japon y compris…
(Un séjour au Cambodge m’a donné à penser en particulier, où les animaux ne sont pas exclus de l’alimentation et ne sont pas mieux traités que chez les Occidentaux bien loin de là. Mais, comme j’ai déjà dit plus haut, c’est un autre sujet).

Il en va du respect dû à tout ce qui vit, c’est la première dignité de l’être humain, et si nous devons consommer de la viande pour une raison ou une autre fondamentale que je n’ai pas à juger, il est impératif d’exiger ou tout au moins de s’imposer à soi-même que l’élevage et la mise à mort soit dans un esprit de réduire totalement la souffrance.

Nulle intention de condamner les mangeurs de viande. Ils sont comme je le fus des ignorants victimes de leur paresse intellectuelle, de leur avidité et surtout de l’héritage d’habitudes alimentaires de générations en générations. Il nous faut pourtant constater que l’élevage intensif atteint des degrés de productivité au détriment des animaux et des humains que nous ne pouvons plus tolérer : fermes de 1000 vaches sinon plus, 60 000 porcs, 4000 veaux, millions de volailles entassées, exposées aux épizooties entrainant leur massacre à grande échelle, etc etc… il suffit de creuser l’actualité avec et au-delà des intérêts financiers et idéologiques.

Quant à la consommation de poisson, il est certain que nous ne pouvons ici aussi continuer le massacre des gens des mers et des fleuves. La pêche est devenue abusive et gaspilleuse de vie, déséquilibrant la chaîne nutritive maritime et fluviale, favorisant les fermes marines polluantes et destructrices de la biodiversité.

Nous avons actuellement tous les moyens pour nous renseigner, entendre les scientifiques, les spécialistes de la vie animale, les philosophes et les maîtres de sagesse appelant à l’évolution du développement humain.

L’alerte nous a été donnée depuis toujours par ceux qui considéraient la vie comme un tout fait de multiples liens, leurs écrits sont présents à qui veut connaître. Nous sommes ici et maintenant au pied du mur du possible chaos sur notre fragile planète. Car l’élevage intensif induit la chaîne des destructions du vivant à tous les niveaux et vice versa : rocheuses, forêts, fertilité des terres, pureté des eaux et des mers, de l’air et de la haute atmosphère, causes inéluctables de guerres passées, actuelles et futures…

Nous ne changerons pas le monde, mais nous pouvons nous changer nous-mêmes … parfois…

Il viendra, si la furie belliqueuse ne nous détruit pas, il viendra ce temps où nos descendants se demanderont comment nous avons pu nous conduire de façon aussi prédatrice vis à vis du vivant malgré la connaissance de plus en plus fine de la profonde interdépendance qui l’anime ?
Liliane

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