calligraphieC’est une danse : l’espace entre mes pas alors que je marche lentement vers la salle des cérémonies.
Talon-pointe, talon-pointe, gratouillis de la moquette rouge (c’est peut-être un peu romantique).
Une goutte de pluie trouve mon épaule, frappant comme un silex frappe un coeur tendre. Un temps pour la pause ? Abandonner. Un point frais sur ma joue, une goutte de pluie.
La pratique de l’attente. Chaque matin à 5h45, je fais la queue devant le zendo, les mains au chaud, attendant déjà ma respiration, comme si je cherchais sérieusement des lucioles : une, deux, trois.
Au petit-déjeuner, le voyage entre le bout de mes doigts et la peau nacrée, collante de l’œuf dur.
La méditation : une laisse autour du cou d’un éléphant sauvage, furieux. Remarquer les espaces, nous rappellent les monastiques. Ils disent souvent cela, comme une mélodie jouée par plusieurs instruments.
Les espaces dans les pensées. Avec la pratique, ils s’agrandiront  et se produiront plus souvent.
La pensée ralentit. L’esprit est une flaque d’eau aux pierres couleur arc-en-ciel.
Remarquez les espaces, mais laissez-les partir, continuez :   l’esprit met ses affaires au mont-de-piété, sans fin.

Miranda Arocha Smith   

Traduction : Jôshin Sensei  

क्षण    https://bulletin.hds.harvard.edu/articles/winterspring2016/two-poems-from-abbey