lilajizoCela faisait plusieurs années que nous évoquions la possibilité de mettre en place, au zendô de Mons (Belgique), des activités pour les enfants, sans jamais trouver ni la personne qui pourrait s’en charger, ni la forme adéquate – Méditation ? Cours de philo pour enfants ?

Activités ludiques autour du bouddhisme ?

Il nous semblait pourtant que ce serait bien utile, à entendre les témoignages des jeunes parents de notre entourage, pratiquants ou non.

L’été dernier, enfin, j’ai décidé de me jeter à l’eau et d’enfin créer cet atelier « enfants », pour les 6-10 ans.

Avec pour tous bagages ma bonne volonté, ma propre pratique et quelques ouvrages spécialisés.

Et – surtout – l’aide de cinq petits bouddhas.

Je ne sais pas qui apprend le plus, des petites grenouilles ou de moi…

La fois dernière, j’ai (un peu) appris à ralentir ; les enfants n’ont – heureusement pour eux – pas le rythme des adultes, ils prennent leur temps. Ils ont leurs priorités propres.

Aujourd’hui, j’ai (un peu) appris à faire preuve de patience et de souplesse – et de bienveillance aussi (ahimsa, encore ?)

Les garçons étaient très énervés, et j’ai vu très vite que je ne pourrais pas faire ce que j’avais prévu.
Alors j’ai fait taire la Petite Grenouille qui parlait dans l’iPod, mis mes projets de côté pour une autre fois.
Respiration, sourire.

Vous savez quoi ? On va faire autre chose ! Exercice pratique.  Qu’est-ce qui se passe, là,
maintenant, dans ma tête, dans mon corps ?
Ça bouge beaucoup, non ?
Airs penauds.
Pas d’air penaud à avoir ! Parfois, c’est compliqué de ne pas bouger,
de se taire, d’être concentré, de rester sérieux.
C’est pareil chez les grands !
C’est juste que chez eux, ça se voit moins.

Ah, les grands, tu veux dire ceux de 12 ans ? (Sourire intérieur)

Oui, voilà. Et les papas et les mamans aussi. Et moi. Tout le monde. Ce n’est pas très grave, mais c’est important de voir que c’est comme ça, sinon, parfois, on ne se sent pas très bien, puis on se fatigue.
Et ça peut nous attirer des ennuis, aussi.

A l’école, par exemple. Non ?
Ben oui. D’ailleurs moi, à l’école…

[Quelques anecdotes plus tard]
On réécoute la petite clochette ?

Qu’est-ce que vous en dites ?
Oh oui, la petite clochette !
Allez, on écoute. Ding.
Ah attends, on l’entend encore !
Ah non, plus maintenant.
Je peux essayer ? Oui, vas-y. On va tous essayer. Doucement. Voilà.

atelierzen7On a écouté un « Paysage sonore ». On a ri (les cris d’animaux et les rires de bébé, ça marche à tous les coups), on a eu un peu peur (le tonnerre, il fait vraiment beaucoup de bruit !), on s’est parfois demandé ce qu’on entendait (ah, la machine à écrire… je vous parle d’un temps…).

Illustration offerte par Frédéric Baylot https://fredericbaylot.wordpress.com/  pour l’atelier.

Après, on a fait un peu de yoga, pour bouger – mais doucement (comment il fait, le chat, quand il est fâché ? Tu montres, Lili ?

Et quand il a repéré une souris ? Super, Ruben !), puis on s’est couché dans l’herbe (l’herbe beige du zendô 🙂 ) et je leur ai raconté l’histoire de la petite fourmi qui grimpe, qui grimpe (body scan)…

J’en ai vu un se gratter discrètement le front quand la petite fourmi y est arrivée.

Ruben : « Ah, Maman est déjà là ? J’étais bien couché dans l’herbe. Et puis il y avait une petite fourmi qui… » 🙂

On réessayera la semaine prochaine, « Inch’Allah ! »

On parlera du bouton « Pause ».

Peut-être qu’on se fabriquera chacun une petite boule à neige, pour regarder toutes nos émotions et nos souvenirs se déposer doucement au fond du bocal quand on arrête de le secouer.
On se dira que tout ça, c’est un peu comme des bulles de savon.

On lira l’histoire du roi qui était toujours en colère jusqu’au jour où il

s’est mis à mieux regarder les pissenlits et à les aimer. 🙂

Puis un de ces jours, je leur parlerai peut-être d’un ami poète, qui voit le soleil et la pluie, tout l’univers, dans une feuille de papier – ou dans un
raisin sec (d’ailleurs, est-ce que je sais vraiment le goût et l’odeur que ça a, un raisin sec ? est-ce que ça fait du bruit ?).

Et peut-être même qu’on essayera d’envoyer des pensées gentilles à un petit copain d’école avec qui on s’est disputé.

Ou on fera complètement autre chose, parce que ce ne sera pas le moment. Ou que ce sera le moment de faire autre chose. On verra.

Le reste, comment dire…
– Alors, il fait quel temps dans ta tête, Paul ?
– Le ciel est bleu, et il y a quelques petits nuages. Mais ils sont blancs et tout petits. Et ils ne font que passer…

asrogemsQuelques vacances plus tard :
« – C’est comme on disait l’autre fois. Moi, je prends souvent le chemin de la colère.
– Et tu te souviens de ce que je t’ai dit ?
– Oui, c’est comme les chemins en forêt qui se creusent de plus en plus quand on marche dessus… C’est plus difficile d’en sortir, mais on peut
quand même le faire et en créer des nouveaux ».
Ponctué par un grand sourire.

Petite graine semée, et manifestement bien arrosée par Liam (7 ans).

Aujourd‘hui, avec les enfants, on a fait la metta bhavana adaptée que j’ai trouvée (soi, quelqu’un qu’on

aime bien, quelqu’un avec qui on s’est disputé, tous les enfants du monde).

A la fin, ils ont plein de questions :

Oui mais quand même, Ingrid, je ne l’aime pas, elle est méchante – tous les enfants du monde ?
Tu crois qu’on peut y arriver ?

– Et la dernière… dis, des quatre, c’est quoi le plus important ?

Je vais essayer de me rappeler de mon discours sur « c’est tout un ensemble » et « il faut être gentil avec soi-même pour pouvoir être gentil avec les autres »…

Sur le moment, je me suis trouvée super convaincante…

Françoise

ကတေဝဒိတာ  Et quelle joie de voir fleurir toutes ces petites graines… un peu du monde qui change… quelques battements d’ailes de papillons.

ကတေဝဒိတာ Et vous ?
Que faites-vous avec vos enfants, vos petits-enfants ?

Comment leur passez-vous bienveillance, compassion, calme… ?

Faut-il, et comment, les ouvrir aux Enseignements que, vous, vous suivez ? Quel partage ?

Si vous avez de bonnes idées, si vous connaissez des moyens habiles, partagez-les avec la Sangha.

Sensei