Dans leurs enseignements, les ancêtres féminines du zen pleurent leurs proches disparus et célèbrent la beauté de la vie. Aussi profonde que soit leur pratique, elles exposent leur cœur humain. C’est là un enseignement merveilleusement vivant pour les bouddhistes occidentaux, qui pratiquent pour la plupart au cœur d’une famille, d’un travail et d’une communauté, plutôt que dans le silence des monastères.
En apprendre davantage sur les ancêtres féminines du zen, et sur la manière dont leur pratique s’exprimait dans leur famille, leur art et leur communauté, peut être une riche source d’inspiration pour les Occidentaux.
Il existe plusieurs illustrations contenant les noms des ancêtres féminines approuvés par l’Association Bouddhiste Soto Zen, mais la plus couramment utilisée est le cercle imaginé par la Salt Spring Island Sangha. Ce cercle commence avec les Bouddhas femmes mythiques, se poursuit avec les « matriarches » historiques d’Inde et de Chine et se termine avec les enseignantes japonaises jusqu’à ce siècle. Toutes les ancêtres féminines qui y figurent sont décédées. Nous n’avons pas encore inclus officiellement les enseignantes zen occidentales décédées, étant donné qu’il faut, traditionnellement, plusieurs siècles avant de devenir un « ancêtre ».
La liste des ancêtres féminines est utilisée lors de la transmission des préceptes, hommes et femmes. Elle a été ajoutée aux documents de la transmission du Dharma. Elle a été représentée sous la forme d’un cercle, d’une rivière, d’un ensō -le cercle de la Voie-, d’une bambouseraie et incluse comme document de « pèlerinage », sur lequel les actuelles enseignantes du zen ajoutent leurs noms et sceaux officiels à une liste, sur soie, d’ancêtres féminines.
Si ce document n’existe que depuis peu, il n’en est pas moins très vivant, et sa présence se ressent dans de nombreuses sanghas zen occidentales. Puisse-t-il continuer à faire reconnaître les ancêtres féminines du zen et les femmes du zen d’aujourd’hui et être une source d’inspiration et d’éveil pour nous tous, grâce aux spécificités et à la vivacité de la pratique spirituelle de ces femmes.ancetres-fem
Cette liste comprend des femmes d’Inde, de Chine, du Japon, et d’ Amérique ; des femmes ordonnées et des laïques, qui ont toutes été une source d’inspiration pour notre pratique.
Voici aussi un peu de leur histoire.
Mahaprajapati
La tante et la mère adoptive du Bouddha, c’est elle qui a défié l’exclusion des femmes de la Sangha, et obtenu l’accord du bouddha pour une Sangha monastique féminine. Elle en devint l’enseignante, et elle forma de nombreuses nonnes reconnues comme « arhat » par le Bouddha.
Maya
La mère du Bouddha, qui mourut à sa naissance. Certains sutras parlent de sa demeure dans le ciel Tusita.
Elle est aussi le 41ème ensei-gnant que visite le pèlerin Sudhana dans le Sutra Gandavyuha / Little Pilgrim, en anglais (voir Daishin été 2017).
Khema
On l’appelait « Khema à la vision vaste » parce qu’elle saisit l’ensei-gnement entier du bouddha
dès la première fois où elle l’entendit, alors qu’elle était encore laïque. Elle aida à enseigner et est considérée dans le Canon Pali comme la nonne la plus exemplaire.
Uppalavanna
Elle fut d’accord pour être ordonnée comme le suggérait son père. Elle fut violée alors par son fiancé en colère. A cause de cela, pour leur protection, le Vinaya fut changé pour interdire aux femmes de pratiquer seules dans la forêt. Elle devint la plus avancée en pouvoirs magiques, et en exécutrice de miracles.
Patacara
Après la mort de ses enfants, de son mari et de ses parents, elle devint folle de douleur et vagabonda à travers la campagne. Enfin, elle rencontra le Bouddha qui lui dit calmement de reprendre ses esprits et elle fut guérie.
Elle devint une enseignante honorée qui amena beaucoup de femmes au Dharma, et elle eut de nombreuses disciples.
Dhammadinna
On l’appela la plus grande nonne prêcheuse ; par ses enseigne-ments elle convertit beaucoup de personnes et elle eut beaucoup de disciples et de successeures.
Shakyamouni dit que ses paroles étaient « buddhavacana », des paroles de Bouddha.
Sundarinanda
Une demi-soeur du Bouddha, considérée comme la plus jolie femme de son pays. « Sundari » signifie « beauté ».
Elle rejoignit d’abord la Sangha monastique parce que toute sa famille le faisait : sa mère, Mahaprajapati, son frère, Nanda, et le fils du Bouddha Shakyamou-ni, Rahula. Puis elle devint la plus avancée des nonnes dans la méditation.
(Nous publierons ces noms petit à petit ; et dans le dernier numéro, vous pourrez aussi en trouver la liste complète).
Myoan Grace Schireson.
Elle est la fondatrice de l’Empty Nest Zendo à North Folk, en Californie, et l’auteure de « Zen Women : Beyond Tea-Ladies, Iron Maidens, and Macho Masters ».
Elle a joué un rôle-clé dans l’élaboration de la liste des ancêtres féminines du zen, aux côtés de Jiko Sallie Tisdale, Peter Levitt et Zoketsu Norman Fischer.
Traduction : Jôshin Sensei, Françoise.